Impression chinoise n° 8 : la Chine telle que dans notre imaginaire d'occidentaux.

Me voilà partie pour Xingping, un village de pêcheurs à quelques kilomètres de Yangshuo. J'ai l'intention d'y passer la nuit avant d'emprunter un bateau en bambous pour naviguer sur la plus belle partie de la rivière Li, jusqu'au village de Yangdi.

A peine descendue du bus, je suis harcelée par ceux qui veulent me proposer un taxi ou une ballade en bateau. Le temps est plus qu'humide et je me hâte de rejoindre le bord de la rivière. J'accepte de discuter avec une femme moins insistante que les autres et tente de lui expliquer que je souhaite utiliser son bateau le lendemain. Comme nous avons du mal à nous comprendre, elle interpelle un jeune Chinois pour qu'il fasse l'intermédiaire. En quelques minutes, le jeune homme négocie le bateau pour le lendemain, aux conditions que je souhaite et m'explique qu'il réside à la guesthouse que je cherche. Décidément, je suis chanceuse, mais je ne sais pas encore à quel point.

Comme le propriétaire de la guesthouse s'est absenté, Lei m'emmène dans un des sympathiques restaurants dans la partie ancienne du village. Il m'explique qu'il voyageait avec une jeune Chinoise, qui a décidé d'écourter son voyage à cause du mauvais temps. Il ne sait pas encore s'il restera une nuit de plus ici, poursuivra son voyage ou rentrera chez lui. A peine installée dans ma chambre et alors qu'il pleut des cordes, je ne résiste pas à l'envie d'une ballade. Lei, d'abord surpris, décide de m'accompagner et nous nous armons de parapluies. Nous empruntons le chemin qui surplombe la rivière et nous rendons à l'endroit où on peut voir le paysage des billets de 20 yuans. J'explique à Lei que ce paysage de montagnes brumeux et inspirant au mystère, correspond tout à fait à la représentation romantique que les occidentaux peuvent se faire de son pays.

Nous nous promenons ensuite dans les vieilles ruelles pleines de charme. Lei m'explique la signification des papiers rouges apposés autour des portes des maisons. Le rouge est la couleur de la chance et celle qui symbolise le mieux la Chine (c'est d'ailleurs pour cette raison que j'ai choisi cette couleur pour mon récit). Sur les tombes, les papiers de la fête des morts sont rouges également, comme les faux billets et les pétards. Au moment de la Fête du Printemps, appelée aussi Nouvel An lunaire (le Nouvel An chinois), qui se déroule vers janvier ou février selon les années, les Chinois disposent ces papiers autour des portes pour inviter la bonne fortune à entrer dans la maison. Sur les papiers, on peut trouver le symbole "Fu" qui signifie bonne fortune ou bonheur. Pour les Chinois, écrire le nom d'une chose est une façon de la faire advenir. On peut également y trouver la représentation du Dieu du Bonheur ou encore la représentation des dieux gardiens des portes, qui protègent le logis contre les esprits maléfiques et l'infortune. On peut enfin trouver les enfants du bonheur. Ce petit garçon et cette petite fille grassouillets apportent protection, chance et félicité.

Sur ces photos, on peut aussi voir ce qu'on appelle les distiques de printemps. Ce sont des poèmes présentés par paire et que l'on accroche verticalement à gauche et à droite d'une entrée pour le réveillon. Ils sont généralement longs de quatre, cinq ou sept caractères et attirent richesse, bonne fortune et abondance, au foyer comme dans les affaires. Une troisième bande horizontale de quatre caractères, qui distille l'essence du distique, est apposée sur le linteau de la porte d'entrée. Les poèmes doivent être identiques par le nombre de caractères, la composition, la syntaxe et la structure. Ils peuvent exprimer un souhait de bonheur, longévité, richesse, bonne récolte, nombreuse descendance... A l'origine, cette tradition permettait à la famille de montrer son art dans l'écriture de ces poèmes. Désormais, les papiers sont pré-imprimés et les poèmes tout prêts.

Quand nous rentrons, Lei m'explique que nous sommes invités à partager le repas familial. Chaque convive est invité à préparer un plat de son choix, à l'aide des ingrédients du marché.

Nous dinons donc en compagnie du propriétaire japonais, de son épouse chinoise et de leur petit garçon, d'un Coréen et de sa petite amie japonaise, et de deux jeunes étudiantes chinoises.

Le lendemain, alors que je m'apprête à rejoindre mon bateau, Lei me demande s'il peut m'accompagner et faire l'aller retour. Il a déjà fait cette traversée, mais avec un gros bateau et n'a pas pu profiter pleinement du splendide paysage. J'accepte bien évidemment et nous voilà partis pour une agréable croisière au milieu des pics karstiques, quelque peu arrosée... Mais qu'importe : la brume et la pluie rajoute à la magie de ce tableau d'estampe chinoise et inspire à la poésie.

Notre guide nous dépose dans un vieux village à quelques kilomètres de Yangdi. Pour moi, c'est le terminus de la croisière et le début d'une jolie promenade à travers champs et rizières vers Yangdi, mais c'est aussi bientôt le moment de quitter mon compagnon de voyage, qui doir repartir pour Yangshuo. Nous faisons d'abord le tour du village et Lei attire mon attention sur les divers objets suspendus au-dessus de certaines portes : des miroirs, des ciseaux ou des couteaux destinés à éloigner les mauvais esprits de la maison.

Puis nous échangeons nos numéros de téléphone portable. Après Yangdi, je dois me rendre à Guilin pour prendre un bus pour les rizières du dos du dragon, à Longsheng, puis un autre pour le village de Ping'an. Lei aimerait visiter cette région aussi et j'espère que cet intéressant garçon, passionné par la culture de son pays, pourra m'y retrouver.

Ma promenade s'achève par une nouvelle traversée en bac et on m'accompagne vers un bus pour Guilin. Comme d'habitude, les gens m'aident à trouver mon chemin et changer de bus. Ils m'indiquent même les tarifs locaux pour qu'on ne tente pas de m'arnaquer. Arrivée dans la grande ville de Guilin, je me félicite de ne pas y avoir séjournée. Ici, les rabatteurs pour les bus me réclament des prix exorbitants mais je finis par trouver un petit bus local, après m'être fait joliment entourloupée par un rabatteur qui ne me rendra pas ma monnaie...

La route longe une rivière et c'est le coin des orpailleurs. De grosses barges permettent de fouiller le fond de l'eau à la recherche du précieux métal. Puis nous prenons de l'altitude. Nous arrivons dans les typiques villages de rizières en terrasses.

J'achète mon ticket d'entrée pour le site des rizières et part à la recherche d'un hôtel bon marché. Mon sac à dos commence à peser de plus en plus alors que j'arrive enfin à une des guesthouse du sommet. Le prix réclamé et l'atmosphère du lieu me refroidissant, je décide de suivre un guide improvisé du village chez des amis à lui. Dans une immense maison à l'odeur de bois de cèdre, je m'installe dans une grande chambre tout en bois. Tout le confort et une salle de bains privative avec eau chaude, une superbe vue sur tout le village, pour seulement 20 yuans (environ 2€). Dans le village, la moindre maison fait chambre d'hôtes et la mienne porte le nom de "Long Ji, the first hotel". C'est en effet le premier hôtel à partir de l'entrée. L'accueil de la famille est chaleureux et, quelques minutes à peine après mon arrivée, j'ai la surprise de voir Lei arriver !

Stéphanie LANGLET sur Google+

Chine

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