Comment les Tribus du Chhattisgarh ont changé ma vie

Juste quelques lignes dans un des plus célèbres guides de voyage. Le Chhattisgarh, près de l'état tribal de l'Odisha, semble un paradis pour les explorateurs intrépides.

"42 groupes ethniques différents", "marchés tribaux", "chapura" (chutney de fourmis rouges), "le festival de Dussehra"... Mon âme d'ethnologue improvisée ne pouvait pas résister longtemps. Après vérification de quelques sites internet indiens, ma décision était prise : je rejoindrai Jagdalpur pour Dussehra. Je ne pouvais imaginer combien cette décision allait changer ma vie pour toujours...

Muria tribu

Marchés tribaux et chutes de Chitrakote dans le district du Bastar.

Avant d'entendre parler du Chhattisgarh, mon idée était de découvrir l'état tribal de l'Odisha à travers ses marchés tribaux. Bien que cet état ait beaucoup à offrir, et peut-être de meilleures infrastructures, le Chhattisgarh se révéla en fait beaucoup plus facile à explorer pour une étrangère, puisqu'aucun permis n'est requis.

J'ai passé tout mon séjour au Bastar, sans me sentir en insécurité à un quelconque moment. Les locaux me disaient toujours où aller / ne pas aller, et je suivais leurs recommandations. J'ai partagé les tuks-tuks avec les habitants pour me rendre aux chutes du Niagara indiennes, Chitrakote, et au marché voisin de Lohandiguda. Je me suis baignée totalement seule au milieu des chutes de Chitrakote après avoir exploré ses temples hindous et tribaux. J'ai tenté d'apprendre la danse du ventre au milieu de la route avec les invités d'un mariage musulman et deux hijras, les travestis indiens. J'ai testé les fourmis vivantes sur un marché tribal, en compagnie de vieilles femmes m'observant et rigolant à la vue de mon visage grimaçant. Le goût était d'abord acide comme le délicieux fruit du tamarin, ensuite amer. J'ai bu le fort alcool local, le mahua. Et, plus important, j'ai passé de merveilleux moments avec des gens souriants et beaux.

Chutes de Chitrakote

Chitrakote temple

Marche tribal tokapal

Incredible tribal smileFourmis rouges pour chutney

Ma seule mauvaise expérience a été à Dantewada.J'ai passé plusieurs heures à trouver un bus local et à y aller. Mais on a toujours trouvé une mauvaise excuse pour me refouler à l'entrée du sanctuaire. J'ai essayé plusieurs fois, suivant les nouvelles recommandations données, faisant à nouveau la queue dans la file d'attente. Mais à chaque fois un nouveau problème émergeait et j'ai fini tellement en colère que je suis partie de très mauvaise humeur, sans visiter le temple et en envoyant promener les gens qui voulaient me parler... (ne vous fiez pas à ce qu'on peut lire ou entendre : même en Asie, il est tout à fait correct et normal de faire savoir son mécontentement quand une situation est inacceptable, à partir du moment où on reste poli et respectueux).

Heureusement pour moi, je connais maintenant quelques sympathiques personnes vivant à Dantewada, et la prochaine fois j'irai avec eux.

 

Bastar Dussehra, le plus Long Festival du Monde.

Même si j'avais posé plusieurs questions sur différents forums indiens, les gens ne pouvaient pas me dire ce à quoi je pouvais m'attendre pendant Bastar Dussehra.

Le premier soir, alors que je visitais le palais, une procession commença. Je compris rapidement qu'il s'agissait du Maharaja et de ses proches. Je décidai de les suivre. Nous avons marché à travers la ville, au son de la musique et des chansons, en compagnie du palanquin de la déesse et des médiums. Nous nous sommes arrêtés à un endroit où une balançoire en épines nous attendait. Le palanquin tourna autour jusqu'à ce que quelqu'un caché derrière un drap arrive. C'était la kumari. Cette petite fille des tribus, de la caste Mirgin-Mahara, incarnait la déesse sensée l'habiter et était en transe. Les gens l'ont déposée sur la balançoire sans qu'elle souffre ou soit blessée. Elle bénit des fleurs, le Maharaja et ses proches. Ce rituel symbolise l'ouverture de Dussehra / Navratri (Dussehra commence en juillet et dure 75 jours. Navratri sont les 10 derniers jours et 9 dernières nuits de Bastar Dussehra). Ensuite, tout le monde reprit le chemin du palais. Cette soirée s'appelle "Kaachan Gadi Puja". 

