En Chine au pays des Dongs

Pour mon premier voyage en Chine, je suis arrivée et repartie de Hong Kong, ce qui m'a permis de visiter par la voie terrestre le proche Guangxi. Après Canton rejoint par train, j'ai pris le bus pour la Baie d'Ha Long terrestre chinoise, Yangshuo (près de Guilin). J'y ai passé quelques jours en compagnie des adorables jumeaux Vincent, Luc et Christophe, avant de rencontrer celui qui est devenu comme un petit frère pour moi, Baolei, surnommé Lei. Ensemble, nous avons sillonné les villages Dongs, à la rencontre des minorités et de leur architecture particulière (ponts du vent et de la pluie, tours au tambour, immenses maisons en bois sur plusieurs étages). Nous nous sommes séparés à Shenzen, où Lei vivait à l'époque, et j'ai terminé mon périple à la découverte de Hong Kong et de ses îles, depuis l'île de Lamma où je me suis installée.

Vieilles femmes dongs 

  • Le bouddha de Lantau et le monastère Po Lin.

    Equipée de mon sac à dos, je quitte définitivement l'île de Lamma pour celle de Lantau. En plus d'être celle de l'aéroport, elle possède le bouddha le plus haut d'Asie du Sud-Est. Celui-ci, érigé sur la plus haute montagne des environs (à 750 mètres de haut), mesure 34 mètres et est constitué de 520 tonnes d'acier et de bronze, et de 1,6 tonnes d'or. J'ai gardé sa visite pour le dernier jour, mon avion ne partant qu'en fin d'après-midi.
    Le ferry me dépose à Mui Wo, autrement appelé Silvermine Bay, où je trouve sans difficulté le bus pour le monastère de Po Lin. La route en lacets gravit la montagne, offrant un splendide spectacle de monts verdoyants, lacs d'altitude et parfois des échappées sur la mer. Soudain, chacun retient son souffle : là haut, dans le lointain, on aperçoit celui que tout le monde est venu voir, le bouddha. Il se met à jouer à cache-cache avec nous durant la longue route qui nous sépare. Pourtant, il en impose déjà, grandiose dans son écran verdoyant, dominant tout, écrasant tout; on ne voit plus que lui.
    Enfin, le bus s'arrête sur une espalanade. Je descends, lève la tête, et c'est le choc, une sensation à couper le souffle, une impression d'être toute petite face à Tian Tan, serein et digne, qui nous contemple avec bienveillance.

    Tian tan le bouddha de lantau

    J'ai du mal à retenir mes larmes face à une émotion aussi forte. Je le contemple, n'ose pas encore m'approcher, m'éloigne, profitant des différentes perspectives, de la beauté du lieu.

    Je décide d'emprunter le "Chemin de la Connaissance", m'éloigner de Tian Tan pour retenir cette émotion et mieux partir à sa rencontre tout à l'heure. Ce "Wisdom Path" m'intrigue et me dicte inconsciemment de le parcourir avant de gravir les 270 marches qui mènent au Nirvana bouddhiste. Je sens au fond de moi qu'il a été créé pour mettre le fidèle à l'épreuve : aura t'il la patience de suivre le Chemin de la Connaissance ou partira t'il à l'assaut de Tian Tan sans attendre ?
    Une agréable promenade commence sur un sentier forestier. Je parviens à une clairière et découvre un lieu chargé de toute la spiritualité bouddhiste. Sur 38 colonnes en bois rappelant les tiges de bambou utilisées pour écrire dans l'ancien temps, le "Prajna-Paramita Hrdaya Sutra" a été calligraphié par un célèbre maître chinois, le Professeur Jao Tsung-I, à l'aide d'un énorme pinceau en poils de chèvre.


    Prajna (connaissance) - Paramita (perfection) signifie la perfection de la Connaissance et Hrdaya, le coeur, l'essence. C'est pourquoi ce Sutra est plus simplement appelé the "Heart Sutra" pour résumer l'essence de la Perfection de la Connaissance de Bouddha. C'est un texte sacré, révéré par les Confucianistes, Bouddhistes et Taoïstes. Le positionnement des colonnes, leur forme et la calligraphie, respectent la topographie du lieu et symbolisent le chiffre 8, l'infini, ainsi que le concept de plénitude, un thème clé du Heart Sutra. Je me fraye un chemin au travers de la végétation pour tenter d'avoir une vue sur les environs, à l'opposé des montagnes. Au loin, je retrouve la silhouette bienveillante de Tian Tan.

    Wisdom path lantau hong kong

    La vue plongeante de l'autre côté est de toute beauté, mais la brume empêche d'en profiter pleinement. Je décide de me hâter avant que le temps ne soit trop couvert, et retourne vers l'esplanade. Le temps est de plus en plus couvert et je visite d'abord le beau monastère de Po Lin Ching Tze (du Bouddha assis en méditation - Ching -  sur le Précieux Lotus - Po Lin- ), espérant que le ciel va se dégager. Les couleurs sont splendides et les statues d'une exceptionnelle richesse.

