A la découverte de la culture birmane.

Le lendemain, Nyne Chang prend quelques heures de repos bien mérité dans son pays natal. Je n'ai pas osé le suivre, pensant stupidement qu'il n'est pas si facile d'obtenir un visa pour l'autre côté de la frontière. Je décide d'utiliser les services d'un motard pour me rendre au Wat Doi Din Ti, un superbe temple perché sur un rocher, qu'un ermite a construit seul et que Fabrizio m'avait lui aussi recommandé. Après avoir traversé un paisible village fait de maisons en bambous et feuilles séchées, nous arrivons au pied d'un long escalier flanqué de grands nagâs. Plus haut, un Bouddha debout semble guider les visiteurs. Après une montée éprouvante à cause de la chaleur, j'arrive à un premier sanctuaire creusé dans la roche. A l'intérieur, un serein Bouddha prenant la terre à témoin repose sur un autel envahi de statuettes, photographies et objets de cérémonie. Le moine est assis sur une plateforme à l'extérieur, dans une posture de méditation. Je continue ma rude ascension vers un rocher en équilibre surmonté d'un stûpa. On se demande comment un moine solitaire a pu réaliser une telle oeuvre à un endroit pareil. De là, on domine toute la plaine et on aperçoit au loin la Birmanie. A proximité, de grandes statues en bronze du Bouddha attendent paisiblement les rares visiteurs, alors que les stûpas sont entourés d'une profusion de décorations. Je redescends après un long moment pour découvrir les maisons sur pilotis des alentours. A quelques kilomètres de Mae Sot, le temps semble s'être figé...

De retour en ville, je découvre les moines en train de démonter le temple de papier. Cela leur demandera plusieurs jours de travail. Nyne Chang me présente un de ses amis qui retourne à la vie civile dans la plus grande indifférence. Il entre simplement dans la cellule de Nyne Chang et en ressort avec ses anciens habits. Je discute un long moment avec mon ami. Il est moine depuis bientôt 5 ans, alors qu'il ne pensait le rester que quelques mois. Malgré son application dans la pratique religieuse, ce choix a d'abord été dicté par l'intérêt, celui de pouvoir accéder gratuitement aux médicaments. Il est en effet très malade d'avoir travaillé dans les mines de rubis durant 5 années. Il en est parti sous la contrainte, son dos s'étant fortement déformé à force de porter de lourdes charges. Il s'est même retrouvé totalement paralysé, incapable de bouger, manger ou dormir. Son seul désir était de mourir. Peu à peu, il a pu retrouvé sa mobilité, d'abord avec une canne, mais les répercussions sur son coeur et son estomac ne disparaitront jamais. Mon ami sait qu'il mourra jeune, tout comme son père pêcheur disparu à 34 ans à la suite de la piqûre d'un poisson... Il aimerait rentrer dans sa province natale mais refuse que sa mère et sa soeur soit au courant de ses problèmes de santé. Tant qu'il n'aura pas suffisamment d'argent pour se soigner et s'occuper de sa famille, il n'y retournera pas, malgré les pleurs quotidiens qu'il entend au téléphone. Il me raconte sa vie avec le sourire, et je comprends d'autant mieux le profond respect que la plupart des gens lui témoigne. Il se livre petit à petit, et finit par m'avouer les remarques que son maître lui a faites à mon sujet. Les traditions birmanes et thaïes étant très différentes, Nyne Chang trouve mes visites normales. En Birmanie, les femmes viennent fleurir et mettre de l'encens dans les cellules. Elles peuvent s'assoir à terre lorsque les moines sont assis dans des fauteuils, la seule règle étant de garder la porte ouverte et ses distances. En Thaïlande, la présence d'une femme est vue d'un très mauvais oeil, d'autant plus si elle est d'une autre culture. Les moines thaïlandais sont bien souvent d'une exemplarité douteuse et préfèrent accuser leurs homologues étrangers de tous les maux, d'autant qu'ils ne parlent généralement pas anglais et se montrent donc très suspicieux... Le moine d'Umphang qui tenait compagnie à mon ami lors de notre rencontre en est la parfaite illustration. Non seulement il tentait de me draguer maladroitement à chaque fois que nous nous croisions, mais en plus il était violent avec les autres moines et souvent ivre le soir !

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Stéphanie LANGLET sur Google+

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