Impression chinoise n°5 : Hot Dog Pot.

Ah, la beauté des marchés traditionnels ! Celui de Fuli a lieu les jours finissant par 2, 5 et 8 et David me l'a recommandé, le plus intéressant des environs d'après lui. Je décide donc de prendre un minibus local, pour une poussière de yuans. J'adore prendre ces petits véhicules, agréable moment de partage avec la population locale. Le marché n'est pas aussi touristique que le prétend le routard et les exposants sont fiers de me voir regarder tout ce qui nous entoure de façon aussi avide. Je ne retiens plus ma curiosité qui amuse bien plus qu'elle ne dérange. Comment ne pas retrouver ses yeux d'enfant quand on voyage dans des contrées si exotiques ? Et en matière d'exotisme, je vais être servie...

On trouve à peu près de tout sur ce marché : des distributeurs de miel, de la nourriture, des fruits et légumes, des objets ménagers, du tabac séché, des jeux pour enfants, des vêtements, des CD, des produits de pharmacopée chinoise...

Des hommes se font couper les cheveux et la barbe, des femmes font réparer leurs bijoux, d'autres cirer les chaussures. Des groupes sont attablés autour de diverses spécialités culinaires.

Un groupe d'hommes attire plus particulièrement mon attention. Ils sont assis sur de petits tabourets autour d'une table basse où trône un caquelon à fondue. Ma curiosité me pousse à m'approcher et à observer le contenue de la fondue. Aussitôt, les hommes me font signe de m'approcher. Ils veulent absolument que je me joigne à eux. Devant mon refus, ils insistent, me tendant cigarettes et boissons. Je finis par céder, partagée entre curiosité égoïste et envie de leur faire plaisir. Cette façon si simple de partager réchauffe décidément le coeur. Ils me désinfectent des baguettes avec de l'alcool de riz, en font de même pour mon bol, me dotent d'un récipient de sauce et d'un gobelet. Ils veulent absolument que je goûte leur fondue.


J'insiste pour savoir de quoi elle se compose, mais mes compagnons ne parlent que le mandarin ou le dialecte de leur région. Je leur montre mon petit livre d'illustrations. Ils me répondent que l'animal de la fondue n'y figure pas. Ils trient pour moi ce qui représente pour eux les meilleurs morceaux : les abats, le coeur... La fondue (hot pot...) est agréablement épicée et le goût de la viande ne m'évoque rien de connu. Comme j'insiste toujours, un de mes comparses mime à quoi ressemble l'animal : des oreilles dressées et petites, une taille petite à moyenne et me fait son cri... ressemblant vaguement à un aboiement. Comme l'un d'eux n'avait pas reconnu les caractères chinois pour chien dans mon dictionnaire, je me rassure en me persuadant que je suis en train de déguster... un bébé buffle d'eau. Il faut bien se rassurer comme on peut... J'ai beau leur expliquer que je n'ai pas très faim, ils ne cessent de me servir encore et encore alors que mon bol n'est pas fini. Je profite du départ d'une partie de la troupe pour m'éclipser après les avoir chaudement remerciés.

Après avoir passé de longues heures à profiter du marché, je rentre à Yangshuo en suivant la rivière Li. Je retraverse le village, à la recherche du petit pont de pierre. Je retrouve la montagne, ponctuée du rouge et gris des nombreuses tombes et animée du bruit des pétards. Qinming dure vraiment très longtemps cette année.

La promenade s'avère encore plus agréable que celles que j'ai faites jusqu'à présent. Outre la magnificence des pics karstiques, j'assiste aux scènes de la vie locale : femmes lavant le linge dans la rivière ou discutant, accompagnées d'enfants, à l'ombre d'un arbre, paysans travaillant dans les champs, pilotes de bateaux en bambous transportant des touristes,... Tous sont surpris de me voir marcher le long de la rivière plutôt que de me promener à vélo sur la route, et essaient d'échanger quelques mots. Je traverse des villages à l'extrême précarité et on n'est pourtant qu'à quelques kilomètres d'une ville moderne, touristique et riche... Je découvre un enfant jouant dans une décharge à ordures. C'est manifestement la première fois qu'il voit une occidentale et il s'enfuit en hurlant.

Plus loin, je m'aperçois que je suis sur la mauvaise rive de la rivière et je n'ai plus d'autre chemin pour poursuivre que la route. Une vieille femme, voyant mon désarroi, me mène, au travers des dédales de son village, vers l'embarcadère pour l'autre rive. On m'annonce que les traversées sont terminées et je n'ai d'autre choix que de rentrer par la route.

A peine rentrée, je demande à Luc comment on dit chien en chinois. La sonorité du mot ressemble étrangement à ce que me disaient ces messieurs du marché, mais je continue à me mentir... 

Le lendemain, je décide de faire un peu de farniente et de profiter de la ville. Je commence par le marché, en terre battue. Lorsque j'entends les cris de désespoir d'un chien, je me dirige vers la partie réservée à la vente de viande de chien. Je me remémorre les images du boucher d'autrefois, où la viande en partie découpée était suspendue à des crochets, sauf que là il s'agit de chiens... Je dois en avoir le coeur net et interroge un commerçant derrière sa vitrine de viande; et cette viande si ressemblante à ma fondue... J'ai bien mangé du chien, de la fondue de chien, hot dog pot...

Alors, si vous allez dans le Sud de la Chine un jour, ne croyez pas tous ces guides papier : la viande de chien est très chère en ville; mais à la campagne et dans les petites villes, on laisse les chiens se reproduire librement et, croyez-moi, il y en a beaucoup !

Les photos : https://skydrive.live.com/?cid=4391f06a356f4ffc&sc=photos#cid=4391F06A356F4FFC&id=4391F06A356F4FFC%218051&sc=photos

Stéphanie LANGLET sur Google+

Chine