    Monastere po lin lantau

    La végétation y occupe une place importante : larges vasques de fleurs, arbres et arbustes savamment entretenus, plantations de thé et exposition de plantes et fleurs cultivées par les moines et les nonnes.

    Je pénètre dans une petite salle occupée par plusieurs statues grimaçant pour chasser les mauvais esprits. J'arrive ensuite dans une grande cour, au fond de laquelle quelques marches mènent à la pièce principale. Elle contraste avec la simplicité de la décoration de la première.

    La moindre colonne de pierre ou poutre de bois a été travaillée avec une finesse remarquable. A l'intérieur, on ne sait où regarder : statues de bouddha en or, meubles d'ébène et d'or, luminaires précieux, plafonds richement peints, objets précieux, colonnes de marbre... Tout ce qui est entreposé ici doit valoir une vraie fortune et n'est fait que de matériaux précieux ! Même les portes et fenêtres sont d'une incroyable beauté.

    Interieur monastere de po lin lantau

    Il est temps pour moi de rejoindre Tian Tan, le Temple du Ciel. Malgré la pluie, je monte lentement pour l'admirer dans toute sa splendeur. Il est assis sur un trône en forme de lotus. La gestuelle de sa main gauche symbolise le don, pendant que sa main droite rassure. Il symbolise la relation harmonieuse entre l'Homme et la nature, les gens et la religion.

    Bouddha de lantau


    Huit statues plus petites en bronze l'entourent, représentant les dieux ou les immortels. Malgré la brume qui a envahi le paysage, le spectacle de ces statues faisant des offrandes à Tian Tan m'émerveille et je prends le temps de tourner autour de lui. Le Nirvana ne doit-il pas se mériter ? Et n'est-ce pas une des plus belles façons de clore un si beau voyage ?... Bye bye China, see you soon...

  • Peng Chau et Lantau Islands.

    Je prends le ferry pour la dernière randonnée de mon voyage. Destination la petite île de pêcheurs de Peng Chau, tout près de celle de Lantau, puis le monastère trappiste sur cette dernière. De petits autels aux couleurs vives accueillent les visiteurs, qui trouvent facilement le chemin pour faire le tour de l'île.

    Autels peng chau hong kong

    Le sentier longe la côte joliment découpée, offrant de beaux points de vue sur les îles environnantes et le Disneyland chinois. De ce côté, quelques plages sauvages attirent le regard : sable blanc, végétation, jolis gros cailloux couleur sable... et dépotoir. Quel dommage de ne pas mettre en valeur et préserver un si bel environnement ! J'arrive au village principal, d'abord un bidonville avant d'atteindre une plage de sable fin où baignent de vieilles barques à moitié coulées.

    L'ensemble dégage un charme bucolique qui ne me laisse pas indifférente, d'autant qu'il n'y a pratiquement personne ici. Je repère sur une carte le temple du village et l'embarcadère du bac pour Lantau, avant de grimper dans les hauteurs, au milieu de la végétation et des champs de bananiers, pour jouir d'une vue plongeante sur la baie.

    Temple peng chau island

    Le sentier poursuit dans les hauteurs et offre un panorama exceptionnel.

    J'embarque ensuite pour l'île de Lantau. Notre bac fait une première escale près de Disneyland, avant de repartir pour sa prochaine destination : la mienne.

    Après une jolie traversée, paysage d'îlots et bateaux flottant tranquillement sur la Mer de Chine, mes compagnons me déposent au départ du chemin de croix pour le monastère. Je suis la seule à descendre ici, où seule une route sinueuse monte dans les hauteurs, au milieu de la végétation toujours omniprésente. Je me fais l'effet d'un Robinson, qu'un équipage qui n'a plus assez de vivres a déposé à l'autre bout du monde. De l'autre côté de la mer : la civilisation. Du mien, quelques cartons déposés sur le sol, qui ont été descendus en même temps que moi. Je commence mon ascension, découvrant en contrebas une belle côte déchirée aux criques paradisiaques et inaccessibles.

     Lantau island hong kong

    Je me délecte du silence de ce paradis du bout du monde, les sens éveillés par la moindre chenille colorée et poilue. Je parviens au monastère, idéalement situé au sommet de la colline et dominant la mer. Je traverse un joli pont pour me rendre vers l'église que je visite. De là, j'aperçois le monastère, dont l'accès est interdit. Je retrouve le chemin de crêtes, accompagnée de la douce musique de cascades.

