En territoire interdit autour de Koraput...

Depuis peu, les touristes sont sensés obtenir une autorisation écrite pour pouvoir visiter le district de Koraput. J'ai envoyé plusieurs mails au District Manager, qui ne m'a jamais répondu... A l'hôtel, personne ne m'a demandé quoi que ce soit, pas plus que les policiers et les voitures officielles.  Je ne passe pourtant pas inaperçue dans un nouveau coin où je suis la seule touriste.  J'ai même fait des photos "sensibles" - adivasi, installations militaires - sans aucune réaction. Comme dans la vallée d'Arakku, j'ai pu me déplacer librement.

Koraput est célèbre pour son splendide temple blanc dédié à Jagannath. Ce dieu à la physionomie rigolote est un des avatars de Vishnou et son culte est très répandu dans tout l'Orissa. C'est le dieu de la tolérance. Il ne fait aucune différence entre les castes, les couleurs et les religions. Sa conscience est souvent représentée sous la forme de trois divinités, présumées représenter les trois races (ce sont aussi son frère soeur et sa soeur) : Balabhadra ou Balarama la blanche pour l'Eurasien, Subhadra la jaune pour le Mongoloïde et Jagannath la noire pour le Négroïde. On retrouve ces trois divinités dans le célèbre Mahabarata.

Le Dieu Jagannath

Dans une grande salle en contrebas du temple, Jagannath revêt différents costumes et formes de divinité ou avatars. Dieu de l'Univers, il est chacune d'entre elles, ce qui le rend encore plus rigolo. Je l'ai même vu dans une représentation mi-Hanuman, le dieu singe, mi-Ganesha, le dieu à tête d'éléphant.

Les Oryas ont des croyances mêlant culte de la nature - vénération de certains arbres - , culte des ancêtres - des pierres représentant les défunts les plus éminents de la communauté sont dressées près de la place de réunion - , hindouisme - représentation de tous les dieux hindous - , et culte de Jagannath.

J'ai pu discuter avec Titu, un jeune businessman vivant dans un quartier proche de Koraput. Très attachés à leurs racines, les Oryas qui réussissent continuent à vivre dans leur village. Ils font construire de belles demeures à côté des maisons de bouse et aident leurs voisins à apprendre à construire des maisons en dur. Dans le premier village que nous avons visité, un riche faisait construire une grande maison blanche au milieu des cochons, des poules, des vaches et de leurs excréments. Le plus important pour ces personnes est de rester sur la terre de leurs ancêtres, près des pierres dressées à leur mémoire, de perpétuer la tradition et d'aider là où les ONG corrompues ne pensent qu'à empocher 99% des subventions... Trois communautés tribales vivent ici en parfaite harmonie. Dans le deuxième village, tout un système d'irrigation a été construit. Titu lui-même recommande aux étrangers d'offrir des choses utiles plutôt que de l'argent qui sera forcément mal utilisé.

Semiliguda se trouve à une quinzaine de kilomètres de Koraput. On y trouve un bon hôtel et un beau marché s'y tient tous les jours. J'y ai acheté deux sarees pour 11€ et j'ai subi la torture des bracelets en plastique colorés. Pour pouvoir les enfiler, les femmes forcent en appuyant sur les os... D'après Titu, depuis le village d'à côté, Nandapur, plusieurs des marchés les plus intéressants sont facilement accessibles. 

Vendeur Adivasi de l'Odisha

Avant de rejoindre le marché, où une fois encore les gens réclamaient de se faire photographier, j'ai visité un temple dédié à Jagannath, puis un deuxième où le jeune brahmane m'a fait participer à la prière et aux différents rituels, en guidant mes gestes. Les siens étaient-ils dictés par la coutume ou par une réelle connaissance de leur signification ? Je me souviens qu'en Indonésie Ketut, qui étudiait pourtant pour devenir pemangku (prêtre), reproduisait les gestes sans savoir ce qu'ils signifiaient... 

Voir les photos de Koraput et Semiliguda

Suite de mon récit : Dussehra au Bastar

Stéphanie LANGLET sur Google+

Odisha