La sortie du temple.

Je décide de retourner au temple de la veille et revoit le jeune moine sympathique. Il me mène à la pièce dans laquelle repose le moine décédé et me confirme que j'ai bien compris : voilà six ans qu'il est mort et conservé dans une boîte en verre. "Ses poils et ses cheveux continuent à pousser, c'est exceptionnel tu sais." Le corps a été badigeonné d'une peinture dorée, pour cacher le début de décomposition. Mon guide m'invite à prendre une photo : "no problem, go go !" Je ne peux pas refuser devant son insistance souriante. Il est manifestement très fier de me faire découvrir sa culture et attend avec impatience le début des festivités. "Viens demain, on va mettre le corps dans le temple en papier et prier". Je ne raterais ça sous aucun prétexte !Je me laisse peu à peu envahir par l'ambiance nonchalante de la ville, et termine la journée en profitant de ma jolie terrasse et en visitant les temples de la ville. Dans certains, le orange a cédé la place au safran, la couleur des robes des moines birmans.

Je me régale du spectacle de jeunes Birmans drapés de batik, faisant des offrandes et priant devant des statues de Bouddha. Ailleurs, c'est le dieu des Hindous, Ganesh, qui est mis à l'honneur. Je croise justement le chemin d'un jeune éléphanteau affectueux, et de son kornak peu agréable et violent. Il est clair que la pauvre bête est nourri uniquement pour que son maître en tire profit en quémandant de l'argent... La ville regorge de temples et sanctuaires joliment entretenus et décorés, et je ne résiste pas à l'envie de tout photographier. Puis le soir la drape d'un joli habit coloré, et c'est justement le kitsch de ses lumières et de ses monuments qui donne autant de charme à certains paysages thaïs. Au Wat (temple) Aran Ya Khet, le char surmonté d'un phénix, l'oiseau qui renaît de ses cendres, clignote de mille feux, attendant de servir de corbillard pendant les festivités...

Le lendemain, je me rends directement au temple. J'y arrive à la fin de la première prière. Les laïcs sont vêtus de blanc, la couleur du deuil en Asie. Quelques femmes portent des robes de cérémonie colorées et une écharpe blanche. Je me demande qui elles peuvent être... Des tables ont été installées un peu partout, et tout le monde s'attable pour partager un copieux petit-déjeuner. Les femmes ont ramené de jolis récipients argentés, qui contiennent les mets variés qu'elles ont préparés pour tout le monde. J'assiste, parfois amusée, aux derniers préparatifs. Voyant que je prends des photos, un moine jusque là inactif prend la place d'un enfant d'un air nonchalant, et se met à poser pour ma photo.

La présence de la seule touriste n'est pas passée inaperçue, et un vieux monsieur m'apporte de la glace accompagnée d'un peu de brioche. Du riz semble être tombé dedans. Je goûte : quelle surprise, je déguste une délicieuse glace au riz !
Il est temps de retourner prier. Des hommes et des femmes s'installent sur des tapis séparés à l'intérieur de la pièce principale du temple, pendant que d'autres sont sur des chaises ou bancs à l'extérieur. Les moines sont installés sur leur fauteuil en bois, derrière lesquels sont dressés des sortes d'éventail. Il s'agit en fait de récompenses remises par le Roi à l'occasion de leur ascension dans la hiérarchie monacale. Certains entonnent des litanies, pendant que d'autres en profitent pour... envoyer des SMS !!! Un groupe de laïcs se lèvent pour préparer les fleurs qui seront jetées sur le char.

Les moines se recueillent une dernière fois devant le corps, puis c'est le moment de le sortir du temple. Les moines soulèvent et hissent la boîte sur le char. Un long tissu blanc y est attaché. Les laïcs se mettent en place pour la procession, tenant chacun un bout du tissu. Les moines se positionnent devant eux, et un groupe de vieux messieurs ouvre la marche. La sortie se fait par l'enceinte principale du temple. Ils en font le tour, avant de se diriger vers le temple de papier. Les moines installent la boîte à l'intérieur, et la plupart s'en vont, laissant place aux femmes en tenue de cérémonie. Il s'agit en fait de danseuses, rendant honneur à leur ancien leader.

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Les danses terminées, je discute avec un homme qui m'explique que leur leader est décédé dans un accident de voiture à l'âge de 63 ans : il conduisait trop vite... Son importance tient au fait qu'il resta moine pendant 34 ans, après avoir quitté femme et enfants à 29 ans.
Des femmes m'apportent de la nourriture qu'elles ont préparées. Je mange et bois avec angoisse pour mon estomac et un peu à contre-coeur, une salade de choux froide, poisson fumé et de sésame, arrosée d'un verre de ginseng glacé. Alors que je m'en vais, je suis interpelée d'un "Hé, you !". C'est le jeune moine, qui me fait visiter les différentes attractions : la fête foraine, le ring de boxe thaïe, le podium de danse, la scène du spectacle de danse... Tout cela dans l'enceinte du temple !
Le soir, je décide d'assister au spectacle de danse birmane organisé au temple. L'attente est longue, et les figurants me proposent de m'installer dans les coulisses. Je décline heureusement leur invitation : alors que je m'attends à un spectacle traditionnel, des hommes et des femmes dans d'étranges robes colorées gesticulent dans tous les sens; puis vient le tour des chanteurs, qui se succèdent, et à qui le public apporte des roses. C'est décidé : si un troisième chanteur arrive, je m'enfuis ! Je fais le tour des différentes attractions. Il y a beaucoup de monde partout, et plein de petits stands de nourriture, boissons et souvenirs.
Alors que je suis sur le point de rentrer, je retrouve le jeune moine et ses amis. Nous assistons distraitement à la suite du spectacle tout en discutant. "Veux-tu boire un café?" Me voilà en train de suivre un groupe de moines aux robes oranges. A ma grande surprise, ils m'invitent à entrer dans une cellule et à m'assoir sur le tapis. L'instant me parait tellement surréaliste que je décide de l'immortaliser d'une photo. Mon guide s'appelle Nyne Chang, et il est Birman. Pour les Thaïlandais, il a adopté le prénom d'un ancien Roi thaïlandais, U Thong. Nous discutons et écrivons pendant des heures. Nyne chang et ses amis sont très curieux de mes voyages et ne cessent de me poser des questions sur la Chine et les moines chinois. En échange, ils me parlent de leur pays, la Birmanie, qu'ils adorent malgré les problèmes politiques, de leur religion et leurs croyances. Nyne chang me montre avec fierté ses robes safran "c'est très cher ces tissus tu sais, bien plus que les robes oranges". Quelle chance j'ai eue de les rencontrer !

Stéphanie LANGLET sur Google+

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