Soppong et Chiang Mai.

Ce matin, nous prenons le premier bus pour
Soppong (40 baths), un village sur la route pour Chiang Mai, réputé pour son
marché coloré. Fabrizio s’arrête ici quelques jours pour visiter les environs
en faisant un trek. Quant à moi, je veux juste profiter du marché avant de
poursuivre vers Chiang Mai. Nous déjeunons de spécialités locales avant de
fureter sur le marché, à l’affût de beaux clichés. Fabrizio se lasse vite
devant les refus qu’il essuie et décide de rejoindre sa destination. Je
continue ma promenade dans les environs, photographiant les couleurs des
poudres, des vêtements, des fruits et légumes, des boissons, des ustensiles
ménagers.


Chacun ici porte le costume traditionnel. Parfois, il est fait de
velours aux couleurs vives : violet, bleu roy, bleu nuit, rose vif, vert
pomme, prune, vert citron... C’est alors souvent un pantalon ressemblant à un
sarouel, porté par les hommes comme par les femmes. Celles-ci ont également une
longue tunique, aux bordures oranges et aux manches longues et amples, par-dessus
et de couleur différente. Parfois, toute la tenue est faite de coton :
longue jupe rayé ou aux imprimés de couleurs vives, corsage coloré ou du même
imprimé. Même les coiffes sont typiques de la région : turban, serre-tête
ou serviette ajoute encore à toute cette couleur. Pour parfaire le tout, tous
portent un sac brodé en bandouillère. Je croise une femme à la tenue moins
voyante mais tout aussi belle, une longue jupe indigo surmontée d’un tablier et
un corsage de la même couleur fabriqués dans un tissu traditionnel. Elle porte
son bébé dans un joli porte-bébé brodé et s’abrite du soleil sous un large
parapluie noir.


Un minibus climatisé attend d’autres passagers pour partir. Je
m’installe et nous voilà en route pour Chiang Mai (250 baths), à travers un
paysage de forêts tropicales et de villages aux maisons en bois de teck.
Parvenue à destination en
milieu d’après-midi, je rejoins le centre en utilisant un songthaew rouge que
je négocie à 30 baths. Il me dépose près des remparts en briques rouges et de la Porte de Tha Phae Road, d’où
je rejoins la minicost guesthouse (650 baths), confortable et agréable malgré
sa modernité. Chiang Mai fut fondée en 1292 par Mengrai, prince thaï-laotien de Chiang Rai qui s'empara de l'ancien empire de Haripunchai pour instaurer le royaume du Lan Na. Pendant son règne, il y fit édifier des palais royaux et des temples bouddhiques. La ville fut gouvernée par la Birmanie de 1556 à 1774, avant d'être intégrée, comme le royaume du Lan Na, à celui de Bangkok. La région resta cependant un Etat semi-autonome jusqu'en 1939. L'architecture de la ville est donc à la fois constituée d'éléments birmans et thaïs, ce qui la rend particulièrement originale et attractive.


Je décide de suivre un des circuits du National Geographic, à la
découverte de l’architecture de la ville : temples birmans finement
ouvragés, reconnaissables à leur chedi (stûpa) doré ; bâtiments en teck ;
maisons aux esprits richement décorées ; statuettes précieuses ;
moines assis en position de méditation, dorés à l’or fin... Je passe un long moment dans le temple que je trouve le plus beau, le Wat Chedi Luang, datant de 1401. En son centre, un grand chedi de pierre impressionne par son élégance. Sa partie haute est un peu détruite, ce qui lui ajoute un charme intemporel. A sa base, les rampes des escaliers sont ornées d'effrayants nâgas aux dents accérées. Cet animal fabuleux fait partie du panthéon hindouïste. Il a un corps de serpent et possède souvent plusieurs têtes. C'est un habitant du monde souterrain, gardien des trésors de la Terre. Son ennemi est l'aigle géant Garuda, que j'ai photographié à plusieurs reprises en Indonésie.
En réalité, tous deux sont des incarnations du dieu Vishnou. Le nâga est responsable à la fois de la fertilité du sol et de la fécondité des femmes.

Autour du chedi s'étendent plusieurs beaux bâtiments. Certains sont des sanctuaires en l'honneur de moines particulièrement honorables, d'autres renferment d'impressionnantes statues : grand Bouddha couché, Bouddhas assis prenant la terre à témoin, imposant Bouddha de la prospérité bedonnant. Tous ont en commun d'être faits d'éléments en bois de teck finement ciselés. 

Heureusement pour moi, je trouve un charmant petit restaurant et je dîne tôt. Alors que je m'apprête à ressortir pour assister à un concert d'instruments traditionnels dans un des temples que j'ai visité, un violent orage éclate et durera pratiquement toute la nuit.

Le lendemain matin, je finis le circuit de la veille par la visite de plusieurs temples birmans et chinois, ainsi que du marché animé Warorot : orchidées, offrandes variées, étals de poissons et fruits de mer, fruits et légumes, vêtements, sandales customisées et colorées, oeufs de toutes tailles et couleurs, plats exotiques, offrandes en carton ou papier pour les tombes, conserves, compositions florales... Je ne me lasse toujours pas de l'ambiance des marchés traditionnels... Le dernier temple que je visite est pour le moins étonnant. Ganesh, Bouddha, nagâs et autres monstres s'y côtoient, et ont accueilli parmi eux un Donald dégustant une soupe de nouilles ! Alors que je retourne à mon hôtel récupérer mon sac à dos, je croise un défilé animé d'étudiants déguisés. Je m'attarde un moment mais pas trop : j'ai hâte de retourner... à Mae Sot pour la crémation !

Stéphanie LANGLET sur Google+