Xu Xu ! (prononcez Chu chu)

Toutes les bonnes choses ont une fin, et c'est le retour vers Hong Kong. Comme Lei rejoint Shenzhen où il habite pour l'instant, il me propose de faire la route ensemble, en faisant une courte halte à Yangshuo. Nous prenons un minibus pour Sanjiang, au milieu des enfants qui se rendent à l'école. Comme nous avons du temps avant de prendre le bus pour Yangshuo, nous décidons de nous rendre à la tour au tambour de la ville. En chemin, nous avons la surprise de découvrir un magnifique temple bouddhiste en cours de restauration et totalement désert. Nous furetons tranquillement dans ce lieu, dont l'abandon rend l'atmosphère particulière, avant de nous hâter vers la drum tower; il ne faudrait pas rater le bus.

J'ai prévenu Stephen que nous mangerions ce midi dans son restaurant de fondue chinoise. Comme nous arrivons tardivement, il nous reçoit dans son restaurant de nouilles, qu'il inaugure aujourd'hui. Nous décidons de nous rendre dans la vieille ville, que nous connaissons à peine. Je retrouve la façon si caractéristique de traverser la route, que Nick m'avait apprise. Au lieu d'utiliser des passages piétons, il s'agit de traverser en... diagonale ! Etant donné la conduite anarchique des Chinois, je reste encore étonnée d'avoir pu me déplacer aussi facilement au milieu des grands carrefours de la ville, pleins de voitures. Pendant mon périple vers les villages, j'ai pu constater que la loi du plus fort prévalait, et j'ai donné un nom à cette conduite si particulière "la conduite au klaxon". La plupart des bus que j'ai empruntés, lorsqu'ils voulaient doubler, ne se souciaient pas de la circulation mais se contentaient de donner de grands coups de klaxons pour faire place nette; et ça marchait ! Et dire que ce soir Lei veut me faire voyager en sleeping bus...

Le soir venu, nous retrouvons Stephen dans son restaurant de fondue. Il nous remet entre les mains de ses serveuses, et nous commençons un délicieux repas. Le poisson est d'une telle finesse, que nous pourrions le manger en sushi. Sur un chariot, plusieurs fines lamelles en sont déposées sur des assiettes. Du tofu, des champignons et de longues tiges de légumes verts accompagnent le poisson, dont de nouvelles assiettes ne cessent d'être servies... Alors que Lei m'explique les difficultés de grandir seul sous la politique de l'enfant unique et que je dis que moi aussi j'aurais aimé avoir un grand frère, il s'exclame : "Is it a deal ? Do you want to become my older sister ?". Et voilà comment je me suis retrouvée à 34 ans la soeur aînée d'adoption d'un jeune Chinois !

Hot fish pot au restaurant de stephen

Nous saluons une dernière fois nos amis avant de nous installer dans notre bus : trois étages et trois rangées de couchettes étroites... Les gens semblent entassés comme des sardines et la propreté laisse à désirer. Lei s'installe sur le côté gauche pendant que j'essaie de caser mon petit sac à dos comme je le peux sur ma couchette du milieu, pour éviter de ne pas devoir trop plier les jambes. Nous avons l'avantage d'être en bas, et moi d'être petite car nos couches ne sont pas bien longues. Lei éclate soudain de rire et m'explique que nos compagnons sont à la recherche d'une grenouille : celle qui croasse dans mon téléphone portable lorsque je reçois des messages ! Nous réussissons à nous endormir tant bien que mal...
Au milieu de la nuit, notre bus s'arrête. Plusieurs voitures semblent bloquées et il y a de l'animation dehors. La route est en train de s'effondrer ! Par je ne sais trop quel miracle, nous pouvons reprendre notre périple après un long moment, mais mon sommeil est de moins en moins serein. Au petit matin, nous faisons une halte pipi très attendue : nous sommes tellement secoués par la mauvaise route qu'il est difficile de se retenir. Peu après, nous arrivons aux abords de Shenzhen et le périphérique est interminable. Ma vessie se rappelle cruellement à mon souvenir et je n'arrête pas de demander à Lei si nous arrivons bientôt. Nous parvenons à un poste de contrôle et Lei m'explique que seuls les Chinois sont contrôlés. Je suis soulagée : si je devais me lever maintenant, j'aurais les plus grosses difficultés à me retenir. Malheureusement, Lei s'est trompé et je dois suivre les policiers. Deux autres jeunes femmes occidentales sont devant moi et je me mets à sautiller sur place comme les enfants qui ont une envie pressante. Impossible d'attendre mon tour sans me soulager avant. J'explique à un premier policier que je dois aller aux toilettes et il s'en va en me répondant "oui oui". Voyant qu'il ne m'a pas comprise, j'entre dans un bureau où se trouve un jeune homme à qui j'assène un "xu xu !" pressant. Il éclate de rire et m'emmène enfin aux toilettes. De retour au bus, je raconte à Lei ma mésaventure et le remercie de l'anecdote qu'il m'avait racontée quelques jours plus tôt : un de ses amis visitait une province dont il ne comprenait pas le dialecte. Comme moi, il avait dû se retenir très longtemps, ne sachant comment dire "toilettes". Lei lui avait expliqué que "xu xu" (pipi) était un terme connu par tous en Chine, et concluait que c'était le seul mot vraiment indispensable à apprendre dans toutes les langues ! Amis voyageurs, vous savez ce qu'il vous reste à faire Clin d'oeil
Allez, xu xu et au dodo !

Stéphanie LANGLET sur Google+

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