Funérailles intimes.

Alors que je m'apprête à aller prendre mon petit déjeuner, je rencontre une famille toraja. Ils occupent plusieurs chambres de la guesthouse et me questionnent sur mes projets de visite et la durée de mon séjour. Comme je n'ai aucun plan déjà établi et que je resterai le temps que j'en aurai envie, ma vision du voyage les séduit d'emblée. Un des jeunes se penche pour chuchoter à l'oreille de l'homme qui m'a abordée. Celui-ci se met à présenter la famille, il s'appelle Benjamin. Tous sont venus pour les funérailles de sa belle-mère. La cérémonie se déroulera au bout de la rue et le corps sera transporté dans la montagne. Si je le souhaite, je peux les rejoindre sous le chapiteau vers midi. Cela me laisse le temps d'aller dans la rue principale acheter la carte des randonnées de la région et quelques présents à offrir. La coutume veut que l'on offre des kreteks (cigarettes aux clous de girofle qui laissent un goût doux et parfumé sur les lèvres), du café, du thé, de la farine ou du sucre, lorsqu'on est invité à des funérailles. Alors que je demande le chemin du centre commercial, qui mériterait plus le nom de supérette, un jeune m'emmène sur son scooter et nous nous retrouvons à faire le tour de la ville à la recherche de ma carte. J'achète ensuite quelques présents au marché et dans les magasins. Lorsque je rejoins le chapiteau, la messe a débuté depuis un long moment. De nombreuses personnes sont présentes mais, étant la seule touriste, ma présence ne passe pas inaperçue et tout le monde est aux petits soins avec moi. La famille de Benjamin est catholique, et les chants toraja alternent avec les prêches. Les plus proches parents se lèvent afin que le prêtre les présente à l'assemblée, dans une bonne humeur communicative. Vient ensuite le moment de l'ultime photo, où tout le monde défile en petits groupes devant le cercueil. Un énorme buffle est soudain présenté aux convives. Nul doute qu'il fera partie des animaux sacrifiés en l'honneur de la disparue. Benjamin me rejoint. Il semble à la fois surpris et heureux que j'ai décidé de les rejoindre ici plutôt que de me rendre aux grandes funérailles qui se déroulent dans une autre ville. Toute la famille est désolée de ne pouvoir organiser une cérémonie fastueuse, par manque de temps. Benjamin doit en effet rentrer à Jakarta dès le lendemain, tout comme ces neveux et nièces, éparpillés dans toute l'Indonésie.

Plusieurs tables viennent d'être dressées. Chacun se sert, dans du papier qui sert de récipient, du riz accompagné de plats de viande divers. J'ai ainsi l'occasion de me régaler du fameux pa'piong, le plat local préparé généralement à l'occasion des funérailles, mijoté durant de longues heures dans une tige de bambou et fait de viande, de légumes et de noix de coco.

Le cercueil est ensuite porté par plusieurs hommes qui tiennent les bambous sur lesquels il repose. La famille porte la photo du défunt en tête de cortège et je suis invitée à les suivre par un tonitruant "let's go !" qui fait rire tout le monde. Nous stoppons à proximité de tongkonans pour une distribution d'eau à boire et je me retrouve aspergée. Le frère de Benjamin m'explique que c'est la tradition. Le cortège repart, les hommes poussant des cris. Parvenus à une intersection, ils tentent de désorienter l'âme de la défunte en agitant son cercueil dans toutes les directions. Nous commençons à gravir la montagne et la montée se fait de plus en plus rude et glissante. Au sommet, deux maisons servant de tombes attendent les défunts. Le cercueil est déposé dans l'une d'elles, à même le sol. La famille chante et prie puis les plus proches parents entrent dans la maison pour pleurer en poussant de grands cris : la défunte quitte définitivement le monde des vivants. A l'extérieur, les gens pleurent également. Le moment est particulièrement chargé en émotions. Quelques minutes plus tard, la dernière photo de famille est prise avant de refermer la maison et de redescendre pour une collation chez des amis.

J'ai pris très peu de photos, ayant eu envie de partager pleinement ce moment avec cette adorable famille.

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Stéphanie LANGLET sur Google+

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