Le Râmâyana : les retrouvailles de Râma et Sîtâ...


Après avoir triomphé des râksasas, Râma demande à leur nouveau roi, Vibhisana, de faire venir Sîtâ...

"Tandis que Râma regardait la modeste Maithili (Sîtâ) debout à ses côtés, il entreprit d'exprimer les sentiments qui agitaient son coeur : "Te voici reconquise, ma chère et belle épouse. J'ai vaincu mon ennemi sur le champ de bataille. Ce que me dictait mon courage, je l'ai réalisé. Ma colère est tombée, l'outrage est lavé. D'un même coup j'ai abattu le déshonneur et l'ennemi. Désormais j'ai prouvé ma vaillance, désormais mes efforts ont porté leurs fruits, désormais j'ai tenu ma promesse, désormais je suis libre ! Ce râksasa frivole t'a séparée de moi en t'enlevant : le destin avait tramé ce forfait que j'ai lavé, moi, un homme ! Celui qui subit un affront et ne le venge pas avec énergie, à quoi lui sert sa vaillance même si elle est immense, à ce lâche ? Le franchissement de l'océan, l'anéantissement de Lankâ, les glorieux exploits d'Hanuman reçoivent aujourd'hui leurs fruits. Aujourd'hui les efforts de Sugriva, vaillant au combat, sage dans ses conseils, ainsi que ceux de son armée reçoivent leurs fruits, tout comme les efforts de Vibhîsana qui a quitté son frère dépourvu de toute vertu pour prendre place de lui-même dans mon camp."

Sîtâ écoutait le discours que prononçait Râma, et ses yeux agrandis, pareils à ceux d'une gazelle, se remplirent de larmes. Le roi Râma, qui voyait cette femme tant aimée mais redoutait la rumeur publique, sentit son coeur se partager. A l'adresse de Sîtâ aux belles hanches, dont les yeux ressemblaient à des feuilles de lotus, dont la chevelure était noire et bouclée, il ajouta, en présence des singes et des râksasas : "Ce que doit faire un homme pour laver un outrage, je l'ai fait en tuant Râvana, car je suis soucieux de ma dignité. Je t'ai reconquise comme l'a fait le pieux et saint Agastya pour la région du Sud par son ascétisme, alors qu'elle était interdite au monde des vivants. Mais je veux que l'on sache - le Ciel te protège ! - que cette expédition guerrière réussie grâce à la vaillance de mes amis n'a pas été entreprise pour toi ! J'ai voulu éviter le blâme qui nous guettait et laver l'humiliation de mon illustre famille. Il plane un doute sur ta conduite, et tu te tiens en face de moi ! Te voir m'offusque, comme la lumière blesse un oeil malade ! Va donc où bon te semblera; je te congédie, fille de Janaka ! Voici les dix régions, ma belle, je n'ai plus rien à faire avec toi !

"Quel homme issu d'une noble lignée reprendrait une femme qui a séjourné dans la maison d'un autre, même s'il a le coeur plein de passion pour elle ? Tu as été souillée par les embrassements de Râvana, tu as été l'objet de ses regards lascifs; comment pourrais-je te reprendre, moi qui descends d'une illustre famille ? J'ai atteint le but pour lequel je t'ai reconquise; je n'ai plus d'amour pour toi, va où bon te semblera. Ce que je te dis là, ma belle, j'y ai mûrement réfléchi. Tu peux fixer ton choix sur Laksmana ou sur Bharata, sur Satrughna, sur Sugriva ou sur le râksasa Vibhisana; tourne-toi où bon te semble, Sîtâ. Car à la vue de ta céleste beauté, charmante Sîtâ, Râvana ne peut t'avoir épargnée longtemps lorsque tu résidais dans sa maison." (...)"

Extrait du Râmâyana de Vâlmîki, Bibliothèque de La Pléiade.

Stéphanie LANGLET sur Google+

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