La vieille ville de Sukhothaï.

J'emprunte un minibus pour la vieille ville, à 12 kilomètres de là.
Fondée en 1 238 par deux princes thaïs qui s'émancipèrent de l'autorité du roi d'Angkor, Sukhothaï, "l'aube de la félicité", fut le centre du premier royaume indépendant de Thaïlande et le berceau de la nation thaïlandaise. Elle fut aussi le royaume d'Asie du Sud-Est le plus puissant de son époque et se distingua par une extraordinaire liberté politique, culturelle et religieuse sous le règne du Roi Rama Khamheng (1279 à 1298). Celui-ci, très célèbre pour son gouvernement éclairé et ses grandes réalisations dans différents domaines, introduisit un système de libre-échange et s'engagea activement en faveur de la ligne pure du bouddhisme theravada, devenu aujourd'hui religion nationale. La paternité de l'alphabet thaï moderne lui est également attribué. Sous le règne d'un de ses successeurs, Li Thai, au milieu du XIVème siècle, la cité devint progressivement le plus grand centre bouddhiste au monde. Elle prospéra jusqu'en 1378, année de l'émergence d'Ayutthaya. En 1438, le dernier de ses souverains abdiqua en faveur d'un prince de cette nouvelle capitale.
A partir de 1782, elle revint petit à petit dans les mémoires et plusieurs souverains en quête de légitimité pillèrent ses monuments pour décorer les temples, monastères et palais, et s'inspirèrent de son architecture. En 1993, le Parc national historique ouvrait ses portes sur 70 km², après 16 ans de travaux de restauration. Il est aujourd'hui classé au patrimonoine mondial de l'Unesco.
Alors que le charme d'Ayutthaya résidait dans la découverte des monuments épars à travers la ville, les vestiges de Sukhothaï se concentrent dans et autour de la vieille ville. Alors que je me dirige vers l'entrée, je m'amuse de voir de jeunes moines, marchant en file indienne, se retourner avec intérêt vers un groupe de filles assises sous un arbre...
Je décide d'effectuer la visite à pieds plutôt que de louer un vélo comme les autres et me dirige vers le premier ensemble. Avant de traverser le pont au-dessus des anciennes douves, je prends le temps d'admirer la vision buccholique d'une vieille barque en bois flottant sur l'eau, avec pour toile de fond l'éveil de bouddha : un Bouddha assis prenant la terre à témoin. Cette posture de Bouddha est une des plus importantes, car elle symbolise la victoire du bouddha sur Mâra (la mort, le démon, le grand dieu des Désirs). Alors qu'il méditait, Mâra tentait de l'interrompre en lui présentant toutes les distractions possibles. En réponse, Bouddha toucha la terre, faisant appel à la nature pour témoigner de sa résolution.

Le premier temple possède de nombreuses statues de l'éveil de Bouddha, prangs et frangipaniers. De joyeux chiots errants me sollicitent pour leurs jeux et je goûte au calme de ce lieu de méditation.

Dans le deuxième temple que je visite, une haute statue debout attire mon attention. Comme les autres, elle est caractéristique des XIIIème et XIVème siècles, encore appelée période de Sukhothaï. Elle est élancée; son visage d'une grande finesse exprime parfaitement la sérénité qui l'habite, avec son nez long et aquilin, ses sourcils arqués, sa bouche fine et ses paupières lourdes; sa chevelure est pleine de bouclettes et surmontée d'une longue flamme, symbole de force spirituelle. Elle fait le geste de l'absence de crainte et de l'apaisement : une main levée, paume en avant. Pourtant, au souvenir de cette splendide statue, un frisson d'horreur me parcourt le corps. Sous son bras replié, un énorme essaim de cancrelats (blattes) grouillant me donne envie de fuir à toutes jambes...

Un peu plus loin, je découvre le tournage du film dont le Chilien de ma guesthouse m'avait parlé. Les acteurs thaïlandais, tout en muscles et le corps couverts de tatouages, s'amusent à jouer les méchants devant mon objectif et m'obligent à poser avec eux pour une photo décalée. Ils m'expliquent qu'il s'agit d'un film japonais, retraçant une histoire de guerriers plusieurs siècles auparavant, et qu'eux-mêmes viennent de Bangkok.

Je poursuis vers les autres temples, dépassée par un touriste à vélo. Alors que j'admire les prangs magnifiquement sculptés d'un sanctuaire, ce dernier me rejoint. Nous discutons un moment en anglais, avant de nous apercevoir que nous parlons tous deux français ! Paul habite Genève et est issu d'un milieu libano-égyptien. Il vient régulièrement en Thaïlande et est sur le point d'acquérir un terrain à construire sur l'île de Koh Chang (île éléphant). Il m'explique la symbolique du waï, le salut thaïlandais, où on joint les mains plus ou moins haut en fonction de la personne rencontrée. Pour une personne plus jeune, le salut se fera au niveau de la poitrine. Plus une personne est âgée, ou plus elle est importante, plus on saluera haut. On saluera un moine en montant les mains au niveau des yeux, et Bouddha, au-delà du front.

Nous nous promenons tout autour du parc, parlant voyage et culture thaïlandaise. Au bout de quelques heures sous un soleil ardent, nous rejoignons la ville sur son scooter pour déguster un pad thaï dans le restaurant où travaille son ex petit-ami thaïlandais, Mo. Je passe la fin d'après-midi à me relaxer dans ma guesthouse, avant que Mo ne vienne me chercher pour dîner dans un agréable restaurant - terrasse en bois. Nous dînons à la thaïe, piochant dans les plats choisis par chacun : soupe poulet coco pour moi, crevettes épicées pour Mo, et viande pour Paul.
J'ai prévu de partir pour Tak et Mae Sot le lendemain matin, bien qu'il me resterait la visite des sites en dehors de l'enceinte de la vieille ville.

Stéphanie LANGLET sur Google+