Le Râmâyana : l'ordalie de Sîtâ

Après avoir écouté le discours de Râma, Sîtâ, en pleurs et agitée par l'incompréhension, lui jure qu'elle est restée fidèle et pure. Elle prend ensuite une décision lourde de conséquences...

"Après avoir ainsi répondu à Râma d'une voix entrecoupée de sanglots, Sîtâ s'adressa à Laksmana, qui était désolé et plongé dans le plus grand désarroi : "Dresse-moi un bûcher funéraire, Saumitri, c'est le remède à mon malheur; blessée par ce blâme mensonger, je ne supporte plus de vivre. Puisque je suis répudiée publiquement par mon mari qui n'apprécie pas mes qualités, la seule voie qui me convienne, c'est le feu; je vais y entrer."

"A cette requête de Vaidehî, Laksmana, le meurtrier des guerriers ennemis, rempli d'indignation, tourna les yeux vers Râghava (le roi, Râma) mais, comprenant son dessein à l'expression de son visage, le vaillant Saumitri dressa le bûcher selon le voeu de Râma. A cet instant Râma ressemblait à Yama, le Temps destructeur, et aucun de ses amis n'osait le supplier, lui parler ou même le regarder.

Vaidehi, alors, salua Râma qui se tenait debout tête baissée, en décrivant un cercle par la droite autour de lui; elle s'approcha du bûcher embrasé. Elle s'inclina humblement devant les dieux et les brâhmanes, puis, les mains jointes à hauteur du front, s'exprima ainsi depuis le bord du feu : "De même que jamais mon coeur ne s'est détaché de Râghava, que, de même, le Feu, le témoin de l'univers, m'accorde son entière protection. De même que j'ai eu une conduite irréprochable, à l'encontre des soupçons de Râghava, que, de même, le Feu, le témoin de l'univers, m'accorde son entière protection !"

Sur ces mots, Vaidehi fit le tour du brasier et pénétra dans le feu d'un coeur impavide. Une foule immense s'était massée là, avec des enfants et des vieillards en grand nombre, pour regarder l'ardente Maithilî entrer dans le brasier. Pareille à de l'or fraîchement affiné, parée d'or fin, elle se précipita dans le foyer embrasé sous les yeux de tout le peuple. Tous les êtres contemplaient Sitâ aux grands yeux tandis qu'elle entrait dans le feu, pareille à un autel d'or. Rsi (sages voyants), dieux et gandharva (musiciens et chanteurs célestes) considéraient cette femme illustre qui entrait dans le feu comme, durant un sacrifice, l'offrande complète. Toutes les femmes poussèrent des cris en la voyant tomber dans le brasier, comme une offrande de beurre clarifié (ghee encore utilisé aujourd'hui), consacré par des formules rituelles au cours d'un sacrifice. Aux dieux, ghandarva et Dânava des Trois Mondes, elle apparut comme une déesse frappée d'une malédiction et précipitée du ciel d'Indra dans l'enfer. Pendant qu'elle s'avançait dans le feu s'élevait une intense et prodigieuse clameur des singes et des râksasa qui criaient au malheur."

Extrait du Râmâyana de Vâlmîki, Bibliothèque de La Pléiade.

Stéphanie LANGLET sur Google+

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