La magie du Qiandongnan.

Triste temps sur les villages dong, mais la pluie battante ne va pas nous arrêter et nous partons à la découverte des villages alentour. Je suis admirative du courage de ces femmes courbées dans les rizières, l'eau jusqu'aux genoux, simplement protégées par un chapeau conique et un imperméable transparent.
Outre les ponts du Vent et de la Pluie, la caractéristique architecturale de cette région encore appelée Qiandongnan, est la présence dans chacun des villages d'une ou plusieurs tours en forme de pagode, appelées "tours du tambour". A l'intérieur, on y trouve le tambour qui sert à avertir les habitants en cas d'incendie. Auparavant, il servait également à les avertir de l'arrivée imminente des ennemis. Ces tours servent maintenant aussi de lieu de réunion, parfois même de spectacle, et possède un autel pour faire des offrandes et prier. Elles ont une durée de vie de 100 ans, d'où leur aspect de bois neuf ou vieilli.

Quant aux maisons, il est nécessaire de les reconstruire tous les 30 ans. Nous nous sommes demandés très longtemps comment les gens pouvaient construire une nouvelle maison. En réalité, la technique est très simple : ils remplacent simplement les planches une à une. La maison est donc en continuelle reconstruction, les planches les plus sujettes à la pluie étant remplacées en premier. Nous avons pu voir certaines maisons nouvelles en construction et remarquer le génie de ces constructeurs qui n'utilisent ni clou ni mortier. Voir des édifices aussi gigantesques (les maisons font toujours plusieurs étages et sont extrêmement vastes) et se dire qu'aucun moyen moderne de construction n'est utilisé, ni clou, ni ciment, défie notre entendement occidental... Je n'ai pu qu'être admirative d'un tel savoir-faire et les comparer à d'immenses châteaux de carte tenant debout par je ne sais trop quel miracle ! Sur la photo, on peut voir qu'on dresse d'abord le squelette de la maison (charpente, colonnes), et on constitue les espaces intérieurs à l'aide de cloisons en bois. Dans les maisons qui ont gardé leur utilisation traditionnelle, la basse-cour et le bétail occupent le rez-de-chaussée, la partie habitable est au niveau intermédiaire, et le dernier étage sert de grenier et de séchoir pour le linge et les récoltes.

Sur le pont de Chenyang, nous sommes harcelés par les femmes qui tentent de vendre leur artisanat. Je préfère acheter à une pauvre femme qui utilise la pièce principale de sa maison pour exposer l'artisanat dont elle n'a plus l'usage. Je trouve un très bel ensemble mandarin pour mon petit neveu, ainsi qu'un porte-bébé qu'elle a brodé pour décorer mon appartement. La vendeuse remercie Lei de mes achats en lui offrant un présent.
Dans les villages, nous visitons les différentes tours au tambour et les ponts du Vent et de la Pluie. Ces ponts sont longtemps restés le seul moyen d'accès au village, symbolisant le lien entre le monde du village et le monde du dehors, le passage vers la vie à la naissance, ou encore de la vie au trépas. Souvent, on y trouve un oratoire dédié au génie qui habite le pont et le protège. Il s'agit souvent du général Guandi; mais j'ai aussi pu voir l'empereur jaune Huangdi, le Dieu de la culture, que les étudiants chinois prient pour obtenir de bonnes notes. On trouve aussi, disséminés ça et là, de nombreux autels. Les dong vénèrent les esprits invisibles, les forces naturelles et les ancêtres protecteurs qui régissent les vivants.
Les enfants, curieux de ma présence, m'offrent de superbes photos de leur visage étonné ou malicieux.


Malgré la pluie, nous nous délectons de ces villages enserrés par la montagne, de ces grandes maisons en bois où pendent les récoltes, de ces rizières et plantations de thé. Hormis ces quelques femmes qui vendent sur les ponts, tout ici est d'une grande authenticité, comme si le temps s'était figé. Seuls les habits plus modernes des enfants rappellent que le modernisme est en route ici aussi.

