Tamil Nadu and Kerala, march 2010

  • Le Râmâyana, rencontre de la râksasî Sûrpanakhâ et du héros Râma

    Dans cet article http://haidaloup.wordpress.com/2010/04/24/la-legende-contee-par-le-kathakali/, j'avais raconté une scène du Râmâyana joué dans un spectacle de kathakali à Kochi en Inde du Sud. Lors de ma lecture de la fameuse épopée de Vâlmîki, j'ai bien sûr retrouvé cette rencontre entre la démone et le héros, dans une version quelque peu différente que je vous livre ici. Je trouve la description de la râksasî particulièrement ingénieuse puisque l'auteur lui oppose systématiquement celle de Râma ou Sita, pour souligner encore davantage son aspect repoussant. Bien que dans presque toutes les sources internet que j'ai parcourues  il est expliqué que Sûrpanakhâ a le pouvoir de se métamorphoser en belle jeune femme, cet aspect ne ressort pas clairement du texte original...

    "Avec son frère Laksmana, Râma conversait à bâtons rompus. Un jour qu'il se trouvait assis, l'esprit absorbé dans ces causeries, une râksasî s'aventura dans les parages : c'était Sûrpanakhâ, la soeur de Dasagriva ("qui a dix cous", Râvana, le roi des râksasa, celui qui enlèvera Sitâ, l'épouse de Râma). Elle s'approcha et vit Râma, pareil à l'un des Trente Dieux, le visage lumineux, les bras puissants, les yeux larges comme des pétales de lotus, les cheveux relevés en chignon. Bâti comme un éléphant, robuste et pourtant délicat, il portait tous les signes de la royauté. A la vue de Râma au teint sombre comme le lotus bleu, qui ressemblait à Kandarpa, à Indra lui-même, la râksasî devint folle d'amour. Il était beau, elle était laide, il avait la taille fine et bien prise, elle était ventrue, il avait de longs yeux et une chevelure de jais, elle avait des yeux difformes et une tignasse rousse. Il était gracieux et parlait d'une voix douce, elle était hideuse et poussait des glapissements sinistres, il était jeune et aimable, elle était vieille et repoussante, il était courtois, elle ne tenait que propos sournois, il était de moeurs strictes, elle était dissolue. Il était toute séduction, elle n'inspirait que répugnance. Cependant la passion envahit la râksasî qui s'adressa ainsi à Râma : "Tu portes le chignon et le vêtement des ascètes, mais une femme t'accompagne, tu es armé d'arcs et de flèches (tout ceci est anormal pour un ascète). Comment es-tu arrivé dans cette région hantée par les râksasa ? Pour quelle raison ? Réponds-moi, je t'en prie."

    Pressé de questions par Sûrpanakhâ, Râma, fléau de ses ennemis, entreprit de lui répondre avec sa franchise coutumière : "Il y avait un roi appelé Dasaratha, aussi vaillant qu'un des Trente Dieux. Je suis son fils aîné, mon nom est Râma, célèbre dans le monde. Voici Laksmana, mon frère cadet qui m'est dévoué. Voici aussi mon épouse Vaidehi, connue sous le nom de Sitâ. Je suis entré dans cette forêt pour obéir aux injonctions de ma mère et du roi mon père, par respect pour le dharma, moi dont le dharma est l'ultime visée. Mais j'aimerais en savoir davantage sur toi : de qui es-tu la fille, de qui l'épouse, quel est ton nom ? Tu es une râksasî charmante, me semble-t-il. Dis-moi donc la raison exacte de ta venue."

    Quand elle l'entendit, la râksasî, tourmentée par la passion, répondit : "Ecoute Râma ! Je vais te dire l'exacte vérité. Mon nom est Sûrpanakhâ. Je suis une râksasî et je change de forme à ma guise. Je rôde, solitaire, dans cette forêt, et partout je sème la terreur. Mon frère est Râvana, son renom est venu jusqu'à toi, c'est le vaillant fils de Visravas que tu connais aussi. J'ai d'autres frères, le puissant Kumbhakarna, toujours plongé dans le sommeil, et le vertueux Vibhisana qui refuse de se conduire en râksasa; et puis Khara ("âne") et Dûsana, célèbres pour leur vaillance au combat. Mais je l'emporte sur eux, Râma. Je te vois pour la première fois et je viens à toi comme à un époux, avec amour, toi le plus éminent des hommes. Mes pouvoirs sont immenses, je vais où bon me plaît. Sois mon époux, pour toujours ! Qu'as-tu à faire de Sitâ, cette femme difforme, hideuse, parfaitement indigne de toi ? Moi seule suis digne de toi, considère-moi comme ton épouse. Cette femme méprisable, difforme, monstrueuse, au ventre proéminent, je vais la dévorer et ton frère aussi. Viens donc, mon bien-aimé, m'accompagner dans la forêt Dandaka, viens contempler pics de montagnes et forêts variées !"

