Prison dorée à Padua...

Difficile de faire comprendre qu'on préfère jouir de sa liberté plutôt que de faire un voyage aseptisé... A Padua, à chaque fois que je dis vouloir aller quelque part, on me répond que seule c'est trop dangereux. J'ai dû ainsi faire l'impasse sur le marché d'Onkadelli. Nageswari caves ? Même réflexion. Qu'à cela ne tienne ! J'ai parcouru les quatre kilomètres me séparant de Balda. Si là-bas on me dit la même chose, j'aurai au moins fait une jolie promenade. Dans le village, un homme m'explique qu'il y a des tigres mais que ce n'est pas dangereux. Il se propose de m'y accompagner dans deux heures pour éviter les problèmes de communication. Il m'indique la direction et je pars seule. Pendant la longue et difficile ascension, la forêt primaire autour du large sentier résonne des cris des tribus qui s'interpelle. Je les entends se déplacer au milieu de la végétation mais je ne les vois pas. Tout en haut, on peut se déplacer sur un grand plateau depuis lequel on peut voir les différents lacs des environs.
Après un repos bien mérité et un tour complet du plateau, j'ai la mauvaise idée de tenter de redescendre par le sud. L'étroit sentier est rempli de pierres et la descente est rude. En bas, je continue à aller vers le sud quand soudain je rencontre deux vieilles femmes des tribus dont l'une ne parvient pas à charger ses longs branchages sur sa tête malgré l'aide de la deuxième. Je les aide, ce qui les fait beaucoup rigoler : elles ne sont pas dans le bon sens. Nous avançons un moment ensemble avant qu'elles ne m'indiquent de poursuivre vers la gauche. De retour sur la route après une longue marche, une moto s'arrête à ma hauteur. Il n'est plus temps pour les politesses, je suis bien trop fatiguée. "You're going to Padua ? Is it possible to go with you ?" Mon chauffeur est un ami du manager du resort, Sunil. Lorsque nous arrivons et que j'explique ma promenade, Sunil n'en revient pas. "Tu y es allée seule, Madame ? Oh non, mais il y a des sangliers !" Pas plus que dans la forêt du village où j'ai grandi je n'ai évidemment croisé de bête féroce ! Et avec un minimum de volonté on arrive toujours à rompre la barrière de la langue, même avec les habitants des montagnes...
Ce soir, j'ai de nouveau droit à un délicieux repas concocté par Kakou, le vieux cuisinier bengali : du sanglier ! Le lendemain, alors que je dois prendre le bus de 6h, tout le monde se lève et m'accompagne jusqu'au bus pour un dernier au revoir. Même les deux peintres bengalis sont là. Le plus âgé des deux était particulièrement souriant et sympathique, et heureux de partager ces moments ensemble. Il passait son temps à parler de moi et me présenter à tout le village. Je me souviendrai longtemps de ses "Ah, voilà Madame !!!" excités dès que j'arrivais et qu'il était avec des personnes qui ne m'avaient pas encore vue. La brésilienne de Delhi n'aurait pas supporté un tel intérêt : elle ne supportait pas que les gens la dévisagent. Ca fait pourtant partie du voyage et de sa richesse : une curiosité réciproque et une envie d'apprendre de gens si différents...  
Bengali de Calcutta
Photos de la vallée d'Arakku
Suite du récit de mon voyage : Koraput

Stéphanie LANGLET sur Google+

Odisha