Le Râmâyana : la révélation de Brahmâ à Râma

Voici la suite de mon article précédent...

La Trimurti : Brahma, Vishnu, Shiva

La Trimurti : Brahma, Vishnu, Shiva

"Cependant le pieux Râma, abattu, entendait les cris de la foule; il réfléchit un instant et ses yeux se remplirent de larmes. Le roi Vaisranava et Yama avec les mânes, le maître des dieux qui a mille yeux (Indra), ainsi que Varuna, le seigneur des eaux, et le bienheureux Mahâdeva aux trois yeux qui a pour emblème le taureau (Shiva), et Brahmâ le créateur de l'univers, le meilleur des initiés au Veda, se rassemblèrent tous dans leurs chars aériens pareils au soleil pour accourir à Lankâ et rencontrer Râghava. Alors, levant leurs longs bras chargés de bijoux, les meilleurs des dieux s'adressèrent à Râghava qui se tenait debout, les mains pieusement portées au front. Le créateur de tout l'univers, le plus éminent de tous les détenteurs du savoir, le Tout-Puissant lui dit : "Comment peux-tu supporter de voir Sîtâ qui se jette dans le feu ? Comment ne comprends-tu pas que tu es le premier du groupe des dieux ? Tu as été jadis le Vasu Rtadhâman ("le séjour de la vérité", Vishnou), et le dieu qui a présidé à la création des Vasu, tu es le premier créateur des Trois Mondes, qui ne tires ta puissance que de toi-même. Tu es le huitième des Rudra et le cinquième des sâdhya. Les Asvin sont tes oreilles, le soleil et la lune tes yeux. Tu apparais à la fin, au commencement et au milieu de la création, fléau de tes ennemis, et tu soupçonnes Vaidehî comme un homme du commun !"

Ainsi apostrophé par les protecteurs des mondes, Râma le maître des mondes, le plus solide rempart du dharma, répondit aux mailleurs des dieux : "Je pense que je suis un homme, Râma, le fils de Dasaratha. Qui je suis et d'où je viens, dis-le moi, bienheureux Créateur !"

Ainsi répondit Kâkutstha. Brahmâ, le meilleur des initiés au Veda, lui dit : "Ecoute cette parole de vérité, véritable héros : tu es le dieu Nârâyana, le superbe seigneur armé du disque; tu es le sanglier à une seule défense (un des avatars de Vishnou), le vainqueur de tes ennemis passés et futurs, tu es l'Eternel, l'Absolu, la Vérité au milieu et à la fin des temps, Râghava. Tu es le suprême dharma des mondes, Visvaksena aux quatre bras. Tu es l'archer armé de l'arc Sârnga, tu es Hrsikesa, tu es l'Homme, le Purusottama, tu es l'Invaincu, tu es Vishnu le porteur de glaive, tu es Krishna, tu es Brhadbala. Tu es le chef des armées, tu es le chef suprême, tu es le Tout, tu es l'Intelligence, l'Endurance, la Maîtrise de soi. Tu es l'Origine et aussi la Fin, tu es Upendra, Madhusûdana. Tu es Mahendra le créateur d'Indra, tu es Padmanâbha qui met fin aux combats. Les grands rsi divins te proclament l'Asile et le Protecteur. Tu es le dieu aux mille cornes, l'âme des Veda, le dieu aux cent têtes, le grand Taureau. Tu es vraiment la première origine des Trois Mondes, tu es la source de ta puissance. Tu es l'appui des siddha et des sâdhya, et leur aîné. Tu es le Sacrifice, tu t'incarnes dans l'exclamation "vasat", dans la syllabe "om". Tu es l'Absolu, ton origine, non plus que ta fin, on ne les connaît pas; qui es-tu ? se demande-t-on. Tu apparais dans tous les êtres, dans les vaches, dans les brâhmanes, dans toutes les régions, dans le ciel, dans les montagnes et les rivières. Tu es le dieu aux mille pieds, le Fortuné aux cent têtes, aux mille yeux. Tu supportes les êtres, la terre, toutes les montagnes. A la fin de la terre, tu apparais comme un grand serpent au milieu de l'eau, Râma, portant les Trois Mondes, les dieux, les gandharva et les Dânava. Moi je suis ton coeur, Râma, et la déesse Sarasvati ta langue. Moi, Brahmâ, j'ai créé les dieux pour être les poils sur tes membres, seigneur. Quand tu fermes les yeux, on déclare que c'est la nuit, quand tu les ouvres, le jour. Tu as formé les Veda. Sans toi, le monde n'existe pas, l'univers entier est ton corps, ton enveloppe solide la surface de la terre. Agni est ta colère, Soma ta grâce, le Srivatasa ton emblème. C'est toi qui jadis parcourus les Trois Mondes en trois pas (son avatar nain). C'est toi qui as fait du grand Indra le roi, après avoir triomphé du très cruel Bali. Sîtâ est Lakshmî, et toi, Vishnu-Krishna, Prajâpati (le Créateur). Dans le dessein de tuer Râvana, tu as revêtu en ce monde un corps humain et tu viens d'accomplir la mission que nous t'avions confiée, toi le meilleur des piliers de la vertu. Râvana est mort, Râma; tu peux monter joyeux au ciel, ta vaillance n'a pas été vaine, ô dieu. Tes exploits ne sont pas inutiles, te voir n'est pas vain, Râma, faire ton éloge non plus. Les hommes qui te seront dévoués sur la terre ne le seront pas en vain. Tes fidèles, à toi le dieu éternel, l'Etre suprême de toute éternité, verront leurs voeux réalisés dans ce monde et dans l'autre. Cet hymne divin, antique, que la tradition nous a transmis par les rsi, les hommes qui le chanteront ne connaîtront pas la défaite."

Extrait du Râmâyana de Vâlmîki, Bibliothèque de La Pléiade.

Stéphanie LANGLET sur Google+

Râmâyana

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