Lorsque Lei ne sait pas répondre à mes nombreuses questions, il discute avec les habitants, tous d'une extrême gentillesse. Il m'explique ses difficultés à communiquer, certaines personnes ne parlant que le dialecte de la région : "Peux-tu imaginer que je n'arrive pas à me faire comprendre, même dans mon propre pays?"
Lei interroge des ouvriers pour trouver des toilettes puis m'indique un local vétuste, dont le cadenas n'est là que pour faire illusion. J'évite le bric-à-brac qui jonche le sol et me retrouve dans un potager. Il n'y a donc même pas un trou dans la terre ici pour que je puisse me soulager ? Comme une vieille dame m'observe de loin, je rentre à nouveau dans le local, où je finis par trouver des toilettes grand luxe pour cette contrée : des toilettes turques ! Un bruit bizarre se fait entendre à l'extérieur, et je me rhabille rapidement. Quelle ne fût pas ma surprise de me retrouver nez à groin avec mon nouvel ami "the King Pig", comme l'a surnommé Lei. Je ne résiste pas à vous remettre une photo de son air énamouré, alors qu'il semblait poser pour moi.

Dans les hauteurs d'un autre village, nous découvrons un grand rassemblement. Il semble que tout le village se soit retrouvé sur la place devant la drum tower. Les villageois sont assis, écoutant attentivement les démonstrations d'un homme qui leur présente différents produits. Ses acolytes distribuent ensuite gratuitement des échantillons et vendent leur marchandise. Lei m'explique qu'il s'agit d'une sorte d'élixir de jouvence, sensé aider à conserver la jeunesse et lutter contre une infinité de maux. La place se vide peu à peu, parsemée des flacons d'échantillon que les habitants se sont empressés de boire. Outre le côté superstitieux des villageois, c'est aussi l'attrait de bénéficier d'un peu d'animation dans ce village loin de tout, qui fait accourir tant de monde.

Les vieux messieurs de la drum tower nous offrent un thé chaud dans des gobelets à la propreté douteuse, puis l'un d'eux me remet un bâtonnet d'encens et du papier à brûler et m'invite à imiter ses gestes devant l'autel. Après avoir fait une donation, notre nom est gravé sur une stèle en pierre. En sortant, Lei me fait observer que les caractères ornant la porte, sont différents en fonction de l'angle de vue.

Avant de rentrer nous restaurer dans une des agréables auberges de Chengyang, nous croisons quelques jolies petites filles pleines de vie, qui sont heureuses de passer un moment à poser et rire avec nous. Comme les mots sont une fois encore inutiles...

L'après-midi, nous continuons notre découverte de ces villages si authentiques. Ici, une statue des ancêtres; là, quatre vieilles femmes assises sur un banc, faisant face à quatre adolescents. Des villages aux sentes boueuses; d'autres aux rues bitumées. De vieux messieurs jouant aux cartes ou aux dominos dans les drums towers, d'autres fumant une longue pipe traditionnelle à l'extérieur. Des costumes sobres et traditionnels; des tenues plus modernes. Ici, la vie se déroule encore à l'extérieur et en communauté...


Nous longeons la route et la rivière pour nous rendre dans deux villages plus éloignés. Nous avons déjà beaucoup marché et le dernier d'entre eux est totalement à l'écart des autres. Je propose à Lei de questionner les habitants pour le rejoindre par les chemins de montagne plutôt que de reprendre la route. Le Qiandongnan est en effet réputé pour son réseau de sentiers, coupant à travers les montagnes, rivières et rizières.


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Commence alors une splendide randonnée, à travers la montagne, au milieu des conifères, plantations de thé et villages isolés.

Une fois redescendus dans la plaine, il ne nous reste plus qu'à suivre la rivière pour rejoindre le village de Pingpu... et à la traverser parfois en essayant de ne pas se mouiller les pieds ou de ne pas céder à la peur de tomber d'un tronc d'arbre servant de pont... Comme ailleurs dans la région, le moindre arpent de terre est réservé à la culture du riz, et le système d'irrigation est savamment utilisé.


Le bois est également omniprésent et sert même de luge sur les sentiers pentus des villages.
Nous rentrons à Chengyang, après une longue journée d'une marche enchanteresse.
Inutile de vous dire que j'aime le Qiandongnan...

 

Stéphanie LANGLET sur Google+

Chine

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