Vidéos de Thaïlande

  • Les alentours de Mae Sot.

    Alors que je passe dire au revoir à mon ami pour me diriger vers le sud, il me convainc de m'attarder davantage dans la région pour découvrir les temples des alentours. Je ne me fais pas prier, appréciant d'apprendre en compagnie si insolite. Jamais en tant que femme je n'aurais pensé être accueillie ainsi par des moines et je ne suis pas pressée de mettre fin à ces moments que je n'oublierai jamais. Nyne Chang appelle son copain de la veille. Maintenant que celui-ci n'est plus moine, nous pouvons librement louer un scooter et découvrir les environs ensemble. Nous visitons un premier temple birman. Leur particularité, contrairement à ceux de Thaïlande, c'est que toute l'enceinte est sacrée, même l'extérieur. On doit donc s'y déplacer pieds nus. La partie la plus importante est également interdite aux femmes; il s'agit de l'estrade où reposent les divinités et où les moines officient. Nous visitons le premier étage, aux murs couverts de mosaïques brillantes et décoré de nombreuses statues de Bouddha en or et en marbre. L'une d'elles a 60 ans, et la plus ancienne 150. Un vieux moine nous donne sa bénédiction et nous offre un collier de prière, toujours constitué de 108 perles de bois, chiffre sacré pour les Asiatiques mais aussi pour de nombreuses civilisations. Nous faisons un détour par un temple chinois et le Moei Market avant de nous rendre à Mae Ramat visiter le Wat Don Kaew. Le village est entouré par les montagnes. Les belles maisons en bois sont fleuries et les rues sont d'une impeccable propreté. Un singe accueille les visiteurs du temple. Il est habitué à l'homme et me laisse lui toucher les mains sans aucune peur. Un peu plus loin, les moines creusent le sol pour mettre à jour d'anciens vestiges. Le lieu est vraiment paisible et nous passons un long moment à discuter avec le doyen. Au retour, la chaleur est propice à une halte rafraîchissante au bord de la rivière. Pendant que les enfants se baignent dans une eau boueuse, les adultes sont confortablement installés sous des constructions en bambou. Notre dernière halte me mettra particulièrement mal à l'aise. Dans un temple en construction, deux moines me harcèlent de questions. Le plus jeune traduit les questions du doyen dans un anglais parfait : combien ai-je dépensé depuis mon arrivée, ai-je fait des donations aux temples, combien je gagne, quelle est la valeur de l'euro. Leurs intentions sont claires : la culture occidentale ne les intéressent absolument pas et ils n'ont qu'une idée en tête : me convaincre de faire une donation. Je refuse poliment en leur expliquant que j'ai passé des instants privilégiés au Wat Aran Ya Khet, ce qui lui a valu ma générosité à diverses reprises...

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  • Crémation à Mae Sot (avec vidéo).

    Arrivée vers 17h30, je retourne directement à la Ban Thai guesthouse. Je regrette de ne pas retrouver mon grand bungalow, mais le nouveau est également spacieux et possède un charme différent. Bien sûr, le prix est légèrement inférieur, mais même le double ne m'avait pas coûté bien cher... Aussitôt installée, je suis impatiente de retrouver le temple et ses moines birmans. Nyne Chang m'accueille d'un grand rire surpris, il est manifestement aussi heureux que moi de me revoir et de pouvoir reprendre nos discussions sur la culture de nos deux pays. Il me montre fièrement l'ordinateur qu'il a pu acquérir grâce à ses économies et au billet que je lui avais donné avant de partir. Parfois, d'autres moines entrent dans sa cellule, échangent quelques mots avec lui en me regardant bizarrement, puis ressortent. Je sens un certain malaise planer et j'interroge Nyne Chang, y aurait-il un problème parce que je suis là ? "Ne t'inquiète pas, pas de problème". Nous passons deux heures de discussion intense avant mon dîner à la Casa Mia, je retrouve déjà mes habitudes ! Le temple est de plus en plus animé, les fidèles de toute la région sont arrivés pour rendre un dernier hommage à leur ancien leader et assister à la crémation le lendemain soir. Je passe un petit moment dans le cybercafé proche de la Ban Thai avant de retourner m'imprégner de l'ambiance à la fois festive, survoltée, et pleine de ferveur. Alors que je m'apprête à rentrer, Nyne Chang m'interpèle. Il me fait patienter pendant qu'il finit sa conversation téléphonique avec sa soeur qui habite Bangkok, puis nous assistons à une partie du spectacle de danse birmane. Les chanteurs kitsch ont cédé la place aux acrobates humoristes, en fait des sortes de clowns birmans sans nez rouge et aux tenues étranges, réalisant d'impressionnantes cascades. Après un moment, nous rejoignons un des amis de Nyne Chang dans la cellule du moine. Il est birman et vit à Myawaddy, la ville de l'autre côté de la rivière Moei, côté birman. Nyne Chang et les autres se moquent gentiment de lui. Ils m'expliquent qu'il est terrorisé à l'idée de sortir, y compris aux abords du temple : "c'est très dangereux ici tu sais" me dit-il alors que les autres éclatent de rire. Je ris bientôt en leur compagnie en entendant toutes ses questions et ses étonnements dans un anglais approximatif : "Wow, you're so big !" (tu es si grande / âgée) s'exclame t'il quand je lui dis mon âge; "Why are you so small ? European people are very high and big normally" (pourquoi es-tu si petite ? Les Européens sont très grands et gros normalement). Nyne Chang, souvent hilare, écoute mes réponses avec attention et ne pose aucune question personnelle, gardant la distance seyant à son statut de moine.
    Le jour que tout le monde attendait avec impatience est enfin arrivé, ce soir la crémation aura lieu. Pour cette dernière journée, j'ai revêtu mon batik d'Indonésie comme tenue de cérémonie. Je commence par me rendre au marché, espérant y trouver un dictionnaire ou phrasebook de birman ou thaï pour communiquer plus facilement avec mon nouvel ami. J'en emporte normalement toujours un avec moi, mais cette fois je me suis décidée trop tard sur ma destination et aucun n'était disponible en France. Malheureusement, je ne trouve que des livres d'initiation aux langues étrangères pour les Birmans ou Thaïlandais. Tant pis, nous continuerons à communiquer en anglais ou par écrit ! Après un bref passage au temple où je trouve Nyne Chang très occupé avec les derniers préparatifs, je décide de me promener le long de la rivière. Je m'arrête un long moment au petit temple dont une nonne birmane prend soin. Un groupe d'hommes et de femmes m'y invite en effet à discuter avec eux.  

