Le Râmâyana : la crémation du roi des râksasa

Râvana, le râksasa aux 10 têtes et 20 bras

Râvana, le râksasa aux 10 têtes et 20 bras

Après un long combat de plusieurs jours et plusieurs nuits entre singes, héros et démons, Râma livre un ultime combat avec Râvana et le tue à l'aide d'une arme magique offerte par Brahmâ. Bien que le frère cadet du défunt ne veuille pas l'honorer lors d'une cérémonie, Râma réussit à le convaincre d'oublier sa haine à son encontre et à procéder à une crémation en sa compagnie.

"Vibhîsana, l'Indra des râksasa, entra dans la ville de Lânka pour y faire apprêter sans tarder l'agnihotra (rite solennel que tout brâhmane doit offrir pendant toute sa vie au lever du soleil et à l'apparition de la première étoile. C'est une oblation de lait à Agni - le Feu - : on chauffe du lait dont on lui offre deux cuillères, puis l'officiant boit le reste) pour Râvana. Chars, combustibles, prêtres sacrifiants, bois de santal, bûches de toute espèce, bois d'aloès embaumant, suaves parfums, joyaux, perles, coraux furent apportés sur l'ordre du râksasa, qui arriva au moment prescrit entouré de ses sujets. Alors, en compagnie de Mâlyavân, il procéda à la cérémonie.

Les brâhmanes, le visage plein de larmes, placèrent sur une divine litière d'or Râvana, le maître des râksasa, revêtu d'une tunique de lin, tandis que retentissaient divers instruments de musique et des chants qui célèbraient le souverain. Puis ils levèrent la litière décorée de merveilleuses bannières et de fleurs, et se mirent en marche derrière Vibhisana. Tous se tournèrent vers le sud (direction du royaume de Yama, le dieu de la Mort) et saisirent des morceaux de bois qu'ils se partagèrent. Les feux furent allumés sous la conduite de l'adhvaryu (le préposé aux actes qui prononce la prière sacrificielle et qui accomplit les étapes manuelles du sacrifice : il entretient les feux, apprête l'autel, manipule les ustensiles et cuit les oblations). Marchaient en tête du cortège tous ceux qui étaient venus demander protection, puis suivaient en se hâtant toutes les femmes qui sanglotaient et tressaillaient sans cesse.

Après avoir placé Râvana à l'endroit préparé, dans une atmosphère de profonde tristesse, on éleva le bûcher funéraire avec du santal et des bois odorants de padmaka et de vétiver, suivant les prescriptions du Veda, et on le recouvrit d'une peau de daim. En l'honneur de l'Indra des râksasa, on fit une offrande exceptionnelle aux ancêtres, on dressa l'autel en l'orientant vers le sud-est, et le feu à l'endroit prescrit. On versa sur l'épaule du mort une petite cuillère pleine d'un mélange de lait et de beurre fondu. A ses pieds, on plaça un chariot et sur ses cuisses un mortier. Les prêtres installèrent tous les récipients de bois, les deux pièces allume-feu placées dessus et dessous, ainsi qu'un pilon à l'emplacement prévu (le pilon et le mortier sont le matériel d'un sacrifiant). Puis, selon le rite prescrit par les Traités et les consignes des grands rsi, ils immolèrent la vache du sacrifice en l'honneur de l'Indra des râksasa. Ils en déposèrent les membres enduits de beurre fondu. Le coeur en peine, les compagnons de Vibhîsana parèrent Râvana de parfums et de guirlandes, et le couvrirent aussi de vêtements divers et de graines rôties; leurs visages étaient baignés de larmes. Vibhîsana mit alors le feu au bûcher, selon le rite, après avoir lavé avec un linge humide des graines de sésame mêlées d'herbes darbha qu'il offrit, mélangées à de l'eau, selon les prescriptions rituelles."

Extrait du Râmâyana de Vâlmîki, Bibliothèque de La Pléiade.

Je n'ai malheureusement pas eu l'occasion d'assister à une crémation en Inde ou à Bali (cultures hindouïstes). Lors des ablutions des divinités (par exemple celles du taureau Nandi auxquelles j'ai assistées au Tamil Nadu), le lait et le beurre  clarifié (ghee) occupent encore une place très importante dans le rituel puisque c'est ce qui sert aux ablutions. Agni, le Feu sacrificiel, a toujours un rôle fondamental, que ce soit dans les rituels d'offrande aux divinités ou les ablutions en Inde, les mariages et les funérailles au Cambodge (dans ce pays, un officiant est chargé d'entretenir le feu contenu dans un pot doré). Lors des crémations auxquelles j'ai assistées (Thaïlande, Cambodge), le défunt était placé dans un cercueil. En Thaïlande, seul le corps a été brûlé (au Cambodge, j'ai dû partir avant). Mais j'ai vu une procession en Inde (Kerala) où le défunt reposait simplement sur un char décoré. Lors des offrandes offertes par les Bouddhistes tibétains au Gansu et au Qinghaï, j'ai pu constater le même type de rituel que dans le Râmâyana : le pélerin verse du lait et des graines rôties dans le feu, qu'il entretient en lui offrant également de grandes branches odorantes. Au pays toraja sur l'île indonésienne de Sulawesi (mélange de culture animiste et chrétienne), on sacrifie les buffles et les porcs lors des funérailles.

Stéphanie LANGLET sur Google+

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