Plongée dans le Qiandongnan profond.

Hier soir et pour la première fois, l'un des plats de notre dîner ne m'a vraiment pas plu. Il s'agissait de poison chaud fumé, que les Chinois servent avec la tête, les arrêtes, et non vidé. Pour couronner le tout, j'ai voulu tester l'alcool de riz local. Naïvement, je m'attendais à du vin un peu bizarre, mais pas à ce breuvage à 20° (hic...). Lei a profité de ce repas pour se livrer un peu plus. Même pour ce garçon qui a fait des études brillantes, la superstition occupe une grande place dans sa conception de la vie. Une des étapes les plus déterminantes, a été le moment où ses parents et grands-parents, alors qu'il était encore petit, ont mis plusieurs objets sur une table. Lei devait en choisir un, qui reflèterait le type de carrière qu'il aurait plus tard. Son choix s'est porté sur le livre de science. Pour lui, le choix de se spécialiser dans l'environnement était prédéterminé; sinon, il n'aurait pas choisi ce livre. Il explique également son goût pour les sciences humaines et la découverte d'autres cultures à travers ce choix : s'il est attiré par l'Occident et la culture, c'est parce qu'il a choisi ce livre tout petit. Il m'explique également que la plus grande fierté pour les Chinois, c'est de devenir un officiel, quelqu'un qui travaille pour le gouvernement. Là encore, en additionnant les chiffres de la date de naissance, on peut prévoir si une personne a une chance de le devenir ou non. Les aînés font également peser une pression très importante sur les plus jeunes, qui ne s'accomplissent vraiment d'après eux que lorsqu'ils ont pu acquérir une maison et se marier. Ce peuple fier est extrêmement exigeant envers lui-même et ses proches; un de leurs principaux dictons n'est-il pas "Impossible n'est rien" ?...
Nous prenons un bus pour Linxi puis Lei négocie le prix d'un tricycle pour se rendre à Gaoyou, un village qu'on lui a recommandé. Depuis que je voyage avec lui, tous les prix sont divisés par deux. Même si j'ai pu négocier des prix très bas pour une chambre près des rizières, je devais systématiquement payer plus cher dans les restaurants et les bus, même lorsque je connaissais le prix de la course. Au restaurant, Lei a pu comparer les cartes en anglais et en chinois, et il fut très surpris de s'apercevoir de la différence...
Le tricycle s'engage sur le sentier boueux qui mène au village. Le voyage s'avère extrêmement typique, à la fois à travers le magnifique paysage de rizières et de collines, mais aussi par les soubresauts de notre véhicule, pas vraiment adapté pour un tel périple. Comme en Indonésie, le tableau de bord est orné d'offrandes, et les vitres de génies porte-bonheur.

Après une longue et lente montée, nous atteignons le village. Certaines toitures me rappellent le village ming de Jiuxian, mais les habitants voient rarement des touristes s'aventurer dans ce coin à l'écart des circuits normaux. Partout, des petits autels ponctuent le paysage, et sont remplis des indispensables offrandes aux génies de la nature.

Bien qu'à une altitude élevée, le village est entouré de collines encore plus hautes. Nous grimpons, à travers des plantations de thé joliment dessinées, au sommet de l'une d'elles pour jouïr du panorama sur le village. En contrebas, le village, et tout autour un paysage de montagnes et pas un seul hameau à perte de vue.

Nous continuons notre ascension et contemplons des rizières un peu plus bas. Alors que nous cherchons un autre point de vue, une paysanne nous invite à déjeuner chez elle, mais Lei refuse poliment. Nous redescendons, au milieu des cultures et des tombes agrémentées de moulins en papier brillant. De retour sur la place principale, Lei discute avec des gens du village, pendant que je souris à deux vieilles dames qui me regardent d'un air bienveillant. A Fuli, ce village où j'avais mangé du hot dog pot, une vieille dame avait refusé que je la photographie. Nick m'avait expliqué que les personnes âgées pensent être extrêmement laides. Mais ici une de ces femmes est tellement jolie avec son chignon traditionnel que Lei demande l'autorisation pour que je la photographie. Son regard ne m'avait pas trompé, et elle accepte avec la plus grande joie, tout en demandant à Lei de m'expliquer que son chignon est la coiffure typique de son ethnie. Je la remercie en lui montrant sa photo et en la gratifiant d'un grand sourire reconnaissant.

Scènes de vie près du lavoir : des familles lavent du linge et des légumes, une femme au chapeau conique trie les légumes qu'elle a cueillis pendant que des enfants nous poursuivent de leurs rires et exclamations joyeuses. Depuis la scène de spectacle, des messieurs âgés nous observent derrière les barreaux de bois, manifestement intrigués et amusés de notre présence et émerveillement.




Nous déjeunons dans une des maisons, dont les murs sont décorés des photos des festivités du village. La semaine prochaine a lieu une importante fête, mais nous ne serons malheureusement plus ici.
Deux petites filles coquettement maquillées nous guident en riant à travers les ruelles et sont heureuses de se faire photographier.

Nous grimpons jusqu'à leur école, où nous découvrons, médusés, de vieilles salles de classe en terre battue et aux écritoires d'un autre âge. La large cour est en terre rouge, et de très vieux bâtiments en entourent d'autres, de conception un peu plus récente.

"The two leaders", comme les a rapidement surnommées Lei, ont appelé leurs petites camarades, qui nous suivent sur le sentier pentu derrière l'école. Alors que nous prenons d'extrême précaution de peur de glisser, ces cabris escaladent avec une facilité déconcertante, se bousculant en rigolant. Nos deux leaders sont devenues les héroïnes du jour, arborant fièrement les deux stylos que je leur ai offerts. La vue sur le village et sa tour au tambour est à couper le souffle.

Je repère un édifice blanc, qui tranche au milieu des maisons et propose à Lei de nous y rendre. Bientôt, nous découvrons l'ancien temple taoïste d'une riche famille, désormais laissé à l'abandon.
Il est temps de reprendre la route du retour et nous décidons de partir à pieds pour nous nourrir le regard de ces paysages valonnés, où les rizières et les tombes trouvent facilement leur place.

Gaoyou : https://skydrive.live.com/?cid=4391f06a356f4ffc&sc=photos#cid=4391F06A356F4FFC&id=4391F06A356F4FFC%213265&sc=photos

Stéphanie LANGLET sur Google+

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