L'île de Lamma.

Alors que nous descendons du bus, Lei m'annonce qu'il m'accompagnera jusqu'à la frontière. Nous prenons un taxi puis un petit-déjeuner (typiquement chinois Clin d'oeil) chez Mac Do ! Un métro plus tard, nous voilà à la frontière. De l'autre côté, c'est Hong Kong. Fini les costumes traditionnels, les "jupes aux cent plis" couleur indigo, les grenouillères si surprenantes des jeunes enfants, ouvertes et qui se portent sans couche, les dialectes locaux même incompréhensibles pour Lei, les villages préservés, les toilettes caniveaux, les repas terminés par un potage pour nettoyer les derniers grains de riz du bol... Et surtout fini le charme de la découverte avec Lei. Je n'ose plus le regarder, je sais trop que je ne pourrais retenir mes larmes et on ne montre pas ses émotions ici. Nous restons silencieux, parfois le silence en dit plus long que les mots. Nous nous quittons, sans effusion, juste un "au revoir" et un "rentre bien", la gorge serrée. J'avance, Lei ne peut plus me voir, je ne me retiens plus, tant pis si ces fiers Chinois me regardent étonnés...

Parvenue en métro jusqu'à Kowloon, j'emprunte un premier ferry jusqu'à Central, où je redécouvre la baie sous le charme particulier de la tempête, puis un deuxième jusqu'à Lamma Island. Malgré l'alerte typhon de niveau 3, la circulation continue normalement.

A la recherche d'une chambre au prix raisonnable, j'arpente une bonne partie du village principal de l'île, Yung Shue Wan, sous la pluie.

Deux couples d'Anglais vivant à Central me conseillent de retourner sur l'île principale. A cause du typhon, nous risquons de rester coincés sur l'île et mon séjour serait une catastrophe. Trempée jusqu'aux os, je finis par m'installer dans une chambre, où je peux sécher au chaud. Le temps est à l'image de mon humeur, et je déciderai demain si j'ai envie de rester ici.
Le lendemain, le temps est beaucoup plus clément et j'en profite pour me rendre au petit port de pêche coloré que j'ai remarqué la veille. L'endroit est paisible et quelques pêcheurs désargentés ont élu domicile dans des cabanes rudimentaires sur pilotis. Je me rends jusqu'aux petits autels à dominante rouge dédiés aux esprits de la mer, avant d'observer une vieille femme trier les algues qu'elle vient de récolter.

Ile de lamma hong kong

Je poursuis vers un pavillon chinois et je découvre une jolie plage déserte, au bord de laquelle un pêcheur décharge ses prises. Le calme de ces lieux conviennent bien à mon humeur solitaire.

Je repars de l'autre côté du village, en direction de celui de Sok Kwu Wan, à l'opposé de l'île. De grandes plages sur fond de montagnes ponctuent le paysage.

Je reprends le chemin des hauteurs, d'où on jouit d'un splendide panorama sur les îles tout autour. Le village de Lo Tik Wan Tsuen se love dans une jolie baie et je décide de m'y attarder.

L'atmosphère y est très particulière. Bien que l'endroit soit charmant, de nombreuses maisons ont été abandonnées. Je pénètre dans l'une d'elles, grande et belle maison blanche à plusieurs étages. La végétation a envahi une grande partie des lieux et il m'est difficile d'ouvrir la porte.

Les lieux semblent avoir été quittés précipitamment et contiennent encore toutes les affaires des anciens occupants : un vieux calendrier figé au jour de la catastrophe, une photo d'un ancêtre ou du propriétaire, une vieille bouteille de cognac français, de vieux lits en fer, un aspirateur, des ustensiles de cuisine, tous les biens des derniers occupants semblent avoir été abandonnés là. Malgré le malaise que je ressens dans cet endroit, je ne résiste pas à visiter les autres étages et prendre une photo depuis la terrasse sur le toit. Mais je ne m'attarde pas, me demandant ce qui a bien pu occasionner une pareille fuite...

Lo tik wan tsuen lamma hong kong

Je retrouve le chemin vers l'autre bout de l'île, profitant de nombreux détours. L'exubérance et la beauté de la nature me font oublier les kilomètres parcourus et la fatigue qui commence à se faire sentir. Après plusieurs heures de marche, j'arrive au sentier littoral qui mène à Sok Kwu Wan.

Alors que je longe la plage remplie d'algues, je tente d'apercevoir la "Romer tree frog", une espèce endémique de grenouille, de couleur marron. Mesurant en moyenne deux centimètres, elle se niche souvent dans les feuilles au sol. Je ne soupçonne pas que de petits importuns sont en train de profiter de l'occasion...

L'animation du village me fait vite rebrousser chemin, même si je gouterais bien un des beaux poissons des aquariums des nombreux restaurants.

Le soleil ne tardera pas à disparaître complètement et le chemin du retour n'est pas très éclairé. Ravie de cette journée bien remplie, je découvre un peu tard que des moustiques ont fait un festin de mon sang. Pas un millimètre de mon corps qui ne soit épargné et ne nécessite l'apaisement du baume du tigre ! 


Stéphanie LANGLET sur Google+

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