Le choc des toilettes publiques en Chine

Dans ce bus qui me conduit à Yangshuo, je repense à mes premiers jours en Chine. Pour l'instant, pas de grands bouleversements.

J'ai passé mes longues heures de voyage de Paris à Hong Kong le plus agréablement possible. A moitié dans les vapes, au beau milieu du désert des Qatar, j'avais eu la crainte d'y rester bloquée. "Mais pourquoi diable ce jeune homme de l'aéroport griffonne-t'il mon billet? Et maintenant, il m'annonce que je n'ai pas la place réservée sur le site de la compagnie aérienne???" Heureuse surprise : je réalise que je venais d'être reclassée en business class ! Navette de bus particulière, siège-lit massant, ronce de noyer, produits de beauté de luxe offerts, caviar, foie gras, chardonnay... J'avais atterri à Hong Kong fraîche et dispo et pu profiter tout à loisir du superbe trajet de l'aéroport de l'île de Lantau à la Cameron Road, dans le quartier des routards. Le soir, j'avais découvert le pittoresque marché de Temple Street et ses étals de délicieuses et parfois étranges spécialités culinaires, et la magie de la baie sous la pluie et la brume.

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Canton s'était averée un peu plus dépaysante. J'avais profité avec bonheur de l'ambiance particulière de l'ancien quartier colonial de Shamian : exercices de taï chi, chants et danses populaires, jeux de dominos chinois... Le spectacle était partout.

Je m'étais étonnée des étalages du célèbre marché de Qinping : bocaux d'hippocampes, bassines de scorpions ou serpents, amas d'ailerons de requins, champignons bizarres, sacs remplis de mouches, larves ou coléoptères, produits de pharmacopée inconnus...

Je m'étais imprégnée de l'ambiance appaisante et colorée des temples bouddhistes et taoïstes, parmi les effluves parfumées des cônes d'encens et des chants psalmodiés des moines. J'avais admiré les boutiques d'articles de prière alentour. 

J'avais pris en pleine face, au détour d'une étroite ruelle typique, un Canton plus moderne, aux grandes avenues aérées et aux magasins de mode, décoré de fanions, de lanternes et d'enseignes rouges.

Pas de doute, j'étais bien dans cette Chine aux multiples facettes.

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Ma première tentative pour quitter Canton s'était soldée par un échec et une grosse frayeur. Mon chauffeur de taxi, sous prétexte d'éviter les bouchons, m'avait promenée dans toute la ville avant de me laisser à une station de bus locaux... juste à côté de mon point de départ. J'avais dû le menacer d'un appel à la police touristique pour qu'il baisse le prix exorbitant demandé et j'avais fini par l'abandonner sans payer, sous le regard amusé du policier qui venait de me renseigner. J'eus la chance de demander mon chemin à une jeune Chinoise dont l'apparence douce tranchait avec la froideur habituel des Cantonais. Elle se fit un devoir de m'accompagner jusqu'à la gare et me paya même mon ticket de bus ! Elle voulut m'inviter dans sa famille, mais je ne m'attendais pas à ce que tous les bus soient complets, et elle avait déjà tant fait pour m'aider...

Le lendemain, j'avais enfin pu prendre mon bus pour Yangshuo. Ah, les joies d'une grande gare routière au moment de Xinming, la Fête des Morts ! D'abord trouver l'entrée, puis la zone des départs, se faire orienter vers la bonne porte d'embarquement... Heureusement que mon bus était encore plus en retard que moi ! Ensuite bouchonner pour sortir de la ville et de la province, tenter d'oublier les soubressauts de la route et les sollicitations de sa vessie... Enfin, la pause tant espérée. J'avais eu quelques lectures sur la vétusté des toilettes publiques des villes, mais j'avais été rassurée de lire les efforts entrepris ces dernières années. Rien n'aurait pu me préparer à ce que j'étais sur le point de vivre.

Imaginez... Vous suivez un groupe de femmes vers la zone qui vous est réservée. Vous entrez dans une petite pièce rectangulaire en béton légèrement éclairée. Et là, devant le spectacle qui s'offre à vous, vous vous mettez à prier. Prier, mais pourquoi donc ? Prier, pour qu'une latrine des extrémités se libère quand sera venu votre tour. Prier, pour ne pas avoir à vous accroupir les fesses à l'air devant ces femmes qui attendent leur tour. Prier, pour avoir droit à ce peu d'intimité qui pourrait vous être offert si vous avez la chance... Prier, pour la chance de ces latrines des extrémités. Prier, parce que devant vous, ce petit muret n'offre aucune intimité à ces jeunes femmes accroupies, les jambes écartées au-dessus de ce caniveau qui relie toutes ces latrines. J'ai dû prier tellement fort que j'ai eu la chance !

 

Ah, ma dépaysante Chine... 

 

Suite du récit: le culte des ancêtres en Chine

 

 

 

 

Stéphanie LANGLET sur Google+

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