Les marchés des minorités.

Sapa et Bac Ha ont plutôt rimé pour moi avec "marchés" qu'avec randonnées... J'avais choisi cette période de voyage pour découvrir les rizières en terrasses au moment de leur dégradé de couleurs. Bien que Sapa soit réputé pour être un endroit très touristique, j'avais prévu de me balader au gré des villages de minorités éparpillés tout autour. L'après-midi de mon arrivée, je me suis installée dans une guesthouse tout près du marché avec vue sur le mont Fan Si Pan. Heureuse idée puisque le lendemain, la pluie est tombée presque toute la journée et je pouvais aller et venir à mon gré de ma chambre au marché animé surtout par les hmongs noirs et les zaos. L'ambiance y est plus tranquille le matin, les femmes y faisant leurs achats. L'après-midi, les infatigables hmongs noirs marchent aux côtés des touristes, espérant leur vendre des bijoux et tissus artisanaux. Certaines réclament même de l'argent pour avoir simplement marché à vos côtés... J'ai néanmoins fait la jolie rencontre de deux hmongs noirs "montées sur ressort". Elles prétendaient rentrer à pied vers leur village à de nombreux kilomètres de là. Voyant que je les questionnais sur la procession en musique que nous venions de croiser, elles m'ont emmenée au cimetière, où un enterrement se terminait. Un jeune couple zao, vêtu de blanc, la femme ayant la tête recouverte d'une dentelle, venait de perdre leur enfant. Voyant qu'ils ne pleuraient pas, les deux femmes m'ont expliqué que les funérailles hmongs sont très différentes. La famille ne cache pas son chagrin et tout le monde pleure beaucoup. Les lamentations et trois coups de fusil sont également la façon dont est annoncé un décès dans un village. La cérémonie est très traditionnelle. Les hmongs pratiquent en effet l'animisme et le chamanisme. Comme dans certaines cultures que j'ai pu découvrir, on sacrifie des animaux qu'on offre au défunt comme nourriture spirituelle et pour qu'il puisse s'en servir dans le monde des esprits. Les hmongs croient en la réincarnation. Mes deux acolytes étaient aussi curieuses que moi de découvrir cette tradition zao mais je les sentais en même temps assez pressées de partir. Chez les hmongs, ne participent en effet aux funérailles que les gens qui connaissaient le défunt. Pourtant, à peine éloignées du lieu de l'inhumation, elles reprenaient leurs sauts de cabri à grand renfort de rire! De vraies petites boules d'énergie et de bonne humeur...

Peu de temps après, c'est avec une jeune femme de la minorité zao rouge que j'ai discuté longuement. Elle m'a expliqué comment porter la tenue traditionnelle (un long tablier robe ouvert sur les côtés au-dessus d'un pantalon noir ou bleu foncé, une ceinture large et très travaillée, des bijoux en argent et un turban), la façon dont elles s'épilent la peau et les cheveux, comment elles gagnent leur vie sur les marchés pendant que leurs enfants doivent rester seuls à la maison. Tout en me parlant, elle continuait à broder pour ne pas perdre une seconde de ce temps si précieux...


Les photos : https://skydrive.live.com/?cid=4391f06a356f4ffc&sc=photos#cid=4391F06A356F4FFC&id=4391F06A356F4FFC%2114555&sc=photos

Stéphanie LANGLET sur Google+

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