Impression chinoise n°6 : le charme bientôt perdu d'un village ming.

Remise de mon expérience culinaire quelque peu déroutante (étonamment, mon estomac fragile d'occidentale ne m'a jamais fait de misère en Chine), j'emprunte un minibus local pour le Pont du Dragon. La visite de ce site, construit sur la rivière Yulong en 1412, est le prétexte d'une agréable randonnée, du pont à Yangshuo. 

Le cheminement au travers de vastes champs et vergers, suivant constamment la rivière, donne une toute nouvelle dimension, aux pics karstiques qui se reflètent dans l'eau. Aux bruits des insectes et de la rivière, se mêlent parfois les cris de quelques touristes appeurées par le passage de leur radeau de bambous sur les rapides. Je m'amuse à les observer et à filmer la dextérité de certains pilotes remontant le cours d'eau. 

Parfois, je découvre de rares habitations faites de briques jaunes. Sans la présence d'une vache devant l'une d'elles et le papier rouge porte-bonheur sur les portes et les tombes, on pourrait croire qu'elles sont abandonnées.

Après m'être faufilée à travers les champs, parfois sans autre chemin que les sillons tracés par les paysans ou des pierres au-dessus d'un cours d'eau, j'arrive au pont qui mène au village ming de Jiu Xian. Je suis accueillie par un vieux monsieur portant un carton décoré de rouge et d'inscriptions chinoises. Il se met rapidement à poser devant mon objectif, mais je sais bien ce qu'il attend de moi et je fais celle qui ne comprend pas : j'ai toujours refusé de payer pour une photo et je n'ai aucune intention de payer un droit de passage pour le pont dont il s'est arrogé la propriété. Beau joueur, il me fera de grands sourires lorsque je quitterai Juixian.


Jiuxian possède de très anciennes demeures à l'architecture ming, ce qui en fait un village de plus en plus fréquenté par les petits groupes de touristes. Ce beau village, encore à l'écart des grands circuits touristiques, risque fort de ne plus le rester bien longtemps et les premiers effets de cette nouvelle notoriété se font déjà sentir. Je suis d'abord accueillie par deux petits garçons habillés de la même façon. Loin d'être effrayés à ma vue, ils se mettent à me fouiller les poches et essayer de me prendre tout ce que j'ai sur moi et que j'accepterais de leur donner... Bien qu'encore très jeunes, leurs mimiques et gestes dénotent parfois la violence dont ils pourraient faire preuve s'ils se sentaient en force. 


Le village benéficie d'un environnement privilégié, digne du meilleur feng shui, avec la rivière et les pics karstiques tout autour. La découverte de l'architecture ming est très agréable. Je sens néanmoins de plus en plus le poids d'un mercantilisme qui grandit peu à peu. Comme je suis seule, on ne me réclame pas d'argent pour les visites, mais je remarque vite que les autres touristes, accompagnés de leur guide, sont obligés de rétribuer les gens du village pour pouvoir le visiter. Comme c'est la sortie des classes, les enfants les poursuivent de leurs sollicitations pour obtenir quelques pièces ou bonbons. Et, à ma grande surprise, alors que les touristes viennent de partir, certains enfants se mettent... à me taper ! En chemin, d'autres essaient de m'effrayer en me mettant un serpent sous le nez. Quel dommage que ce si beau village soit devenu un lieu aussi inhospitalier !

La beauté des paysages pour rentrer à Yangshuo me font heureusement bien vite oublier mes désagréments et je finis la journée par une délicieuse fondue... de poisson cette fois !

 
Stéphanie LANGLET sur Google+

Chine

Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !