Le musée de Siem Reap et la légende du barattage de la mer de lait

Le prix de ce musée peut paraître de prime abord prohibitif mais il constitue une excellente introduction à la visite des temples. On y trouve notamment des devas (dieux) et asuras (démons) du barattage de la mer de lait.

Ce buste est celui d'un des 52 asuras du temple de Preah Khan.  Il date du XIIème - début XIIIème siècle. Il est en grès et de style Bayon.

Le barattage de la mer de lait est une célèbre légende représentée sur de nombreux frontons khmers et sur la voie d'honneur de beaucoup de temples. Elle est reprise dans de nombreuses épopées, dont celle du Râmâyana dont je suis en train de lire la version intégrale de Valmiki.

"Autrefois, à l'âge d'or vivaient les très puissants fils de Diti et les illustres fils d'Aditi, vaillants et attachés au dharma. Or, ces nobles êtres se demandèrent comment devenir immortels, exempts de vieillesse et de maladies. Comme ils réfléchissaient à cela, une inspiration leur vint : "Barattons l'océan de lait et nous en obtiendrons la liqueur d'immortalité." Quand ils eurent pris cette décision, ces êtres à la puissance illimitée, se servant du serpent Vasuki (naga) comme corde et du mont Mandara comme baraton, se mirent à baratter l'océan. Au bout de mille ans, les têtes du serpent qui servait de corde crachèrent un venin redoutable et mordirent les rochers. Alors surgit le violent poison brûlant comme le feu nommé hâlâhala. Ce venin commença de consumer l'univers entier, y compris les dieux, les démons et les humains. Les dieux allèrent chercher refuge auprès du grand dieu Sankara Pasupati Rudra et le supplièrent en criant : "Au secours ! au secours !" Quand les dieux se furent adressés ainsi à leur suprême seigneur, Hari (Vishnou) apparut sur les lieux, portant sa conque et son disque. Il dit en souriant à Rudra (Shiva), le dieu à la pique : "ce qui a surgi en premier de l'océan baratté par les dieux t'appartient car tu es le plus éminent d'entre eux. Accepte donc le premier hommage et prends ce poison, seigneur."

Là dessus, Visnu disparut.

Voyant combien les dieux étaient terrorisés, Rudra, obéissant à Vishnou, avala le terrible poison hâlâhala comme si c'eût été de l'ambroisie (c'est pour cette raison que le dieu est souvent représenté avec la gorge bleue). Puis Hara (Shiva, d'où le nom de Hari Hara pour la statue moitié Vishnou, moitié Shiva), le bienheureux seigneur divin, prit congé des dieux et partit.

Alors, tous les dieux et tous les démons se remirent à baratter. Mais la sublime montagne qui servait de baraton s'enfonça dans le monde souterrain. Alors, les dieux et les gandharva (musiciens et chanteurs célestes, génies des airs et compagnons habituels des apsaras, ayant un aspect guerrier et enseignant aux rois terrestres le rythme comme essentiel au dharma) supplièrent ainsi le destructeur de Madhu (Vishnu) : "tu es le refuge de toutes les créatures, surtout des habitants du ciel. Protège-nous, héros au bras puissant ! Soulève cette montagne, s'il te plaît !"

A ces mots, Hrsikesa (autre nom de Vishnou, "maître des sens"), sous forme de tortue (c'est pour ça qu'un de ses avatars est la tortue), prit la montagne sur son dos et se tint immobile au fond de l'océan. En même temps, Kesava (Vishnou, "le chevelu"), l'Âme universelle, l'Être suprême, avait saisi le sommet de la montagne et se tenait parmi les dieux à baratter avec eux.

Au bout de mille ans surgit un homme qui était l'Âyurveda (médecine traditionnelle de l'Inde) personnifié. Cet homme tout pétri de dharma portait un bâton et une cruche à eau d'ascète. Il se nommait Dhanvantari. De la liqueur issue du barattage des eaux sortirent les splendides apsaras, ces femmes d'élite, et c'est à cette origine qu'elles doivent leur nom ("se déplaçant dans les eaux des nuages"). Six cents millions de merveilleuses apsaras naquirent ainsi, accompagnées d'innombrables servantes. Mais ni les dieux ni les démons ne les épousèrent. C'est pourquoi on dit qu'elles appartiennent à tout le monde. Ensuite apparut Vârunî, l'illustre fille de Varuna. Elle voulut aussi se faire accepter en mariage. Les fils de Diti la refusèrent mais les fils d'Aditi acceptèrent cette créature irréprochable. C'est pourquoi les fils de Diti sont des asura ou démons, et les fils d'Aditi des sura (on dit aussi "deva") ou dieux. Les dieux se réjouirent fort d'avoir obtenu Varuni. Puis surgirent successivement de l'océan Uccaihsravas (monture d'Indra, roi des dieux, qui se nourrit d'ambroisie et est le roi des chevaux), le plus éminent des chevaux, Kaustubha, le plus magnifique des joyaux (que Vishnou porte sur la poitrine), et enfin la sublime liqueur d'immortalité (amrita). Une effroyable lutte fratricide s'ensuivit pour sa possession. Les fils d'Aditi déclarèrent la guerre aux fils de Diti; les démons s'allièrent aux raksasa (créatures ennemies du Veda et du dharma) et un formidable combat s'engagea, remplissant de stupeur les Trois Mondes. Quand tous eurent épuisé leurs forces, le puissant Visnu revêtit la forme trompeuse de Mohini ("celle qui égare", elle est d'une grande beauté) et déroba prestement la liqueur d'immortalité. Ceux qui s'opposaient à Visnu, l'Être suprême éternel, étaient broyés au combat par le puissant seigneur. Les héroïques fils d'Aditi exterminèrent les fils de Diti dans ce gigantesque et terrible combat qui mit aux prises les dieux et les démons. Ayant vaincu les fils de Diti et obtenu la royauté, Purandara ("le destructeur des citadelles", Indra) régna sur les mondes dans la joie, entouré de troupes de rsi et de carana."

Extrait du Râmâyana de Vâlmîki, Chant Ier, chapitre XLV.

Vous aurez remarqué au passage que je me régale à la lecture de cette oeuvre et vous la recommande fortement si vous voulez approfondir votre compréhension de la culture asiatique.

Le lion jouait un rôle majeur comme gardien des sanctuaires khmers et décorait les deux côtés des marches d'entrée. Ils ont généralement des yeux bombés et ronds, des sourcils broussailleux et la bouche ouverte comme pour un rugissement d'avertissement. C'était aussi un emblème de la royauté khmère.

Face à la salle aux mille Bouddhas, on peut prier, faire offrande de trois bâtonnets d'encens (un pour Bouddha, un pour le dharma, un pour la Sangha, la communauté des moines) et découvrir son avenir en agitant les baguettes de divination (il suffit d'agiter la boîte, d'attendre qu'une baguette tombe, relever son numéro et récupérer le papier correspondant).

C'était la première fois que je voyais un lingam (symbole de fertilité) avec le visage de Shiva.

Le roi des dieux, Indra, sur l'éléphant à trois têtes.

Un deva (dieu) du barattage de la mer de lait.

Et pour finir, une apsara (danseuse céleste).

Toutes les photos ici : http://cid-4391f06a356f4ffc.photos.live.com/browse.aspx/Cambodge%5EJ%20mars%202011.%20Mus%C3%A9e%20de%20Siem%20Reap

Je n'ai pas pu en faire beaucoup car, même sans flash c'était interdit (???).

Stéphanie LANGLET sur Google+

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