The "westernmost point".

Je me dirige vers le marché pour prendre un minibus pour le Moei market, le marché frontalier à quelques kilomètres de la ville. Comme je ne trouve pas l'arrêt, je m'adresse à une boutique. Un des clients me propose de m'y emmener dans son véhicule. Il s'agit d'un policier de patrouille de Bangkok, qui fait gentiment l'aller retour pour m'y conduire. En face de moi, le long pont de l'Amitié mène à la Birmanie voisine. Je longe le grillage et me retrouve face à la rivière Moei, le "point le plus à l'Ouest". La Birmanie étant juste de l'autre côté de la Moei, des militaires et des policiers patrouillent aux abords du marché, le coin étant malheureusement aussi réputé pour ses commerces illégaux et son trafic de drogue. Je me promène dans la partie couverte, mais les appareils électroniques, les bijoux de pacotille et les étals chargés de biens de consommation modernes me font oublier l'attrait des pierres précieuses, des bois sculptés et des habits traditionnels. Rien ne m'attire dans cette partie, tant j'ai le sentiment que tout est contrefait et rongé par la modernité galopante.

Un peu plus loin, j'arrive à la partie traditionnelle du marché. Les étals y sont le plus souvent installés à même le sol en terre. Les marches sont remplacées par de gros sacs plastique remplis de sable. Les échoppes sont constituées de tout ce que leur propriétaire a pu récupérer : plastique, ferraille, bois, tissu. Ici, c'est le système D qui prédomine.

Des étals de magnifiques orchidées côtoient ceux de poissons séchés, d'objets de récupération, de vêtements usagés... Dans ce lieu, les sourires illuminent les visages fardés, les éclats de rire fusent, les vêtements sont colorés, les Birmans se regardent, se parlent, chahutent, me saluent; tout le contraire de la partie moderne...

Je m'imprègne de l'atmosphère, mais je ne peux la quitter des yeux, l'inaccessible... Elle semble si belle avec ses hautes montagnes, ses pagodes, sa végétation luxuriante et ses maisons traditionnelles. Seule la rivière nous sépare et je décide de la longer au-delà du marché. Je l'observe, j'essaie de deviner ses secrets. J'envie ses habitants qui en viennent ou y retournent, sur une barque ou un simple pneu, échangeant les marchandises d'une frontière à l'autre. Il parait que le pont est parfois fermé; mais comment la frontière pourrait-elle être hermétique quand il suffit d'un simple pneu... Je longe des bungalows sur pilotis, murs de bois et toits de feuilles mortes. Le temps ici semble s'être arrêté. Des enfants jouent aux grands avec les filets de pêche, d'autres se baignent. Qu'il est bon de flâner !

Je rebrousse chemin, retraversant le marché coloré et la longeant de l'autre côté. Elle est envoûtante, et je ne la quitte des yeux que pour saluer et admirer les beaux visages que je croise. Des bandes d'adolescents se promènent tranquillement, abrités de parapluies colorés. Ils sont surpris de me voir là, me demandent où je vais. Quelques habitations constituent une sorte de bidonville, où les habitants sont étonnés et heureux de me voir. Le chemin s'arrête, il est temps de rentrer.
Au retour, je m'aperçois que le bidonville est en fait un camp de réfugiés birmans, "temporaire" comme les Thaïlandais se plaisent à dire... Aucun des policiers ou militaires n'a sourcillé en me voyant en revenir, tout comme ils étaient restés impassibles en me voyant m'aventurer au bord de la rivière. Ici, point de barbelés ou de barreaux de prison. Ici...
Je grimpe dans un songtaew, une de ces camionnettes-taxis collectifs. Un enfant et son papa m'emboîtent le pas. Tous les occupants semblent sous leur charme, ils sont d'une beauté et d'une douceur à couper le souffle. Je n'ose photographier que le garçon, radieux qu'on le trouve si beau.

Stéphanie LANGLET sur Google+