    Vers midi je retourne au Wat Aran Ya Khet. Les danseuses s'adonnent à la dernière séance de photos souvenir après les récompenses offertes par les moines, et l'animateur en profite pour me mitrailler. Je me venge en le photographiant à mon tour. Il est vêtu tout de blanc, la couleur des funérailles dans la plupart des pays d'Asie. Il a en effet un rôle très important à jouer ce soir...  Il m'invite ensuite à rejoindre les autres dans la cour intérieure du
    temple pour le repas. De vieilles dames m'offrent d'abord de la salade
    épicée au crabe. Je n'ai pas pour habitude de faire les difficiles,
    mais ça aurait sans doute été délicieux... si le crabe n'avait pas été
    écrasé tout entier, carapace comprise ! Je ne sais pas si certaines
    d'entre elles comprennent mon désarroi, mais elles insistent lourdement
    sur les épices, m'invitant à ne pas finir mon assiette pour ne pas être
    malade. C'est un cas de force majeure Clin d'oeil. Elles m'offrent ensuite des nouilles au poulet et à la noix de
    coco, puis un bol d'un dessert étrange qui s'avère un vrai délice avec son goût de lait concentré sucré et de noix de coco.  

    Je passe une grande partie de l'après-midi au temple, admirant la ferveur des fidèles. Les arbres à billets sont de plus en plus feuillus, et les fils tendus vers le temple en papier n'auront bientôt plus de place pour accueillir les derniers billets. J'interroge Nyne Chang, vont-ils brûler l'argent avec le moine ? Il éclate de rire, l'argent est pour le temple. Le vieil homme qui m'avait offert la glace au riz au début des festivités m'invite à me recueillir moi aussi devant le moine décédé. Difficile de se défiler même si je sais que tous les yeux seront rivés sur mes gestes maladroits. J'observe une dernière fois les gestes de mes prédécesseurs puis je me lance en compagnie d'une famille, j'espère naïvement passer inaperçue ! Bien que j'ai déjà réalisé un don pour le temple, je décide d'en refaire un et accroche un billet sur un des fils. Tout le monde me regarde, essayant de voir la couleur du billet que j'agrafe. Le moine qui tient le micro aujourd'hui interpèle le vieil homme. Ce dernier me demande le montant de mon billet et le moine poursuit triomphalement "100 baths, thank you !" pendant que je ne sais plus trop où me mettre.
    Vient ensuite le moment de préparer le bûcher. Les fidèles se relaient pour remplir des sceaux de sable et les verser dans le temple de papier. Les moines sont installés sous les tentes et bénissent les fidèles en recevant leurs offrandes. J'aide un moment à leur distribution, avant d'aller dîner dans un des restaurants du centre. Au menu, poisson chat et jus de fruits à la banane, mangue, ananas et tamarin.
    Le moment de la crémation arrive enfin. Le service d'ordre dépose tout le mobilier, les objets précieux et les fleurs hors du temple. Les moines se recueillent une dernière fois puis sortent le corps de la boite et le déposent sur la litière. Nyne Chang m'invite à monter sur l'estrade mais le service d'ordre m'en interdit l'accès. Je confie mon appareil photo à mon ami. Il est aux premières loges pour photographier l'allumage du bûcher. Alors que le brasier est de plus en plus intense, je suis autorisée à le rejoindre. Il m'explique à quel point les gens sont heureux. Cette crémation est extrêmement importante car le moine décédé va maintenant pouvoir exaucer les prières qu'ils ont faites en se recueillant. Demain, une fois que tout le corps sera consumé, les cendres seront placées dans une urne et déposées dans un des bâtiments du temple. Tous les moines n'ont pas ce privilège, la plupart