La quiétude de la rive ouest de l'ancienne Thèbes.

Après un copieux petit-déjeuner arrosé de jus de karkadé frais, je décide de me promener dans les alentours. Je n'ai pas envie de me plonger dans l'agitation de l'autre rive pour le moment, la visite des temples peut bien attendre un peu. Le ciel est bien bleu, il ne fait pas trop chaud et j'en profite pour prendre quelques photos des abords de l'hôtel. 

 

 

Comme c'est vendredi, jour férié et de la prière, la rive ouest semble tourner au ralenti; à moins que la vie y soit toujours aussi douce...
Le gardien de l'hôtel me propose de partager sa shisha. J'échange quelques mots avec lui après avoir décliné son invitation, puis me dirige vers le Nil, à quelques mètres de là. La longue silhouette du temple de Louxor me fait face. Je pars à droite avec l'intention de suivre le Nil pour une courte promenade...
Je longe quelques jolies et riches villas puis me retrouve rapidement en pleine campagne. Plus loin sur ma droite, je peux apercevoir les montagnes thébaines et ne résiste pas à l'envie de tenter de m'en approcher. Derrière des habitations sommaires, je me retrouve dans un paysage champêtre : des oies, un affluent du Nil, des champs de canne à sucre, quelques palmiers et sycomores, et la montagne en toile de fond.

 

 

Très vite, je suis rejointe par une petite fille nubienne accompagnée d'un adulte. Nous discutons un moment et il m'explique à quel point la vie est difficile pour son peuple ici. Lors de la construction du barrage du Lac Nasser, la communauté internationale s'est profondément émue du sort des monuments qui allaient être enselis sous les eaux. Certains, comme les magnifiques temples d'Abou Simbel, ont pu être déplacés et ainsi sauvés; mais on oublie souvent l'exode des populations dont les villages ont disparu sous l'eau. Certains Nubiens se sont ainsi installés entre Assouan et Louxor, alors que d'autres créaient le village d'Abou Simbel. Leur situation est précaire, et certains Egyptiens supportent mal de les voir s'implanter sur leurs terres. Nous buvons un thé nubien, pendant que la maman prépare le repas et que la grand-mère me regarde avec un air bienveillant : elle semble apprécier cette visite impromptue et pose fièrement devant mon objectif..

 

 

Je remercie mes hôtes et reprend ma promenade. Tous les gens que je croise proposent de m'emmener au village nubien; mais s'il y en a un, je le trouverai bien toute seule... Alors que je prends une photo, un adolescent monté sur un âne m'interpelle violemment : sa maison est dans le cadre et je dois le rétribuer. Je lui rétorque que les paysages appartiennent à tout le monde et continue à photographier, espérant que son bâton et lui vont s'éloigner. Il insiste mais je ne me laisse pas impressionner. Il finit par abandonner : il sait trop bien qu'il se fera sévèrement réprimander si un adulte le surprend.
Plus loin, c'est une fillette qui me propose son âne et m'accompagne une bonne partie du chemin, m'expliquant en anglais ce que nous pouvons voir "sugar cane, ibis...". Arrivée à un hameau, je pars dans une autre direction, malgré son insistance de me mener au village nubien.

 


La terre est la principale composante du paysage : pas de route mais un sentier, de vieilles maisons en briques brutes ou peintes, de hauts fours traditionnels, des étables, des champs labourés, le tout sous un couvert de hauts palmiers et occupé principalement par des animaux. A cette heure, la plupart des Egyptiens font la sieste. 

 



Me voilà plongée dans ce Moyen-Orient, paysage de conte des mille et une nuits. Je croise le chemin de trois enfants, intrigués comme en Chine par ma boussole. Je leur montre son utilisation, avant de leur offrir un gâteau. Je ne suis pas sûre qu'ils mangent tous les jours à leur fin... 

 

Après avoir pris le temps d'échanger quelques mots avec les rares personnes que je croise et m'être repue de la tranquillité de la campagne, j'arrive dans la rue principale d'un village, dont j'apprendrai plus tard qu'il s'agit de Kornah (Gournah). Je ne sais pas où je suis, mais l'animation, au sortir de la mosquée, est plus importante ici. Quelques groupes de gamins marchent avec moi, tentant de me parler gentiment. Les habitations traditionnelles cotoient des maisons plus récentes, et j'admire les peintures de pélerinage à la Mecque. La tradition veut que les familles ayant fait le voyage, le représentent sur les murs extérieurs de leur maison.

Je traverse un pont pour tenter de voir un panneau avec le nom de la ville sur une grande route passante. Un jeune homme, Abdou, m'indique qu'il s'agit de la route en provenance de Qéna, vers Louxor. La géographie des lieux me donne le tournis et je préfère reprendre la même route qu'à l'aller, bien qu'Abdou m'en montre une autre et me recommande de prendre un taxi. Nous marchons un moment et je tente de reconnaître un endroit familier. Tout en discutant, il me fait faire le tour des maisons et champs de sa famille : moulins, ferme de "crocodiles du Nil" (en fait, de gros varans)... Nous buvons le thé chez une de ses cousines, dans une grande et belle maison étonnante pour un lieu aussi pauvre. Sa cousine m'explique qu'elle se marie bientôt, et m'invite à ses fiançailles le soir-même. Je décline poliment l'invitation, peu encline à me retrouver de nuit au milieu d'inconnus, dans un tel quartier...
Abdou m'indique où récupérer un taxi collectif et, devant mon refus acharné, propose de me donner de l'argent pour le payer ! J'ai beau lui expliquer que j'ai envie de marcher, il a du mal à comprendre les raisons qui me motivent.
Je retrouve facilement le chemin du retour, ponctué par la présence attendrissante de beaux enfants. Après une journée aussi relaxante, me voilà prête pour affronter demain la rive est !

Stéphanie LANGLET sur Google+