Indonésie

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    L’Indonésie, l’archipel aux plus de 13 000 îles…

    A l’échelle d’un globe terrestre, l’Indonésie paraît si petite, mais elle est en réalité le plus grand archipel du monde.

    J’ai eu la chance de m’y rendre deux fois, à la découverte de quatre îles : Java la musulmane, Bali l’hindouïste lors de mon premier périple.

    http://haidaloup.wordpress.com/category/java-et-bali/

    Sulawesi la mystérieuse et sa fascinante culture toraja, mêlant christianisme, animisme et tradition orale (l’Aluk todolo, « la voie des Ancêtres »); Selayar une île paisible, accueillante et encore préservée du tourisme de masse, lors de mon second voyage. Quatre îles, quatre ambiances, quatre styles de vie différents…

    http://haidaloup.wordpress.com/category/indonesie/selamat-datang-ke-tana-toraja-sulawesi-indonesie/

    J’y ai réalisé quelques vidéos impressionnantes, notamment celle du limage de dents de mon amie balinaise Made, ou encore des funérailles intimes toraja où toute la famille s’est mise à se lamenter au moment où le cercueil a été déposée dans la maison funéraire (dans leurs croyances, le défunt passait du statut de simple malade à mort)

    http://haidaloup.wordpress.com/category/indonesie-routard/videos-indonesie/

    Quelques bons plans pour finir.

    http://haidaloup.wordpress.com/category/bons-plans-en-indonesie-indonesia-tips/

    Photo de Ketut priant en tenue de cérémonie

  • Le Râmâyana : la crémation du roi des râksasa

    Râvana, le râksasa aux 10 têtes et 20 bras

    Râvana, le râksasa aux 10 têtes et 20 bras

    Après un long combat de plusieurs jours et plusieurs nuits entre singes, héros et démons, Râma livre un ultime combat avec Râvana et le tue à l'aide d'une arme magique offerte par Brahmâ. Bien que le frère cadet du défunt ne veuille pas l'honorer lors d'une cérémonie, Râma réussit à le convaincre d'oublier sa haine à son encontre et à procéder à une crémation en sa compagnie.

    "Vibhîsana, l'Indra des râksasa, entra dans la ville de Lânka pour y faire apprêter sans tarder l'agnihotra (rite solennel que tout brâhmane doit offrir pendant toute sa vie au lever du soleil et à l'apparition de la première étoile. C'est une oblation de lait à Agni - le Feu - : on chauffe du lait dont on lui offre deux cuillères, puis l'officiant boit le reste) pour Râvana. Chars, combustibles, prêtres sacrifiants, bois de santal, bûches de toute espèce, bois d'aloès embaumant, suaves parfums, joyaux, perles, coraux furent apportés sur l'ordre du râksasa, qui arriva au moment prescrit entouré de ses sujets. Alors, en compagnie de Mâlyavân, il procéda à la cérémonie.

    Les brâhmanes, le visage plein de larmes, placèrent sur une divine litière d'or Râvana, le maître des râksasa, revêtu d'une tunique de lin, tandis que retentissaient divers instruments de musique et des chants qui célèbraient le souverain. Puis ils levèrent la litière décorée de merveilleuses bannières et de fleurs, et se mirent en marche derrière Vibhisana. Tous se tournèrent vers le sud (direction du royaume de Yama, le dieu de la Mort) et saisirent des morceaux de bois qu'ils se partagèrent. Les feux furent allumés sous la conduite de l'adhvaryu (le préposé aux actes qui prononce la prière sacrificielle et qui accomplit les étapes manuelles du sacrifice : il entretient les feux, apprête l'autel, manipule les ustensiles et cuit les oblations). Marchaient en tête du cortège tous ceux qui étaient venus demander protection, puis suivaient en se hâtant toutes les femmes qui sanglotaient et tressaillaient sans cesse.

