Le Râmâyana : le sort réservé à Sîtâ...

Pendant que Brahmâ révèle sa véritable nature à Râma, Sîtâ est toujours dans le feu...

"Quand il entendit ce beau discours de l'Aïeul, le Feu s'élança, serrant Vaidehî sur son sein. Le Porteur d'oblations dispersa le bûcher et s'incarna promptement pour se mettre debout, tenant contre lui Vaidehî, la fille de Janaka. Pareille au soleil de l'aurore, parée d'or fin et vêtue de rouge, la jeune femme aux noirs cheveux bouclés, chargée de fraîches guirlandes, l'irréprochable Vaidehî ainsi parée fut remise à Râma par le Feu qui la serrait contre lui. Et Pâvaka, le témoin de l'univers, dit alors à Râma : "Voici ta Vaidehî, Râma; elle n'a point péché, ni en paroles, ni dans son coeur, ni en pensée, ni par ses regards. La vertueuse et belle jeune femme n'a pas été indigne de tes nobles sentiments. Enlevée par Râvana, ce râksasa égaré par sa force, alors qu'elle était seule, cette malheureuse s'est trouvée privée de toi malgré elle. Séquestrée et gardée dans les appartements des femmes, elle t'est restée entièrement dévouée; et tandis que d'horribles râksasî aux desseins effroyables la surveillaient, que le râksasa tentait de la séduire ou la menaçait par toutes sortes de moyens, Maithilî ne s'est jamais préoccupée de lui et t'a gardé son coeur. Reprends, je te l'ordonne, la princesse de Mithilâ : elle est parfaitement pure, sans péché, et ne mérite aucun reproche."

Ces paroles réjouirent Râma, le plus éloquent des hommes. Il réfléchit un instant, lui qui avait le coeur pétri de dharma, et ses yeux brillaient de joie. Entendant cet ordre, le courageux et vaillant Râma aux longs bras, le meilleur des piliers du dharma, répondit au meilleur des dieux : "Il fallait absolument soumettre Sitâ à l'ordalie devant les Trois Mondes, car cette belle femme a longtemps habité le gynécée de Râvana. "Malheur ! Râma, le fils de Dasaratha est égaré par son amour !" Voilà ce qu'eussent dit les gens si je n'avais rituellement disculpé Janakî. Que Sitâ, la princesse de Mithilâ, la fille de Jânaka, n'eût point donné place dans son coeur à un autre, qu'elle eût gardé pour moi ses sentiments, cela moi aussi je le savais. Du reste, cette femme aux grands yeux à laquelle son énergie servait de rempart, Râvana ne pouvait la violer, tout comme l'océan ne peut forcer son rivage, et, bien que son esprit fût très pervers, il était incapable d'outrager, même par la pensée, l'inaccessible Maithilî qui est pareille à la flamme d'un brasier ardent. Cette femme, Sitâ qui n'appartient qu'à moi, ne pouvait faillir, même à l'intérieur du gynécée de Râvana, pas plus que ne le peut l'éclat du soleil. Maintenant qu'elle est parfaitement pure aux yeux des Trois Mondes, je ne saurais abandonner Maithilî, la fille de Janaka, non plus qu'un héros sa gloire. Je dois nécessairement me soumettre à votre conseil, à vous tous, les bienveillants protecteurs des Trois Mondes aux recommandations salutaires."

Stéphanie LANGLET sur Google+

Râmâyana