d'entre eux étant enterrée. Je remarque la présence de l'animateur et comprend sa tenue blanche : il est chargé d'entretenir le brasier à l'aide d'un jet d'eau. Je passe un long moment à m'imprégner de l'atmosphère avant de rejoindre Nyne Chang et un de ses amis. Je m'assied un peu à l'écart. Il n'est en effet pas convenable pour une femme de s'asseoir sur une chaise dans la même pièce ou à proximité d'un moine. Mon ami semble bénéficier d'une aura particulière, dont je ne suis pas étonnée, auprès des fidèles. Nombre d'entre eux viennent le trouver pour discuter, lui demander conseil, se faire bénir, et se prosternent à terre devant lui. Il fait preuve d'une grande douceur et sollicitude avec chacun d'entre eux. A l'écart, un autre groupe n'attire aucun fidèle. C'est un groupe de moines thaïlandais à l'abord particulièrement antipathique. Parmi eux se trouve le moine ivre du premier soir. Je trouve son regard particulièrement malsain, et son attitude à mon égard tout autant. Qui se ressemble s'assemble... Une sorte de marabout africain à l'allure particulièrement louche passe une grande partie de son temps avec lui. Celui-ci m'évite depuis qu'il sait que je suis Française et évite systématiquement l'objectif de mon appareil photos, mais Nyne Chang veut absolument une photo de lui et je m'exécute.
    La nuit est bien avancée et il est temps pour les moines de commencer à remettre de l'ordre; du moins les plus vaillants d'entre eux comme mon ami !

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  • Dans un étrange pays.

    Je déjeune d'une soupe traditionnelle riz / poulet. Alors que la soupe a plutôt un côté pratique en Chine (nettoyer les derniers grains du bol), ici elle constitue le petit-déjeuner et les Thaïlandais ont pour habitude de ne jamais finir complètement leurs plats. Comme je me suis levée tôt, j'en profite pour visiter les quelques jolis temples aux alentours de la gare routière. J'espère que le temps sera meilleur à Mae Hong Son, Mae Sariang est arrosée d'une pluie fine.Cette fois, j'embarque dans un vrai bus. La route est moins jolie, mais je ne me lasse pas d'admirer les montagnes et petits villages parfois ponctués de belles pagodes dans le plus pur style birman. Au bout de quelques heures, notre bus fait halte. J'en profite pour déguster quelques spécialités du coin avant d'être rejointe par le seul autre touriste occidental du bus. Fabrizio est italien et me propose vite ses bons plans de voyage. Il connait bien ce coin de Thaïlande pour y être déjà venu. Il parle plusieurs langues, dont le Thaïlandais et le Français. Nous passons la deuxième partie du voyage à discuter et il finit par me proposer de louer un scooter ensemble. Voilà qui m'arrange bien car je n'ai jamais osé en conduire un jusqu'à présent.
    Alors que nous marchons vers le lac Chong Kham, un homme s'arrête et nous propose de nous y amener. Cette belle pièce d'eau servait à l'origine de piscine pour les éléphants, puisque la ville fut créée en 1831 pour servir de camp de rassemblement pour ces pachydermes. Avant la construction de la route menant à Chiang Mai, le village était surnommé la "Sibérie thaïlandaise", car il servit longtemps de lieu d'exil pour les fonctionnaires tombés en disgrâce. Nous découvrons un endroit charmant. De la terrasse de notre guesthouse très bon marché... et très sommaire, je découvre une superbe vue sur le lac, les magnifiques temples de style birman classique qui le bordent et les montagnes tout autour. Dans les hauteurs, j'aperçois les chedi d'un autre temple birman. J'ai vraiment hâte de découvrir les splendeurs de la ville et de ses alentours.