    Après avoir placé Râvana à l'endroit préparé, dans une atmosphère de profonde tristesse, on éleva le bûcher funéraire avec du santal et des bois odorants de padmaka et de vétiver, suivant les prescriptions du Veda, et on le recouvrit d'une peau de daim. En l'honneur de l'Indra des râksasa, on fit une offrande exceptionnelle aux ancêtres, on dressa l'autel en l'orientant vers le sud-est, et le feu à l'endroit prescrit. On versa sur l'épaule du mort une petite cuillère pleine d'un mélange de lait et de beurre fondu. A ses pieds, on plaça un chariot et sur ses cuisses un mortier. Les prêtres installèrent tous les récipients de bois, les deux pièces allume-feu placées dessus et dessous, ainsi qu'un pilon à l'emplacement prévu (le pilon et le mortier sont le matériel d'un sacrifiant). Puis, selon le rite prescrit par les Traités et les consignes des grands rsi, ils immolèrent la vache du sacrifice en l'honneur de l'Indra des râksasa. Ils en déposèrent les membres enduits de beurre fondu. Le coeur en peine, les compagnons de Vibhîsana parèrent Râvana de parfums et de guirlandes, et le couvrirent aussi de vêtements divers et de graines rôties; leurs visages étaient baignés de larmes. Vibhîsana mit alors le feu au bûcher, selon le rite, après avoir lavé avec un linge humide des graines de sésame mêlées d'herbes darbha qu'il offrit, mélangées à de l'eau, selon les prescriptions rituelles."

    Extrait du Râmâyana de Vâlmîki, Bibliothèque de La Pléiade.

    Je n'ai malheureusement pas eu l'occasion d'assister à une crémation en Inde ou à Bali (cultures hindouïstes). Lors des ablutions des divinités (par exemple celles du taureau Nandi auxquelles j'ai assistées au Tamil Nadu), le lait et le beurre  clarifié (ghee) occupent encore une place très importante dans le rituel puisque c'est ce qui sert aux ablutions. Agni, le Feu sacrificiel, a toujours un rôle fondamental, que ce soit dans les rituels d'offrande aux divinités ou les ablutions en Inde, les mariages et les funérailles au Cambodge (dans ce pays, un officiant est chargé d'entretenir le feu contenu dans un pot doré). Lors des crémations auxquelles j'ai assistées (Thaïlande, Cambodge), le défunt était placé dans un cercueil. En Thaïlande, seul le corps a été brûlé (au Cambodge, j'ai dû partir avant). Mais j'ai vu une procession en Inde (Kerala) où le défunt reposait simplement sur un char décoré. Lors des offrandes offertes par les Bouddhistes tibétains au Gansu et au Qinghaï, j'ai pu constater le même type de rituel que dans le Râmâyana : le pélerin verse du lait et des graines rôties dans le feu, qu'il entretient en lui offrant également de grandes branches odorantes. Au pays toraja sur l'île indonésienne de Sulawesi (mélange de culture animiste et chrétienne), on sacrifie les buffles et les porcs lors des funérailles.

  • Le Râmâyana... ou Gulliver !

    Voici un passage plutôt drôle du Râmâyana. Hanuman a avisé Râma que son épouse Sîtâ est bien prisonnière sur l'île de Lanka. Le héros part avec son inséparable frère et l'armée des singes pour combattre les râksasas et délivrer celle qu'il aime. Après de nombreux combats, le roi des râksasas en mauvaise posture, Râvana, décide de réveiller un de ses frères, le géant Kumbhakarna.

    "Se voyant vaincu lui-même au combat, voyant Prahasta tué, le très puissant Râvana recourait au râksasa à la force redoutable.