    Le paysage s'ouvre à nouveau, laissant apparaître la mer et les îlots. Bientôt, le retour à la civilisation, ce sportif faisant son footing, cette femme promenant ses chiens, les bruits ne seront plus les mêmes. Alors je m'attarde, je m'assied au bord de ce chemin, un magnifique panorama se déroulant devant de moi, la végétation m'entourant, et je m'imprègne une dernière fois de ce paradis du bout du monde...

    Les photos de Peng Chau

    Les photos de Lantau

  • Central, Sheung Wan et Western.

    Aujourd'hui, je suis impatiente de découvrir Hollywood Road et Cat Street. La première est réservée aux antiquaires et j'adore les beaux objets anciens, la seconde à un petit marché aux puces. Entre les deux, je pourrai aussi visiter le Man Mo Temple, le plus vieux temple de Hong Kong, datant de 1848. Man est le Dieu des Lettres, des Mandarins et des Fonctionnaires. Quant à Mo, c'est la divinité des Arts martiaux et il fait l'objet d'un culte, à la fois de la part de la pègre locale, mais aussi de la police !
    J'opte bien sûr pour le ferry plutôt que le métro pour me rendre à Central, qui sera mon point de départ. Je marche le nez levé, admirant les eaux immeubles modernes du quartier, pour me rendre sur Des Voeux Road, d'où part le plus grand escalier mécanique extérieur du monde (800 mètres) en direction du Victoria Peak. De 6h à 10h, il fonctionne dans le sens de la descente, pour emmener les employés des quartiers riches à leur travail; alors que le sens s'inverse de 10h20 à minuit. Il transporte près de 40 000 personnes chaque jour.

    Parfois, il faut revenir en arrière pour emprunter la sortie souhaitée, mais il présente le grand avantage de pouvoir découvrir sans peine les différentes strates de la ville et de se repérer à travers les jolies artères qui le bordent avant de partir les explorer.

    Hong kong central

    Je descends au niveau des ruelles pentues et étroites encombrées d'échoppes traditionnelles et souvent basiques. Chaque ruelle a sa spécificité : ici, ce sont des petites gargotes, là les marchands de volailles, puis ceux de poissons, de viande, la suivante est réservée aux légumes, cette autre aux fruits, plus loin ce sont les plantes, puis vient le tour des marchands d'artisanat, décoration et souvenirs... Tout cela au milieu de l'agitation et à deux pas des grands immeubles et des écrans géants numériques du quartier de Soho.

    Je replonge dans la modernité des grandes artères modernes, aux belles devantures et aux hauts immeubles aux vitres colorées. Je visite le Western Market, dont seul le style extérieur et les tramways environnants, couverts de publicité, valent le détour.

    J'arrive dans un quartier bien plus intéressant, celui de Sheung Wan, typiquement chinois avec ses boutiques de produits médicinaux ou culinaires : bocaux de racine de ginseng, d'hippocampes, de produits médicinaux faits à partir de champignons, plantes ou membres d'animaux, ailerons de requins entassés, brochettes d'animaux étranges, paniers d'oeufs de cent ans. Je retrouve l'ambiance du marché de Qinping à Canton.
    En chemin vers le Man Mo Temple, je découvre les magasins de cadeaux pour les tombes des ancêtres et de rutilents cercueils. Juste à côté, les boutiques de tissus pour fabriquer... les robes de mariée ! En levant la tête un peu plus loin, je suis étonnée de la présence incongrue d'un temple au premier étage d'une habitation. J'arrive au Man Mo Temple, en plein coeur d'une large artère. Les statues ont la peau de couleur foncée, noire pour certaines, et la construction respecte les principes traditionnels : une porte à l'intérieur, à quelques centimètres de l'entrée, permet de fermer les lieux sans enfermer, pour empêcher les esprits d'y pénétrer. Comme à Bali, les esprits ne savent pas tourner et ne font qu'avancer droit devant eux. Les serpentins d'encens portent les noms de leur donateur sur du papier rouge porte-bonheur.

    Man mo temple

    Je suis finalement assez déçue par le quartier des antiquaires et le marché aux puces, où les boutiques de luxe cotoient les étals attrape-touristes. Peut-être avais-je vu toute la journée beaucoup trop de choses dépaysantes pour apprécier vraiment le lieu...

    Les photos de Hong kong

  • Cheung Chau Island, un petit bout de paradis.

    Changement d'ambiance, direction une des nombreuses îles de Hong Kong : Cheung Chau. Le ciel bleu est idéal pour découvrir ce petit coin de paradis et la traversée en ferry ajoute au charme de la découverte. On ne cesse de découvrir de nouveaux îlots verdoyants et de croiser des embarcations flottant paisiblement sur le beau bleu de la Mer de Chine.
    Je remarque les décorations rouges et jaunes des bateaux et les fanions accrochés sur le rivage.