 

 

Le lendemain, je changeais d'hôtel. Arrivée la veille à la gare sans carte de la ville, j'avais passé ma première nuit dans l'hôtel sale et bruyant à proximité.

Mon second hôtel avait un autre genre de problème : il faisait tout pour me convaincre que je ne pouvais ni sortir le soir pour aller aux spectacles de Dussehra, ni aller dans les villages des alentours pour voir les marchés et chutes d'eau. Ils pensaient que c'était trop dangereux pour une femme seule et ils refusaient de me donner des informations sur les festivités et transports, prétextant qu'ils ne savaient pas... A l'époque, il n'y avait pas d'office de tourisme à Jagdalpur (il y en a un désormais près de Sahid Park, sur le Campus Sweepingpul). Mais, comme toujours en Inde, il y a une solution et j'ai pu compter sur la gentillesse des locaux pour m'aider. J'ai trouvé le fameux Hatta Ground, où chaque soir des danses traditionnelles tribales étaient présentées sur scène. J'ai été invitée dans la partie VIP et j'ai reçu le programme officiel de Dussehra... Certains de mes anges gardiens m'ont trouvé un hôtel mieux situé, très près du palais et de toutes les attractions. Tous les soirs, ils m'emmenaient aux festivités les plus traditionnelles. Grâce à eux, j'ai pu assister à l'arrivée de la soeur de la déesse depuis Dantewada, assise sur le toit terrasse du palais. J'y ai même participé à une interview, après avoir déjà eu ma photo en couleur à la Une du journal local dès le premier soir.

Le moment que j'ai préféré a été à Kumdakot. Le dernier soir du festival, les tribus volent le grand chariot et marchent toute la nuit pour rejoindre cet endroit à quelques kilomètres du palais, tirant et poussant l'immense char à 8 roues. J'ai emprunté un tuk-tuk pour les rejoindre le lendemain. Quand je suis arrivée, c'était la plus incroyable et traditionnelle ambiance que j'aurais pu imaginer. Partout autour de moi, c'était plein de musiciens portant des habits blancs et des bandeaux de tête rouges ou roses, de médiums en transe, d'hommes portant des palanquins, de danseurs tribaux, de Murias (tribu) ornés de fleurs...

 

Le Maharaja, portant ses plus beaux habits, arriva pour partager le riz avec les officiels des tribus. Après la bénédiction du char, une longue procession commença : en premier les Madhyas en train de danser, ensuite le Maharaja debout dans sa voiture ouverte, enfin le grand char poussé et tiré par les hommes des tribus. Plusieurs heures leur ont été nécessaires pour retourner en ville dans la plus belle procession que j'ai jamais vue.

Dandamis madiyas

Gonds du Bastar

Maharaja Bastar

 

Les habitants du Bastar m'ont vraiment traitée comme une des leurs et m'ont couverte de leurs sourires, gentillesses, invitations et cadeaux.

Lorsque je suis partie, j'ai pleuré et je savais déjà que je serais incapable de les oublier. Ils m'ont donné plus d'amour que je ne pourrai en donner de toute ma vie.

Ils ont un proverbe : "si un étranger vient au Bastar pendant Dussehra, il reviendra"...

 

Retour et projet.

Je suis retournée travailler le lendemain de mon retour. Ma tête était pleine de belles images et je flottais encore dans un état proche du Nirvana.

Mais ce n'est pas facile d'être un chef d'équipe commerciale qui croit fermement à la vertu du bonheur et plaisir au travail, et au management participatif. La réalité m'est revenue en pleine face et je suis brutalement redescendue sur terre. Mois après mois, la situation au travail a empiré. Ma seule bouée de sauvetage était de penser à mon cher Bastar et ses habitants. Leur gentillesse et simplicité m'ont donné l'espoir en un meilleur futur. Pas à pas, il devint clair que je voulais les remercier en leur rendant un peu de cet amour qu'ils m'avaient donné. Je savais que je ne serais jamais capable de les remercier suffisamment.

J'ai commencé à consacrer mon temps libre à promouvoir leur district, style de vie et art. J'ai créé un nouveau site internet auquel j'ai rattaché mon ancien blog de voyage. 