    "Déployez vos efforts aux portes et grimpez sur les remparts ! Que soit réveillé Kumbhakarna qui se trouve sous l'emprise du sommeil : il dort paisiblement, insouciant, la conscience livrée à Kâma. Ce râksasa dort pendant neuf, sept et dix-huit mois. Après une incantation, il s'est endormi il y a huit jours. Eh bien, réveillez rapidement le très vigoureux Kumbhakarna, car la puissance de son bras en fait  au combat le meilleur de tous les râksasas. C'est certain, il aura tôt fait de tuer les singes et les deux princes. Lui, Kumbhakarna, notre meilleur emblème au coeur de la bataille, le premier sans conteste de tous les râksasas, repose toujours, inconscient, satisfait de plaisirs vulgaires. J'ai beau m'être incliné devant Râma dans ce duel si féroce, je ne m'en affecterai pas si Kumbhakarna s'éveille. A quoi me servirait ce rival de Sakra (Indra) si en pareil danger il n'était capable de m'aider !"

    Obéissant aux instructions de leur Indra (Râvana. Les plus éminents personnages de chaque race sont surnommés du nom du roi des dieux), les râksasas, désorientés, se rendirent au séjour de Kumbhakarna. Sur l'ordre de Râvana, ces amateurs de chair et de sang partirent aussitôt avec parfums, guirlandes et nourriture à profusion.

    Une fois entrés dans son antre superbe aux portes immenses, d'une lieue de côté, et qui exhalait un arôme de fleurs, ils furent malgré leur grande vigueur renversés par l'haleine de Kumbhakarna. Ils se remirent en marche avec peine et déployèrent toute leur énergie pour pénétrer dans sa caverne. Parvenus à l'intérieur de la grotte superbe, pavée d'or et de pierres précieuses, les tigres des Nairrta (les râksasas) aperçurent le géant Kumbhakarna qui reposait. Ensemble ils tentèrent de le tirer du profond sommeil qui lui déformait les traits, qui le faisait ressembler à une montagne écroulée : il gisait, plein de sa terrible puissance, le corps hérissé de poils; il soufflait comme un serpent, provoquant des tourbillons par ses ronflements. Ses narines étaient horribles, sa bouche grande comme les enfers; tout son corps abandonné au sommeil sentait la graisse et le sang. Ses membres étaient ceints de bracelets d'or, son diadème avait la splendeur du soleil : tel était le spectacle qu'offrait le tigre des Nairrta, Kumbhakarna, le dompteur de ses ennemis.

    Alors les vaillants râksasas édifièrent devant lui un tas de viande haut comme le Meru, pour le rassasier pleinement. Ils amoncelèrent un prodigieux amas de nourriture, antilopes, buffles, sangliers. Les ennemis des Trente Dieux placèrent devant lui des jarres de sang et des viandes variées.

    Ils oignirent du meilleur santal ce fléau de ses ennemis et le rafraîchirent à l'aide de guirlandes divines et de parfums embaumants. En diffusant des odeurs d'encens ils entonnèrent les louanges de ce destructeur de ses ennemis; pareils à des nuages d'orage, de tous côtés les yâtudhâna poussaient des cris et soufflaient dans leurs conques à l'éclat lunaire; ensemble aussi ils poussaient sans relâche des clameurs bruyantes. Les rôdeurs de nuit hurlaient, battaient des mains, secouaient Kumbhakarna pour l'éveiller en produisant un vacarme effroyable. Lorsque les oiseaux qui parcourent l'espace entendaient le ciel résonner du bourdonnement des conques, des tambours, des gongs, du fracas de leurs battements de mains, de leurs bonds, de leurs cris léonins, ils tombaient brutalement.

    Comme ces bruits violents ne parvenaient pas à tirer le puissant Kumbhakarna de son sommeil, toutes ces troupes de raksasas saisirent des masses, des pilons, des massues, et, de leurs crêtes rocheuses, de leurs pilons, de leurs massues, avec leurs paumes, leurs marteaux et leurs poings, ils frappèrent la poitrine de Kumbhakarna qui dormait paisiblement à terre. Bien qu'ils fussent plein de force, les râksasas ne pouvaient même pas rester debout face au vent de sa respiration ! Alors ces redoutables guerriers se rangèrent en rangs serrés autour de lui et battirent les mrdanga, les panava, les tambours ainsi que des multitudes de conques et de cruches.