    A ces mots, Kâkutstha (Râma) éclata de rire. Et comme la râksasî le fixait de ses yeux farouches, Râma, maître en paroles, lui répondit.

    A Sûrpanakhâ prisonnière des rets de l'amour, Râma sourit et dit de sa voix douce : "Je suis déjà marié, ma belle, voici mon épouse, je l'aime ! Pour les femmes comme toi, la présence d'une rivale serait source de chagrin. Vois plutôt mon jeune frère, le glorieux et vaillant Laksmana : il est vertueux, il est beau, et il n'est pas marié. Il ne l'a jamais été et souhaite ardemment une épouse. Il est jeune et charmant : c'est l'époux qu'il te faut. Il est parfaitement assorti à ta beauté. Epouse mon frère, femme aux longs yeux et aux belles hanches, jouis de lui sans partage comme la lumière du soleil jouit du mont Meru !"

    A ces mots, la râksasî, égarée par la passion, se détourna aussitôt de Râma pour s'adresser à Laksmana : "Je serai une épouse digne de toi, de ta beauté, charmante comme je suis. Viens avec moi, nous goûterons le bonheur de nous promener dans la forêt Dandaka !"

    La proposition de Sûrpanakhâ fit sourire Saumitri (Laksmana). Avec son éloquence coutumière, il lui fit cette réponse adroite : "Veux-tu vraiment m'épouser, belle au teint de lotus, et devenir l'esclave d'un esclave ? Je suis entièrement soumis aux ordres de mon frère. Mon noble frère jouit d'un bonheur parfait. Deviens sa seconde épouse, belle aux longs yeux, et ton bonheur sera parfait ! Il délaissera vite cette femme indigne, cette créature difforme, hideuse, cette vieillarde à la taille épaisse, il n'aimera que toi. Quel homme sensé renoncerait à ta beauté si rare, dame au teint clair, aux belles hanches, pour aller s'amouracher d'une mortelle ?"

    Ces propos de Laksmana, la râksasî hideuse, au ventre saillant, les prit pour argent comptant, incapable qu'elle était de discerner la raillerie. Egarée par la passion, elle s'adressa à Râma l'invincible, le fléau de ses ennemis, qui était assis auprès de Sitâ dans sa hutte de feuillage : "C'est donc par attachement à cette femme indigne, cette créature difforme, hideuse, cette vieillarde à la taille épaisse, que tu fais si peu de cas de moi ! Je vais la dévorer sous tes yeux ! Ainsi débarrassée de ma rivale, je goûterai le bonheur de vivre avec toi !"

    A ces mots,la râksasî poussée par la rage se jeta, les yeux étincelants comme des brandons, sur Sitâ aux yeux de faon : elle ressemblait à une grande comète se jetant sur Rohini (une des épouses du dieu Lune). Au moment où, pareille au lacet de la Mort, elle s'abattait sur Sitâ, Râma l'arrêta net. Furieux, il dit à Laksmana : "Avec les êtres vils et cruels, la plaisanterie n'est pas de mise Saumitri. Vois, c'est une chance que Vaidehi soit encore en vie ! Cette misérable Râksasî, cette créature difforme, à la taille énorme, tout excitée, mutile-la donc, tigre des hommes !"

    La colère s'était emparée de Laksmana. Sous les yeux de Râma, il tira son épée et trancha les oreilles et le nez de la râksasî. Les oreilles et le nez coupés, la terrible Sûrpanakha poussa un cri et disparut dans la forêt. Ruisselante de sang, la râksasî effroyable et monstrueuse tonnait comme un nuage à la saison des pluies. Le sang qui coulait en abondance la rendait plus terrifiante encore. Elle leva les bras et s'enfonça en hurlant dans les grands bois. (...)"

    Extrait du chant III du Râmâyana de Vâlmîki, Bibliothèque de La Pléiade, Editions Gallimard, 1999. 


