Birmanie

  • "Do you know Babylone Sounata ?" ou comment je suis passée pour une Francaise inculte...

    Une petite anecdote rigolote...
    Dans un quartier de Hsipaw, un monsieur m'interpelle. "Hello. How are you ? Where are you from ? Oh, French !!! Je connais un Français, Babylone Sounata. Tu le connais ?" Ca ne sonne pas très Français ce nom... "Il est très célèbre." Un Français célèbre à Hsipaw avec un nom aussi bizarre ? Il doit se tromper. "Je pense que c'est peut-être l'homme le plus riche du monde. Il a été envoyé en prison." ??? "Il y a peut-être 300 ans. Tu ne connais pas Babylone Sounata ? Ah... Okay... Bye bye." Babylone... Babylone... Napoléone... Napoléon Bonaparte !!! Babylone Sounata, inculte Française !

  • Meiktila, f****** Town.

    Il y a des jours où on sent très vite que la journée va être pourrie et que tout va nous échapper...
    Après un léger petit-déjeuner à la Guesthouse, il me restait un peu de temps pour me ballader aux alentours. Je suis arrivée jusqu'au marché, où les gens n'ont manifestement pas trop l'habitude de voir les touristes qui ne passent qu'entre deux trains. Ici plus qu'ailleurs, les coups de coude pour me montrer à son voisin inattentif à ma présence, les rires qui fusent à mon passage, les regards curieux et envieux de l'épaisseur de mes cheveux et de ma peau légèrement tannée par le soleil sont constants. Il faut dire que le marché est étendu et je suis la seule touriste. Je rends les sourires et les "mingalabar", prends quelques photos et il est déjà temps de préparer mon sac et aller en gare.

    Enfants birmans

    On m'y annonce que le prochain train pour Mandalay est à 19h ! Autant prendre le bus. Je n'aurai donc pas le plaisir d'admirer une fois encore l'animation des petites gares de village à chaque arrêt du train. Un chauffeur de calèche m'explique que les horaires ont changé cette nuit. Peut-être le train vient-il de Yangon et a t'il accusé un gros retard... Dans la rue principale, je questionne un moto taxi sur l'arrêt de bus. N'étant pas d'humeur à supporter son rire bête et quelque peu moqueur après 20 mns de marche avec mes deux sacs et sous un soleil de plomb, je finis par l'envoyer promener et retourner à ma Guesthouse juste en face. L'explication est simple : le gouvernement change régulièrement les horaires, sans préavis et alors que la période de festival qui commence remplit davantage les trains. Parfois, il n'y a même qu'un seul train par jour ! Le propriétaire me conduit jusqu'au Pick-up pour Meiktila. Au lieu des trois heures de train sans changement, il faut me rendre à une heure de là pour prendre le bus pour Mandalay. Au lieu des 500 kyats de trajet, j'en paye le double pour voyager à l'arrière. A l'avant, on m'aurait réclamé 2000, alors que le prix ne change pas pour les locaux. Ma voisine considère que j'ai payé pour elle, ce qu'accepte le préposé. Si au moins elle n'avait pas un air si renfrogné ! A Meiktila, la gare routière pour Mandalay est sensée être proche et à la Guesthouse on m'a prévenue de ne pas prendre de moto taxi qui arnaquent les touristes. Suivant les indications des locaux, je me retrouve à faire trois fois le tour du même quartier et je suis de plus en plus excédée. Mon sourire m'a définitivement quittée et je commence à répondre en français à ceux qui rient de me revoir passer. J'en arrive même à leur dire que leur ville est pourrie. Ayant pitié de moi, un jeune m'accompagne jusqu'aux bus. Je me vois réclamer 5000 kyats au lieu des 3000 prévus. Bien que je connaisse le prix exact, rien n'y fait. J'entre à la gare routière. Tous m'indiquent le minibus et me confirment le prix de 3000 mais personne ne m'aide... Je ressors. Un homme m'accoste "5000 ou rien." Je lui crie dessus : "réalises-tu que le train depuis Thazi est moins cher, met moins de temps et est direct ?" "5000" "non mais vous êtes tarés dans cette p***** de ville !" Hé oui, ça soulage parfois... Tant pis, je tente le stop ! En chemin, j'explique ma mésaventure à ceux qui me demandent où je vais. Désolés pour moi, ils me confirment le prix et la route. J'attends de sortir de la ville pour commencer le stop. Je sais que me prendre à bord ici pourrait attirer des problèmes à mon chauffeur. Je revois le minibus "5000" "va te faire voir."- en français... Je continue ma route. Quelques minutes plus tard, le minibus me rejoint "5000" montrés de la main. Je n'ai même plus envie de m'occuper d'eux et je ne réalise pas tout de suite que le 5 vient de se changer en 3. A peine montée, je paye mon dû, sans manquer de faire l'appoint...
    Vive le train !