    Dix milliers de râksasas se serraient autour du géant pareil à un tas d'antimoine bleu, et tentaient de le réveiller en le frappant et en hurlant; mais lui ne s'éveillait pas. Comme ils ne réussissaient pas, ils essayèrent avec plus d'énergie et de véhémence : avec des bâtons, des fouets, des crocs, ils se mirent à frapper des chevaux, des chameaux, des ânes et des éléphants - afin de leur faire piétiner le dormeur - tout en faisant retentir tambours, conques et mrdanga de toutes leurs forces, et en frappant ses membres de grosses poutres liées en fagots. Le vacarme de ces marteaux et massues maniés à toute force remplissait Lankâ toute entière, ainsi que ses collines et ses bois. Mais lui ne se réveillait toujours pas.

    Alors ils se mirent à battre de baguettes d'or fin un millier de tambours, tous ensemble, sans discontinuer, de tous côtés. Comme, même ainsi, Kumbhakarna, enchaîné par la malédiction de Brahmâ, ne sortait pas de son profond sommeil, les rôdeurs de nuit se fâchèrent.

    La colère s'empara de ces êtres à la vaillance redoutable, et pour réveiller le râksasa chacun se livra à un acte de bravoure. Les uns frappaient ensemble des tambours, d'autres poussaient de grands cris, certains lui arrachaient les cheveux, d'autres lui mordaient les oreilles, d'autres enfin y déversaient des centaines de cruches d'eau. Mais Kumbhakarna, enseveli au plus profond de son sommeil, ne revenait pas à lui. Certains vigoureux râksasas empoignaient des marteaux dont ils lui frappaient la tête, la poitrine, les membres. Au moyen de plommées liées par des cordes, ils pilonnaient tout son gigantesque corps : le râksasa ne se réveillait point. En dernier ressort, on lui fit courir sur le corps un millier d'éléphants. Kumbhakarna perçut cette ultime tentative et s'éveilla, alors qu'il était resté insensible aux violents coups d'arbres et de crêtes rocheuses qu'on lui assenait. Au sortir du sommeil, tourmenté par une faim effroyable, il bâilla et se mit sur son séant."

    Extrait du Râmâyana de Vâlmîki. Bibliothèque de La Pléiade, Gallimard.

  • Sulawesi, Ballapeu : la vieille femme et l'enfant...

    Femme toraja et son petit-fils

    Comme je me suis gelée toute la nuit dans le tongkonan à Ballapeu dans la vallée de Mamassa, je n'ai pratiquement pas dormi. Alors que nous grimpons vers un point de vue, je n'arrête pas de glisser et de tomber. Je suis tellement agacée que je décide de faire demi-tour et de retourner au village. Je ne retrouve plus le chemin et je me perds entre les maisons. Une vieille femme travaillant dans son jardin m'indique par où passer. Je la remercie et continue à avancer mais je suis très vite interpelée. "Bonjour ! Qu'est-ce que tu fais là ? Tu es perdue ?" "J'ai passé la nuit ici à Ballapeu dans un tongkonan. Je montais au point de vue avec des amis, mais je glissais trop. Je retourne au village." "Tu veux un café toraja ?" Comment refuser une telle proposition ? Je grimpe sur la terrasse du tongkonan et nous discutons confortablement installés dans des fauteuils. La famille du bébé de la veille passe près de nous, tout endimanchée. Ils se rendent à la messe et sont tout surpris et contents de me voir là. Fièrement, ils expliquent à mes hôtes le moment que nous avons passé ensemble dans les rizières. Après un bon moment, Steph et notre guide nous rejoignent. La guide a les larmes aux yeux, totalement paniquée à l'idée de ne pas me retrouver alors que nous avons des téléphones portables... Cette vieille femme est arrivée depuis de longues minutes. Elle ne cesse de me regarder, intriguée et le visage plein de bienveillance. Son petit-fils a les mêmes magnifiques yeux que sa maman qui les rejoindra un peu plus tard. Merveilles de Toraja...