Dernier jour à Inle.

Nous enfourchons des vélos pour une promenade bucolique en direction du lac. Près du village de Kaung Daing, on trouve des sources chaudes, prétexte à une promenade dans la campagne birmane et à une nouvelle traversée du lac jusqu'à Maing Tauk, le tranquille village sur pilotis découvert deux jours plus tôt. Les sources s'avèrent un nid à bactéries hors de prix et manquant de charme. Nous décidons donc de passer de l'autre côté du lac. Nous aimons tellement l'ambiance d'Inle que nous regrettons que la traversée se termine si vite.

Traversée barque à Inlé

En fin d'après-midi, je décide d'aller visiter les quelques pagodes du centre. Peut-être aurai-je la chance d'entendre les moines méditer. Dans la première, alors que je discute avec un moine pour lui demander le nom de la pagode, un autre lui jette une grosse bassine d'eau et je me retrouve complètement trempée moi aussi. L'un et l'autre sont aussi confus mais mon éclat de rire les rassure vite. Dans la deuxième pagode, les moines sont plus souriants. Deux novices m'interpellent depuis la balustrade d'un des bâtiments pour me poser les questions classiques : d'où je viens, si je voyage seule... Dans le bâtiment d'à côté, j'entends que quelques moines ont repris leur entraînement à la méditation. Je m'approche et m'assieds sur la marche d'entrée pour les enregistrer. Très vite, un moine plus âgé arrive sur le pas de la porte et me sourit. Son visage, son sourire et la bonté qui émane de lui me rappellent Nyne Chang. Alors qu'il m'a juste saluée, il me demande si je veux venir dans sa chambre. J'ai beau savoir qu'il n'y a aucune équivoque, la rapidité de son invitation m'incite à la refuser. Il me pose à son tour les questions classiques et m'invite à nouveau dans sa chambre. Je le suis dans une vaste pièce occupée par un lit double et plusieurs meubles. Des images religieuses décorent les murs. Deux moines tapotent sur un ordinateur. Avant la rencontre avec les moines birmans de Mae Sot, ce luxe m'aurait surprise. Le moine m'offre du thé. Il s'est saisi d'un cahier. Il cherche à communiquer avec moi mais il ne connaît que quelques mots d'anglais. Un de ses amis arrive, son sauveur devrais-je même dire vu son attitude : nous allons enfin pouvoir discuter. Mieux que ça, le deuxième moine apprend le français ! Il a 40 ans et pratique tous les jours avec la télé pour devenir guide en français. Le "sosie" de Nyne Chang en a 36. Tous deux sont professeurs de pâli. Il y en a neuf dans cette pagode. Je passe près de deux heures à discuter avec eux, leur expliquant la crémation de Mae Sot à laquelle j'ai assistée, mes deux inoubliables semaines avec Nyne Chang et ses amis, et mon envie depuis renforcée de découvrir le Myanmar. Tantôt, nous communiquons en anglais, parfois à l'aide d'un dictionnaire, parfois en français, le deuxième moine traduisant au premier. Au bout d'environ une heure, le plus jeune est heureux d'avoir enfin trouvé la phrase qu'il cherchait : "je suis très heureux parce que tu es venue nous voir aujourd'hui. Tu dois revenir tous les ans." Je lui réponds que moi aussi je suis heureuse, d'autant que son attitude et son visage me rappelle mon ami Nyne Chang. "Tu dois vraiment revenir tous les ans." me répètent-il en riant. Soudain, plusieurs coups de cloche retentissent, c'est l'heure de la méditation. "Mon ami va t'emmener." Nous nous rendons dans le grand hall. Les moines arrivent par petits groupes, les professeurs sont devant, sauf celui parlant français qui reste à part et prie à tour de rôle avec certains. Pendant une demi-heure, les moines méditent en chantant du pâli. Je me régale autant à écouter qu'à regarder. Les plus jeunes des moines se montrent en effet fort distraits. Certains discutent et chahutent, d'autres cherchent désespérément la page adéquate, d'autres encore me sourient et me font des signes... Soudain, l'arrivée d'un touriste les amuse particulièrement. Il faut dire qu'il porte un short très court et moulant, absolument inadapté à un tel lieu. Après quelques prises de vue à l'extérieur, il m'aperçoit et s'enhardit à entrer dans la salle. Les jeunes moines ont du mal a retenir leurs rires et guettent mes réactions. Deux trois photos plus tard, la distraction se lasse déjà et s'en va mais le mal est fait : les jeunes distraits n'arriveront plus à se concentrer avant le final. La cloche retentit de nouveau. Le calme et la discipline sont revenus. Chaque rang de moines sort à son tour... Mon hôte m'attend a l'extérieur. Les deux moines espèrent me revoir au petit matin lors de leur passage pour la collecte de nourriture, mais je ne serai pas assez courageuse pour me lever si tôt. C'est avec des nonnes que je finirai ma promenade. Ici, elles portent une jolie tenue rose clair. Elles m'offrent du thé et des gâteaux et nous discutons un moment. L'enregistrement de leurs chants que je leur fais écouter les amusera particulièrement...

Stéphanie LANGLET sur Google+

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