Petit à petit, j'ai rencontré de nouveaux amis incroyables, m'apprenant beaucoup de choses sur leur vie, croyances, pensées, art, festivals... Je fus invitée dans différents groupes Facebook, en particulier un pour les journalistes et blogueurs de voyage indiens. J'ai commencé à écrire mes nouveaux articles à la fois en français et anglais, tout comme mon site. J'ai eu la chance de trouver et acheter une grande maison dans le Sud Ouest de la France, avec un appartement pour la location saisonnière au rez de chaussée et de la place pour le showroom d'artisanat asiatique que je voulais ouvrir chez moi. L'idée était de recevoir les clients comme en Asie, autour d'un thé et en prenant le temps de discuter, rire, apprendre les uns des autres.

Mon travail fut également remarqué par l'Office de Tourisme du Chhattisgarh, dont dépend le Bastar. J'ai participé à leur concours photo "Explore le Chhattisgarh" et gagné. J'ai rencontré leur formidable Directeur du Management en France. Cet office de tourisme est très dynamique, remportant de nombreuses récompenses, et nous collaborons pour nous promouvoir mutuellement. Ils ont de nombreux superbes projets auxquels je devrais être associée.

J'ai proposé à mes amis du Chhattisgarh d'écrire des articles de voyage sur mon blog pour promouvoir leur région. Les articles sont aussi traduits en français. Je suis très fière et reconnaissante de leur travail.

Enfin, Holidify, un grand site de voyage indien, m'a mentionnée dans leur liste des meilleurs blogueurs indiens, dans leur top 6 des blogueurs non indiens.

 

Epilogue

Suite à cet article initialement écrit en anglais et traduit sans rien changer, j'ai été contactée par un photographe professionnel du Rajasthan. Somendra rêvait depuis de nombreuses années d'effectuer des reportages photos et vidéos des tribus de la ceinture tribale de l'Inde centrale. Nous avons décidé de passer 7 semaines au Bastar et Chhattisgarh pour vivre avec une de ces tribus les plus primitives. Il existe plus de 600 tribus Adivasi en Inde, dont 74 font partie des groupes tribaux primitifs. Quatre d'entre eux vivent au Chhattisgarh, principalement au Bastar, dans des zones très reculées de montagne, difficilement accessibles et dans des conditions très précaires : pas d'accès à une eau réellement potable, pas d'électricité, pas de transport en commun (ils font plusieurs kilomètres pour rejoindre la ville la plus proche), pas d'hôpitaux. On les catégorise "groupe tribal primitif" du fait de leur mode de vie esssentiellement centré sur une agriculture primitive et une vie de chasseur-cueilleur.

Ce projet n'a pas abouti mais ma mission commençait à se décider de plus en plus clairement...

Je suis donc partie pour 7 semaines en Inde centrale. J'ai retrouvé mes amis avec lesquels les liens se sont encore renforcés. Nous avons fêté Bastar Dussehra ensemble, ils m'ont fait découvrir et comprendre encore davantage de choses de leur culture. Ils m'ont aidée à promouvoir mon travail auprès de la population locale. Chaque jour, j'étais à la Une du journal, à la télé ou à la radio. Ma popularité a été telle que j'en ai profité pour délivrer des messages de respect à l'égard des Adivasis et de leur culture.

J'ai poursuivi ma découverte avec le Telangana. Pendant plus d'un an, j'avais cherché des informations sans grand succès sur un festival tribal du district d'Alidabad : Dandari. Une amie blogueuse indienne a fini par trouver un journaliste local. Sinu m'a accueillie chez lui pendant 10 jours et j'ai pu assister à cet incroyable festival avec les seuls Gonds des villages.

Grâce à mes amis, la population d'Inde centrale a de plus en plus conscience de sa chance d'avoir une identité et une culture tribale ausi forte. Avec leur soutien, j'ai décidé de continuer sur cette voie et de dédier la majorité de mon temps à la promotion de la culture tribale indienne en Inde et en France.

 

Toutes mes astuces et conseils pour découvrir le Chhattisgarh Tribal

J'ai répondu aux questions d'un anthropologue canadien qui préparait un voyage dans le Chhattisgarh.

Dans cet article, vous trouverez une suggestion d'itinéraire, mes meilleurs contacts et des astuces pour voyager au plus près des tribus. 

 

 

 
Stéphanie LANGLET sur Google+

Chhattisgarh Tribal

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