    Je scrute la côte, à la recherche d'une quelconque procession, sans succès. A peine débarquée, je découvre un grand panneau en chinois. Impossible de comprendre ce qui est inscrit, hormis les dates des 23 et 24 avril; zut, les festivités sont prévues demain !


    Je me repère rapidement sur un plan, puis décide de longer la côte, à la recherche des nombreux temples de l'île. Au bout de quelques mètres, je visite le marché aux poissons. J'ai du mal à reconnaître certaines de ces créatures aquatiques. Sur plusieurs étals, je vois ce que j'ai pu lire : des poissons tranchés en deux vivant, dont le coeur bat encore... En Chine, on pense en effet que plus on fait souffrir une bête au moment de sa mort, meilleure sera la chair. J'entends soudain de l'animation dans la rue. J'écourte ma visite pour suivre la musique et je rejoins rapidement une procession : des panneaux décorés, des offrandes, et même un lion. Arrivée au débarcadère, elle stoppe et le lion se lance dans une danse frénétique et acrobatique, au son des instruments : un tambour, des cymbales et un gong qui suivent le rythme de ses mouvements. Les danseurs, généralement des pratiquants de kung Fu, sont d'une habileté remarquable. Un homme m'aborde et m'explique qu'il s'agit des festivités en l'honneur de la Déesse de la mer, Tin Hau; ceci explique les préparatifs au temple de Tin Hau la veille... Il m'invite à les rejoindre à l'autre bout de l'île, où les danses vont se poursuivre. Le lion reprend sa danse pour monter sur un bateau. Une fois installé, il se tourne vers moi et continue sa danse endiablée. Au bout de quelques minutes, le bateau prend le large, le lion, les panneaux et les offrandes à son bord. Je longe le mer pour les rejoindre, je ne sais pas exactement où ils se rendent.

    Danse du lion

    En chemin, je m'arrête aux nombreux autels disposés à l'extérieur ou dans les temples et je croise la route de gens chargés d'offrandes... parfois vivantes. Il semble que chaque groupe familial ou associatif rivalise d'offrandes ou d'animations pour offrir la plus belle procession. Les statues de Tin Hau ont été parées de leurs plus beaux atours et certains temples ont été richement décorés.

    Même les bateaux arborent leur tenue de fête et j'admire la baie cerclée de tous ces îlots pendant ma longue marche vers le temple principal. Au loin, j'aperçois le lion dansant sur son bateau, avant que tout ce petit monde descende à terre. A mon arrivée, je retrouve le lion se prosternant devant l'autel et une profusion d'offrandes a été disposée sur une grande terrasse dominant la mer. Des hommes lancent des sortes d'osselets, sous les exclamations des spectateurs : jeu d'adresse ou autre façon de prédire l'avenir, je ne le saurai que quelques années plus tard en Birmanie. Cela sert à la divination.

    C'est maintenant l'heure pour le lion de se reposer et je suis le conseil de me diriger vers les hauteurs et des grottes mystérieuses. Le paysage, ressemblant un peu aux plages des Seychelles avec d'horribles escaliers métalliques en plus, ainsi que le chant des cigales, me charment tellement que je décide de me baigner dans cet endroit... totalement désert ! Je ne pouvais pas rêver mieux pour apaiser la chaleur de cette journée.

    Au bout de quelques heures, le calme est rompu par l'arrivée de touristes chinois et je décide de poursuivre un peu le chemin. J'arrive aux grottes, un étroit passage tout noir qui plonge dans les rochers avant de former un étroit boyau. Bien que d'autres touristes me proposent de les accompagner, munis de leur guide, je préfère m'en abstenir... Je retourne vers le temple, où le lion a cédé la place à un spectacle d'opéra cantonais. J'ai de la chance car j'ai hésité la veille à me rendre à un de ces spectacles pour touristes... J'ai beau ne rien y comprendre, la beauté des costumes, la lenteur des gestes et les sons étranges de la musique me ravissent et je m'attarde un moment, avant de repartir vers les hauteurs.

    Opera cantonais

    Une longue et belle randonnée m'attend pour faire le tour de l'île, entrecoupée de visions de cimetières à la vue imprenable, de beaux jardins au kiosque coloré, de temples de bord de mer, d'improbables quartiers isolés dans les hauteurs et aux villas cossues, de vues plongeantes sur la Mer de Chine et les gros cailloux joliment érodés, de pavillons chinois servant de point de vue, de végétation exubérante. Cette île est un véritable enchantement.

    Avant de me restaurer et de quitter ce petit coin de paradis, je vais voir le dernier temple de l'île et me perds dans le lacis des ruelles du quartier populaire. Ici aussi on a disposé de jolis autels et des offrandes dans chaque recoin...

    Les photos de Cheung chau Island