  • Le quartier du Fort à Bombay

    Bombay c'est aussi le quartier du Fort, ancienne ville coloniale britannique, parsemé de nombreux édifices coloniaux, notamment le beau bâtiment de la High Court et sa voisine, l'Université de Mumbai. [youtube=http://www.youtube.com/watch?v=y50g0204LWI&hl=fr_FR&fs=1&color1=0xcc2550&color2=0xe87a9f&border=1]
  • Malabar Hill à Bombay

    Après mon périple de 36 heures en train d'Ernakulam (Cochin) à Bombay, j'ai passé là-bas une première agréable journée à la découverte des lieux les plus représentatifs pour moi de la conservation des anciennes traditions indiennes. Dans le quartier chic de Malabar Hill, une colline au sud ouest de la ville, j'ai pu voir certains des anciens métiers, comme celui de préparateur d'épices. 

    J'ai ensuite passé un long moment dans l'atmosphère festive d'un magnifique temple jaïn. La communauté jaïne représente environ 0,4% des croyants en Inde. Cette religion, proche par certains aspects de l'hindouisme et du bouddhisme (notions de kharma, de réincarnation), en diffère notamment par un végétarisme très strict. Sont exclus de l'alimentation les racines (on pourrait tuer un animal pour l'obtenir), ail et oignons (réputés comme aphrodisiaques). Certains jaïns portent ainsi un foulard sur le nez et la bouche pour éviter d'aspirer et de tuer de petits insectes.

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    A proximité se trouvent plusieurs temples de diverses confessions (hindouistes, bouddhistes) et le réservoir sacré de Banganga (Ganga comme Gange et Ban comme flèche). Ce réservoir, entouré de vieilles maisons dans un quartier d'un autre temps, date de 1127. Selon la légende, le seigneur Rama, épuisé et assoiffé pendant la quête de son épouse Sita, s'arrêta à cet endroit et demanda à son frère Lakshmama de lui apporter de l'eau. Celui-ci planta une flèche dans le sol et le bassin se remplit de l'eau du Gange (d'où son nom). L'eau est réputée pour être toujours pure et claire malgré sa proximité avec la mer. Le bassin est en fait alimenté par une source. L'Indien qui m'accompagne m'explique qu'ici sont dispersées les cendres après les crémations, mais comme il ignore qu'un crématorium se situe à quelques mètres près de la mer et qu'il est de confession musulmane, je pense qu'il confond les deux endroits... Le bassin est néanmoins utilisé pour les ablutions quotidiennes des habitants du quartier.



    Le mausolée d'Haji Ali est un endroit très fréquenté à marée basse. On y trouve en effet le tombeau de ce saint, dont le corps aurait flotté jusqu'ici après sa mort sur le chemin vers la Mecque. C'est un des endroits les plus photogéniques et connus de Bombay, et visible de très loin.

    Plus à l'est, les blanchisseurs du dhobi ghat battent chaque jour des tonnes de linge dans 1026 lavoirs en plein air, et ce depuis 140 ans.

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  • L'occidentalisation à outrance, Kochi

    Cochin ne restera assurément pas le meilleur souvenir de mon voyage. A peine arrivée à la guesthouse recommandée par Biji à Allepey, je sens bien que tout n'est que business. Les touristes et Occidentaux installés ici élisent généralement domicile dans le tranquille quartier de Fort Kochi, qui serait très agréable si on n'avait pas le sentiment que le grand jeu des locaux est de tirer un maximum d'argent de nos forcément très attractives personnes...
    Les principales attractions ici sont les filets, ou carrelets, chinois, qui nécessitent plusieurs personnes pour les manoeuvrer. Malheureusement là encore, c'est le touriste qui en est devenu la proie et non plus les poissons...
    [youtube=http://www.youtube.com/watch?v=HGms1F7bVvM&hl=fr_FR&fs=1&color1=0xcc2550&color2=0xe87a9f&border=1]J'ai été également fascinée par la découverte des églises colorées et par l'assimilation des rites hindouistes dans la pratique chrétienne. Comme à Allepey et dans les environs, de nombreux Indiens se sont convertis au christianisme, tout en conservant une grande partie des superstitions et gestes de la religion hindouiste.

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    La dernière attraction majeure de la ville, ce sont les spectacles de théatre kathakali (on peut néanmoins voir ces spectacles dans d'autres villes du kérala).