Ayutthaya.

Difficile d’obtenir des informations fiables, même par l’Office de Tourisme. Je voudrais prendre un des bateaux pour les locaux, mais on m’indique que ce n’est pas le jour pour le bateau des touristes. Je me résous donc à faire le trajet par le bus qui emprunte la quatre voies jusqu’à Ayutthaya, à 75 kilomètres de là. On nous dépose à l’entrée de la ville, et la jeune caissière du bus tente de persuader tous les touristes de la nécessité d’utiliser un tuk tuk. Ma guesthouse, qu’un jeune Allemand arrivé quelques jours plus tôt m’aide à trouver, est en réalité à quelques rues de là…
La Baan Suan Guesthouse, située dans la partie historique de la ville, est une belle et grande maison en teck au milieu d’un jardin tropical. Quelques bungalows de charme ont été également aménagés dans le jardin. Seule une
chambre, climatisée mais sans salle de bain (350 baths, non négociée), est
disponible. Le lieu est agréable avec sa grande terrasse surplombant le jardin, et je décide donc de m’y installer. Après une douche très appréciée, je profite un peu de la terrasse avant de partir explorer les environs. Les temples les plus importants de la ville ne se trouvent qu’à quelques mètres de là.

Ayutthaya, dont le nom complet est « Phra Nakon Sri Ayutthaya » (ville sainte d’Ayutthaya) fait partie des trésors du patrimoine thaïlandais et est classée au patrimoine mondial par l’Unesco. Avant-poste commercial et militaire khmer, elle devint la capitale de Rama Thibodi Ier en 1351. La cité bénéficiait d’une situation géographique idéale, protégé par plusieurs rivières dont le cours fut dévié et canalisé afin de créer un réseau de communications et une forteresse qui se voulait imprenable.

Rama Thibodi lui donna le nom d’un royaume mythique décrit dans le Ramakien, (version siamisée de l'épopée hindoue du Ramayana) puis
entama la construction de palais et de temples. Fervent adepte du bouddhisme Theravada, il invita des moines de Sri Lanka à venir administrer la plupart des activités religieuses de la cité royale.

Durant ses quatre siècles d’existence, Ayutthaya vit se succéder trente-trois rois, qui érigèrent chacun de nouveaux temples et palais tout en embellissant les édifices existants.

Après quatre siècles de pouvoir et de gloire, Ayutthaya connut le déclin. Durant deux ans, la cité résista au siège des Birmans avant de s’avouer vaincue en 1767 (Extraits du National Geographic). Bangkok devint la nouvelle capitale.

A la fin du XVIIème siècle, la ville comptait plus d’un million d’habitants, environ 1 700 temples et 30 000 moines, et plus de 4 000 bouddhas, en or
massif ou dorés à l’or fin. En plus des destructions opérées par les Birmans,
les Siamois utilisèrent les matériaux des anciens temples et pagodes pour
construire ceux de Bangkok. Ils laissèrent le reste à l’abandon. Seuls une
cinquantaine de temples ont survécu, ainsi que certains monuments et bouddhas couchés.

Je visite d’abord le Wat Phra Mahatat, qui renferme un des plus célèbres sujets de photo de Thaïlande : une tête de bouddha en pierre, enserrée dans les racines d’un vieux et gigantesque figuier. Au moment des fouilles, on y
découvrit nombre de bijoux et objets religieux de grande valeur.



Dans un grand parc agrémenté d’odorants frangipaniers, des prang, hautes tours-reliquaires en pierre ou en briques, entourent de grandes statues de bouddhas plus ou moins bien conservées, auxquelles les fidèles viennent rendre hommage. De l’autre côté d’un mur, on peut observer les beaux prang d’un autre temple, le Wat Ratchaburana. Ce dernier doit uniquement sa célébrité à la découverte, en 1 957, d’un fabuleux trésor caché dans une crypte : des objets en or et en bronze, des bouddhas et autres merveilles provenant d’Angkor Thom ou créés par les artisans de la ville.

Je décide de faire une grande boucle pour découvrir les principaux temples de la ville.
Mon étape suivante est le Wat Phra Ram, construit en 1 369 à l’emplacement du tombeau de Rama Thibodi, entouré d’un bassin couvert de nénuphars géants. Un groupe de touristes monté sur des éléphants vient d’y faire une halte et j’en profite pour photographier les retardataires.



Je poursuis ma route vers le Wat Phra Si Sanphet en traversant le parc de la villa Khum Khum, construite en 1 894 pour accueillir la prison locale. Du temple qui le jouxte, la vision de ses trois chedi blancs (tour-reliquaire en forme de cloche, ce qu’on appelle « stûpa » en Indonésie, notamment à Borobudur) attire irrésistiblement. Le coucher du soleil enveloppe le lieu d’une atmosphère particulière. Seuls quelques Thaïlandais venus déposer des offrandes ou vêtir un bouddha pour accroître leur mérite, s’y promènent.



