Un choix de vie.

Il s'appelle Sophea et a 29 ans. "Je suis devenu moine pour apprendre d'avantage le bouddhisme". C'est sa façon d'accepter sereinement sa situation. En tant que fils ainé, il n'a pas eu d'autre choix que de devenir moine. C'était le choix de ses parents peu de temps avant leur décès. Son père était lui-même devenu moine. Ils l'ont emmené au Wat Thmey à l'age de 18 ans. Il fut l'un des premiers moines dans cette pagode. Lorsque je l'ai visitée, j'ai eu de la chance "les jours où je suis timide, je ne parle pas aux étrangers, même si j'en ai envie". Il m'avouera par la suite que j'ai été la première a qui il a ose parlé. Bien que je connaisse maintenant quelques mots de khmer, j'ai répondu à son camarade qui m'a interpelée en anglais. Alors qu'on s'imagine leur faire plaisir et les mettre en confiance en disant quelques mots dans leur langue, les Cambodgiens sont tellement timides qu'ils ont peur de perdre la face devant un Occidental qui parlerait leur langue en plus de l'anglais.

Sophea reste silencieux un long moment. Son ami me le présente "c'est le leader de la pagode depuis deux ans. Vas-y, tu peux aussi parler aux autres". Je pose quelques questions à Sophea, qui me répond brièvement, n'osant pas vraiment se lancer complètement. Son ami me ment en riant sur son âge. Sophea se détend enfin "je crois qu'il te ment la, tu ne crois pas ?" On me propose de m'asseoir à l'ombre d'un grand arbre. Les moines sont installés sur des bancs autour d'une table. On ne peut désormais plus arrêter Sophea, qui répond à mes questions avec empressement et m'en pose d'autres en retour. Il me propose de visiter l'intérieur du temple "tu peux y aller, mais je ne veux surtout pas que tu me donnes de l'argent". Rapidement, il me rejoint. Il m'apprend d'abord à me recueillir devant Bouddha, en m'inclinant par trois fois. Les offrandes doivent elles aussi se faire par trois. Les peintures, comme à l'ordinaire, représentent les différentes vies du Bouddha mais ne respectent pas l'ordre chronologique. Le leader regrette de ne pouvoir m'expliquer qu'une scène avec les parents de Siddharta avant sa naissance, et une autre avec l'ascension du Bouddha vers le paradis. Il me parle de sa vie. Il est l'aîné d'une fratrie de trois garçons. A la mort de ses parents, son oncle et sa tante, qui sont riches, ont décidé de devenir ses nouveaux parents. Ils vivent à Kompong Cham et sa tante a étudié plusieurs langues puis les a enseignées à son mari et ses enfants.

Dans quelques jours, il appellera les gens des environs pour collecter de l'argent lors d'une cérémonie des fleurs. Il pourra ainsi construire l'enceinte extérieure de la pagode. Outre les peintures, le bâtiment principal renferme de belles et grandes statues. Tout autour, on trouve les édifices funéraires des moines, sorte de petites maison-pagodes joliment décorées, dans lesquelles une urne conserve les cendres du défunt. Dans la cour, on trouve d'abord de grands stûpas pour les cendres des plus riches. Plus loin, des maison-pagodes plus petites que les précédentes, très colorées, sont pour les plus pauvres. Les Chinois reposent quant a eux dans des tombes circulaires ou plus traditionnelles. A proximité, un grand bâtiment sert pour les crémations. Les moines vivent quant a eux dans une grande maison commune assez moderne. Un autre moine me montre fièrement leurs plantations, notamment de noix de cajou et la rivière qui coule a proximité. Un pont est en construction, et une route reliera bientôt les cascades à 7 niveaux, à 30 kilomètres de là.

Sophea a une vie confortable pour un moine. Bien que la charge de leader soit lourde à assumer, il a eu la chance de voyager au Vietnam, au Laos et en Thaïlande. Parfois, les journées se déroulent tranquillement comme aujourd'hui : levés vers 4 heures, les moines ont prié dans leur cellule avant de prendre leur petit-déjeuner. Il leur arrive de prier collectivement à 5 heures. Ils discutent ensuite dehors, étudient deux heures le matin, déjeunent avant midi. Ils n'ont ensuite plus le droit de manger. Ils font une sieste avant 14 heures puis discutent a nouveau, et étudient durant trois heures. Un moine part parfois avec un laïc pour prier chez lui. A 17 heures, c'est la prière collective, et ils se couchent vers minuit, après avoir parfois joué a des jeux... de guerre en ligne, ou étudié l'anglais ou une autre matière dans des livres pendant une dernière heure.

Depuis quelques temps, Sophea se pose des questions. Après onze ans passés à étudier les enseignements de Bouddha, est-il encore capable d'en suivre toutes les règles, ou doit-il renoncer à cette vie pour se marier et avoir des enfants ? S'il fait ce choix, sa famille d'adoption l'aidera-t'il ou devra t'il devenir fermier ? Et qu'en sera t'il de cette soif de connaissance inépuisable...


Stéphanie LANGLET sur Google+

Cambodge

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