La magnificence des rizières en terrasses.

Une des raisons m'ayant poussé à choisir la Chine comme destination de ce voyage, c'était de revoir les rizières. Je les avais découvertes en Indonésie quelques mois auparavant et leur charme me manquait déjà. Je pensais découvrir la province du Yunnan, proche du Tibet et du Vietnam, réputée pour son authenticité et pour ses rizières en terrasses. Je m'étais vite aperçue que le voyage depuis Hong Kong serait bien trop long et je m'étais rabattue sur le Guangxi et la contrée des Dongs, provinces assez peu touristiques et pauvres. La découverte des environs de Yangshuo m'avait charmée, mais cette Chine beaucoup plus préservée que j'étais sur le point de découvrir, allait totalement les éclipser.

Ce matin-là, je découvris Ping'An sous la brume. Depuis la fenêtre de ma chambre, je me mis à admirer l'incroyable art de ces bâtisseurs, qui ont réussi à construire toutes ces immenses maisons en bois sur des champs en terrasses. Un chemin principal parcourt le bas du village, mais ce ne sont que sentiers et escaliers de terre qui relient les maisons des hauteurs, à tel point que femmes zhuangs et miaos proposent leur service de porteuse aux touristes. 

Après un rapide petit-déjeuner, nous grimpons dans les hauteurs du village. Lei semble impatient de voir ce brouillard disparaitre, alors que je ne cesse de prendre des photos de ce paysage rendu mystérieux. Nous découvrons un point de vue des terrasses, au nom poétique : "Nine dragons and five tigers". Malheureusement, le brouillard nous empêche de profiter pleinement de la magie des lieux et des terrasses, sculptées par la main de l'Homme, gorgées d'eau. Nous en profitons pour acheter quelques cartes postales et y faire apposer un tampon des rizières. Redescendus dans le village, nous faisons le tour du petit marché "traditionnel". Les objets anciens de la minorité zhuang qui a construit le village, cohabitent avec les articles plus touristiques des femmes miaos qui ont investi les lieux. Pour la plupart, les femmes zhuangs continuent à se vêtir de noir et à travailler les rizières ou à faire des travaux de construction, pendant que les femmes miaos font le commerce de leur image. Ces dernières ont la particularité de ne pas couper leurs cheveux et proposent de défaire leur chignon contre quelques yuans. Quant aux femmes zhuangs, j'ai la surprise de m'apercevoir qu'elles portent des serviettes sur la tête, comme j'avais vu faire à Bali.

 
Nous grimpons de l'autre côté du village, vers un point de vue au nom tout aussi poétique que le premier "Seven stars with moon", mais le ciel est toujours aussi couvert et Lei s'agace de plus en plus des relations purement mercantiles que les gens entretiennent ici avec nous. Tout ici est question d'argent : impossible de prendre en photo un petit enfant en tenue traditionnel sans s'en voir réclamer, et je passe mon temps à dire non. Alors que j'offre, pour leur faire plaisir, des stylos à des femmes miaos qui ont pris le temps de discuter quelques instants avec nous, celles-ci ne pensent qu'à vérifier leur bon fonctionnement et ne jugent même pas utiles de me remercier... C'en est trop pour Lei, qui me propose la visite d'un autre village, que les gentils propriétaires de notre guesthouse lui ont recommandé. 
Comme le brouillard est élevé et la plaine bien dégagée, nous décidons de descendre à pieds jusqu'à l'intersection pour le village yaos de Dazhaï. La vue sur les montagnes environnantes et la plaine verdoyante me fait presque oublier le poids de mon sac à dos. Chaque virage de cette route de montagne sinueuse nous fait redécouvrir le paysage. Nous en profitons pour discuter de nos pays respectifs et Lei me pose plein de questions sur la culture française. La France et sa nouvelle amie l'intriguent au plus haut point. Récemment, il m'a même déclaré que notre rencontre et notre amitié sont pour lui comme ouvrir une porte sur un autre monde. Au travers de nos discussions, un autre monde s'ouvre à lui, découvert au travers de mes yeux; mais cette autre monde, c'est à la fois la France, mais aussi sa propre culture dont il découvre de nouveaux aspects en cherchant les réponses à mes nombreuses questions sur son pays. J'ai eu beaucoup de chance de rencontrer et pouvoir voyager avec ce garçon d'une extrême curiosité, et son amitié me permet de me sentir très proche de ce pays pourtant si lointain, d'avoir l'impression d'être un peu là-bas moi même. Comme le dirait Lei, "un autre monde s'ouvre devant moi"...
Parvenus à l'intersection, nous décidons de continuer à marcher un peu sur la route vers Dazhaï, avant de nous arrêter dans un agréable endroit au bord de la rivière. Puis un minibus nous conduit à l'entrée du village. Il nous faut encore marcher pour arriver jusqu'à lui et nous rencontrons une jeune fille qui nous guide vers la guesthouse de sa famille. Pour 20 yuans chacun, nous nous installons dans de grandes chambres comme à Ping'An. Lei m'explique que les statues à l'entrée du village sont celles des ancêtres du village et qu'elles ont plus de 700 ans. Bien évidemment, ces statues sont extrêmement vénérées. Nous montons ensuite dans les hauteurs du village. La propriétaire de la guesthouse a indiqué à Lei un endroit depuis lequel le coucher de soleil sur les rizières est magnifique. En chemin, Lei encourage notre ascension en me parlant d'un très célèbre dicton chinois : "Si tu montes 100 marches tous les jours, tu vivras jusqu'à 99 ans". Nous nous arrêtons pour discuter avec les gens du village. Une femme yao montre à Lei ses énormes boucles d'oreilles noires. Elles forment un très gros trou dans ses oreilles et pèsent extrêmement lourd. Dès l'âge de 18 ans, les femmes yaos portent ces boucles d'oreilles et doivent les garder jour et nuit. Nous restons un long moment au sommet de la montagne, à contempler les pyramidons et sculptures de rizières créés artistiquement par la main de l'Homme, l'activité dans les champs, les hameaux agrippés aux parois des collines et le village qui nous parait soudain bien loin. Ici, on croise beaucoup moins de touristes et les villageois sont beaucoup plus chaleureux et souriants qu'à Ping'An.
Pendant la descente, Lei me fait remarquer que les tombes sont différentes d'une région à une autre. Ici, elles ont des portes à l'avant pour représenter la maison de l'ancêtre et, comme ailleurs, les plus belles vues ont été choisies pour assurer une belle vie après la mort.
Alors que nous sommes rentrés à la guesthouse, le village se plonge dans le noir. Les coupures de courant sont fréquentes dans la région; mais qu'importe : elles sont l'occasion de se retrouver à discuter tranquillement en famille sans la barrière de la télévision ou du poste de radio. Lei m'explique notamment que la famille dans laquelle nous logions la veille descend d'une ancienne lignée royale et lui a raconté des épisodes très intéressants de l'histoire familiale. J'en profite également pour lui parler de mes projets de visite pour les jours suivants, espérant que ses envies de découverte seront plus fortes que la nécessité de rentrer à Shenzen. Sa maman lui a en effet envoyé un SMS pour lui demander où en sont ses préparatifs de déménagement. Il ne lui a pas dit qu'il est parti en voyage et elle s'étonne qu'il ne soit pas sur le départ pour Shanghaï...
Stéphanie LANGLET sur Google+

Chine

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