Karaoké khmer

La voiture de Kak prend la direction de la ville.

- Heu... On va où là ? Ce n'est pas le chemin de l'hôtel.

- Non, on va au karaoké. Ma soeur a donné 100 dollars à ces deux hommes pour qu'ils aillent chanter une chanson. On les accompagne.

- Mais... Il y a des "hôtesses" là-bas, n'est-ce pas ?

- Oui, ça te dérange ?

- C'est-à-dire que... oui !

- On va juste les accompagner un petit moment.

Mouais, super :-s ...

Le parking est sombre. Le videur nous salue, nous entrons dans un couloir à la lumière blafarde. Des filles attendent, l'une d'elles m'observe, gloups...

Un deuxième couloir, avec de nombreuses portes de chaque côté. Je suis de moins en moins rassurée...

Nous entrons dans la première pièce, entièrement capitonnée. Un long canapé d'angle l'occupe presque entièrement. Mais qu'est-ce que je fous là ?!!

La fille de l'entrée pénètre dans la salle et s'installe entre l'un des hommes et moi. Je l'aurais parié... D'autres lui emboîtent le pas.

Les hommes commandent de la bière et les filles s'empressent d'aligner les canettes sur les deux tables basses. Elles apportent de quoi grignoter et de la glace. La sono hurle, le grand écran s'allume. Pas moyen de s'esquiver, il faut à nouveau trinquer... et boire.

Le plus jeune des hommes choisit sa chanson, il chante plutôt bien. Son comparse, totalement bourré depuis un bon moment, se met à hurler dans le micro et les larsens m'attaquent le cerveau...

- Allez, regarde, choisissons une chanson et je vais t'apprendre à chanter.

- Non Kak, sans façon. Et puis j'ai très mal à la tête là, je ne me sens vraiment pas bien.

- Bon, ok, je chante une chanson et on y va.

- Ca va, on peut rester un peu... mais pas trop longtemps... (on ne rit pas je vous prie !)

Je dois vraiment avoir l'air à l'agonie. Ma voisine a envoyé une de ses camarades me chercher des serviettes glacées. Elle m'en offre une que je colle aussi sec sur mon front. Purée, ma tête va exploser !

Le vieux n'insiste plus pour que je chante, il voit bien que je ne suis pas en forme et que je ne suis pas l'occidentale qu'il aimerait... Et puis il est bien trop occupé à essayer de faire danser une des hôtesses manifestement peu intéressée par sa personne.

Kak a fini de chanter "Allez, on y va".

- D'accord, désolée, je ne me sens vraiment pas bien.

L'air extérieur me fait un peu de bien. Dans le hall de l'hôtel, nous croisons une des soeurs de Kak.

- Vous venez d'où ?

- On était au karaoké.

- Oh non, s'exclame t'elle avec un gloussement lubrique. Vous allez passer la nuit ensemble!!!

- Of course not ! Allez, bonne nuit tout le monde, je file me coucher !

Ca ira mieux demain... Que d'émotions...

Allez, j'avoue : après coup, ça fait une anecdote qui fait beaucoup rire tout le monde. Bande de moqueurs, va !

Stéphanie LANGLET sur Google+

Cambodge