Le soir, je décide de me rendre au marché de nuit. Je passe à côté du Wat Ratchaburana, qui paraît hanté sous son éclairage faisant ressortir ses pierres et ses arbres décharnés. Au marché, le sourire bienveillant d’une mamie me donne l’envie de goûter ses spécialités. Pour 27 baths (0,50 euros), je déguste des bouchées vapeur colorées, avant de finir la soirée sur l’agréable terrasse de ma guesthouse.

Le lendemain, alors que je me rends vers la gare et d'autres beaux temples de l'autre côté de la rivière, je croise un joyeux défilé. Il s'agit en fait de Chinois, déguisés et portant force offrandes et fleurs. La plupart pose volontiers devant mon objectif avant de grimper dans des camionnettes pour un autre quartier. En chemin, je visite plusieurs temples. Dans l'un d'eux, je découvre des tombes en forme de chedi : les Thaïlandais les plus fortunés s'offrent ce type de sépulture.



Je m'imprègne de l'atmosphère d'un marché traditionnel. Je n'ai jamais pu résister à ce genre d'ambiance et à la curiosité suscitée par tous les parfums, couleurs, sons et formes inconnues. J'y découvre des spécialités culinaires assez déroutantes : des oeufs peints en rose, des crapauds éventrés, des petites tortues de Floride qui se mangent avec la carapace, des nouilles roses ou vertes, des poissons séchés à l'air libre ou dans des paniers en osier, des monticules de pâte épicée, des sachets et de grosses marmites de plats cuisinés, des confiseries aux formes, couleurs et consistance étranges... Soudain, l'hymne national retentit et je me souviens qu'à Bangkok tout le monde s'était arrêté de marcher lorsque j'étais à Chatuchak avec Pat. Sur une passerelle au-dessus de moi, une femme me sourit d'un air approbateur en me voyant stopper.

J'arrive à l'embarcadère du bac que j'emprunte pour me rendre à la gare. J'y achète mon billet pour le lendemain, avant de poursuivre vers le Wat Yai Chaya Mongkol. Je m'arrête dans un premier temple, où de jeunes fidèles prient et font des offrandes à un très vieux moine ressemblant à Gandhi.

Avant que la batterie de mon appareil photos ne me prenne en défaut, je photographie le grand chedî entouré de grands bouddhas drapés d'orange, ainsi que le grand bouddha blanc couché.




J'admire ces bouddhas que je ne peux photographier, avant de grimper au sommet du chedî, d'où la vue me fait regretter encore plus mon imprévoyance. Je me promène dans le parc, où une nonne assise dans un cabanon, me fait des signes : veut-elle me chasser ou me faire approcher ? Impossible de le déterminer... D'autres magnifiques statues blanches, rassemblées en prière, attirent mon regard. La nonne insiste, je m'approche, nous verrons bien... Je suis les gestes qu'elle me demande de faire pour l'honorer et me bénir, et je comprends vite qu'elle souhaite de l'argent. Elle me tend une enveloppe où je glisse un billet, et elle me remet un sachet qu'elle me demande de cacher dans mon sac... J'y découvrirai deux bananes... et des médicaments !
Je continue par la visite du Wat Phanan Choeng. Ce temple renferme un énorme bouddha assis de 19 mètres de haut, don d'un empereur chinois. Lorsque j'arrive près de la salle qui le renferme, je n'ose entrer tant la ferveur des fidèles est impressionnante. Ils sont assis sur le sol, face à la gigantesque statue. Un moine prononce quelques paroles et psalmodies. Puis deux hommes grimpés sur la statue déroulent un immense tissu orange dont les fidèles se couvrent pour prier. Les deux hommes hissent à nouveau le tissu sur l'épaule gauche de la statue, comme pour la draper. J'entre après que les fidèles soient sortis et je m'assied sur les marches de l'entrée pour observer le nouveau groupe. Chacun porte au moins un plateau sur lequel est posé un tissu orange et se recueille, assis aux pieds de la statue. Les tissus sont lancés aux deux hommes sur la statue qui les nouent les uns aux autres et les hissent sur l'épaule de la statue. Une fois l'opération terminée, ils déroulent le long tissu obtenu, d'une taille encore plus impressionnante que le précédent.

Je prends le temps d'admirer les superbes statuettes précieuses détenues par le temple, avant de visiter le reste du temple, aux magnifiques bâtiments et statues de style chinois. Le parc est superbement entretenu et au bord de l'eau. Je m'y promène un moment, avant d'y reprendre un bac pour l'autre côté.
Le soir, je mange mon premier et le plus délicieux pad thaï de mon séjour au restaurant Malakor. Ici, le cuisinier le prépare avec des noodles de différentes largeurs, des crevettes, des cacahuètes, du tofu, des épices et du citron vert, et je le relève d'une bière, le tout pour 90 baths. La vue sur le Wat Ratchaburana éclairée est de surcroît splendide. Je laisse un billet de 100 au serveur, qui me remercie comme si je lui abandonnais une fortune. On m'expliquera plus tard que rares sont les touristes laissant un pourboire... Je finis tranquillement la soirée par une promenade autour des deux temples, bercés par le chant des oiseaux, grenouilles et cigales. Demain, c'est le départ pour Phitsanulok et Sukhothaï.

Stéphanie LANGLET sur Google+