  • Le train au Myanmar.

    Après ma ballade de la veille, je comprends mieux pourquoi on est chahuté dans tous les sens dans les trains ici. Nombre de feux sont allumés pour assurer la culture sur brûlis, sans se soucier de savoir si on se trouve aux abords d'une voie. Souvent, les traverses brûlent en partie et le seul poids de mon corps a souvent suffit à soulever les rails... N'empêche qu'il serait bien dommage de ne pas découvrir le reste de la ligne panoramique jusqu'à Thazi. Plus que les beaux paysages, c'est l'activité à chaque arrêt qui me passionne.

    Animation en gare birmane

    Dès qu'on arrive à proximité d'une des nombreuses gares, l'animation bat son plein. Des femmes et enfants portant eau ou nourriture sur leur tête arpentent le quai pour vendre leurs produits, d'autres ont improvisé un petit marché de plein air, les passagers chargent ou déchargent leurs volumineux sacs de riz, légumes et marchandises les plus diverses par les portes et fenêtres. Quand ça ne va pas assez vite, les marchandises sont brutalement jetées au sol. Certains courent même avec leur lourd chargement sur la tête, le jettent dans le train et sautent à l'intérieur en marche.

    Vendeuse birmane

    Quant à certains tronçons de la ligne, la voie unique se coupe parfois en deux. Rapidement, je comprends à quoi sert cette deuxième ligne : il s'agit uniquement pour le train de pouvoir faire demi-tour ! A chaque aiguille, un jeune homme attend patiemment le passage d'un rare train pour l'acheminer vers le cul-de-sac avant de le faire repartir vers la deuxième voie. Quand il a de la chance, le demi-tour ne servait qu'à desservir un village lointain et la manoeuvre est répétée pour que nous puissions repartir par l'endroit d'où nous sommes arrivés. Nous revenons souvent sur nos pas dans la montagne, la ligne faisant souvent un Z dont les deux lignes horizontales sont bien plus longues que la petite oblique, permettant à certains employés de descendre en marche, dévaler la pente et nous attendre à la gare suivante !

    Alors que je prends des photos dans une gare, deux collègues birmans arrivent devant moi pour poser. Je discute avec eux mais ils ne comprennent pas tout. Une fois le train reparti, l'un d'eux vient régulièrement s'asseoir à mes côtés. Toutes les photos de la famille y passent : femme, enfants, petits-enfants... Pour me débarrasser de lui, je lui dis que j'ai un petit ami en France mais rien n'y fait et il me drague de plus belle jusqu'à ce qu'il me demande mon métier et que je lui dise que je travaille aussi en gare. Tout content, il part annoncer la nouvelle à ses collègues. Du coup, à l'arrivée à Thazi, le responsable du train m'accompagnera jusqu'à ma Guesthouse pour s'assurer que j'arrive à bon port !

    Les photos prises durant le trajet en train de Kalaw à Thazi

  • Myin Dike et Thit La.

    La gare de Myin Dike se trouve à plusieurs kilomètres au sud de Kalaw. Lorsque je m'aventure près des voies, je m'attends à ce qu'un agent des chemins de fer me sermonne de mon inconscience. Mais bien sûr, ici personne ne réagit à ce comportement habituel pour eux. Malgré tout, pendant les premiers kilomètres, je ne peux m'empêcher d'imaginer qu'un agent surgi de nulle part va donner un gros coup de sifflet et m'intimer l'ordre de sortir immédiatement de là. Il faut dire que le trafic est à flux tendu et que la voie est largement rentabilisée par un cadencement impressionnant... Au minimum chaque quart d'heure, on croise au moins une personne seule, des enfants, des familles, des groupes, des couples, des buffles au milieu des rails !

    Marcher sur les voies en Birmanie

    Pendant mon long périple, je ne croiserai que trois trains. Parvenue à la gare, je décide d'emprunter un chemin au hasard.

    Une femme pa-o et une danu sont attablées autour d'un verre de thé. Au croisement suivant, alors que je suis arrêtée plus loin pour profiter du paysage, leur chemin se sépare. C'est la femme pa-o qui emprunte le mien. Après une longue marche dans la montagne, je parviens en fait dans un village partagé par des pa-o, danu et Taung yo. 

    De retour à la gare de Myin Dike, tous s'étonnent que je sois allée si loin et que je sois parvenue à me repérer dans ces montagnes. Même réaction de la part d'une vieille femme née d'un père indien, qui me proposera même de rester vivre avec ses sœurs et elle, et de nous occuper ensemble des cochons et cultures. A côté de moi, Frédéric Lopes chez les Lolos noirs du Vietnam auraient assurément fait figure de pro lorsqu'il s'occupait des cochons !

    Les photos de Myin Dike et Thit La.