    Fabrizio souhaite revoir Nai Soi (prononcez naïe soïe), un village habité par les long necks, les femmes girafes. La perspective ne m'enchante guère, mais peut-être les paysages seront-ils intéressants et j'avoue être curieuse de me faire ma propre opinion sur ce lieu.
    Au terme d'une agréable promenade en scooter d'une trentaine de kilomètres, nous gravissons une dernière route goudronnée en direction du village. Il semble que ce soit l'heure où les paysans, les réfugiés devrais-je dire..., remontent vers leur camp. La route devient sentier de terre et notre scooter doit éviter les ornières, traverser un petit cours d'eau. Nous sommes surpris de constater qu'aucune route ne mène à ce lieu malheureusement très touristique, à croire que nous sommes au milieu de nulle part. Nous déposons le scooter près de l'entrée. A notre droite, une barrière et un check point contrôlent l'accès au camp des réfugiés, camp "temporaire" comme se plaisent à l'écrire et à le dire les autorités thaïlandaises. En face de nous, le "village" des long necks; "zoo" conviendrait mieux...

    Aussitôt passée l'entrée, je sens que je ne suis pas à ma place ici. Comme nous avons payé notre ticket d'entrée, les femmes viennent vers nous, posant machinalement devant nos objectifs. Leur regard est rempli d'une tristesse infinie qui me bouleverse. Je n'ai déjà plus qu'une envie : que cette visite se termine au plus vite. Je n'ose même pas leur sourire, je me fais l'effet d'une voyeuse de misère humaine. Le village est une succession de maisons et d'étalages en bambou. On y vend des cartes postales, des objets de décoration, des livres, bref des cadeaux souvenir; ramener un cadeau souvenir d'un tel lieu me paraît tellement déplacé...


    Les jeunes filles ont beau jouer de la musique, les enfants chahuter comme dans n'importe quel village, je n'arrive pas à me détacher de la tristesse que je lis dans leurs yeux et leur sourire. Fabrizio est quant à lui visiblement très à l'aise, posant avec plusieurs de ces femmes et allant même jusqu'à tenter de plaisanter avec elle en thaï. Elles semblent apprécier qu'ils parlent un peu le thaï, et les sourires semblent un peu moins forcés.
    La plupart des femmes portent des anneaux de cuivre autour du cou et des jambes. Pour les plus âgées, le poids de ces colliers peut aller de 4 à 6 kilos. Les foulards dont elles se coiffent sont de couleur vive, et le bleu clair, le rose vif et le vert pomme prédominent. Leurs poignets sont parés de nombreux bracelets en argent, et leurs jambes sont couvertes de tissus traditionnels diversement arrangés.

    Un peu plus loin, une petite fille porte une tenue différente, que nous reverrons portée par d'autres personnes au fond du village. Elle fait partie de la minorité karenni des kayas et kayos. Les anneaux en laiton ne lui enserrent pas le cou, contrairement à ceux de ses jambes. Elle porte des bracelets en laiton argenté et ses oreilles sont percées par d'énormes anneaux. Nous constaterons que la taille des anneaux augmentent eux aussi avec l'âge. Posant d'abord avec complaisance et application, elle retrouvera son insouciance enfantine avec l'arrivée de ses camarades de jeu.

    Nous arrivons à la hauteur d'une autre très belle jeune fille. Nous sommes très surpris par toutes ces beautés au regard triste, à croire que toutes les femmes karenni sont jolies. Sur son stand, des cadeaux souvenir d'un goût étrange : des anneaux en laiton. Cendrillon, comme nous l'avons surnommée à cause de son t-shirt, me propose d'en passer un à mon cou. Le geste me met encore plus mal à l'aise. Je refuse, ne voulant pas singer ces pauvres jeunes femmes qui ont dû faire le choix de mutiler leur corps pour le bien de leur communauté. Les anneaux ne se portent normalement qu'à partir d'un certain âge, mais le tourisme a fait un commerce de cette coutume, et on les porte de plus en plus tôt. Malgré son jeune âge, Cendrillon a déjà le cou fort allongé, le sourire et le regard bien tristes.

    J'aperçois alors une autre très belle jeune femme, dont l'attitude tranche avec toutes les autres. Elle semble tellement à l'aise que je me demande si elle vit là, malgré sa tenue occidentale. Elle arbore un grand sourire et respire la joie de vivre. Très rapidement, son ami et elle viennent vers nous. Il faut dire que nous sommes les seuls touristes présents. Jessica est américaine d'origine chinoise. Elle vit désormais dans la trépidante Barcelone avec son compagnon Paco. Ils sont reporters indépendants et tournent des séquences pour le film qu'ils souhaitent produire sur la condition des Karenni "Dans un étrange pays". Je discute longuement avec Jessica, pendant que Fabrizio fait de même avec Paco. Elle comprend tout à fait que je me sente aussi mal à l'aise dans ce lieu, elle a éprouvé le même sentiment au début. Au fil des jours, ils sont parvenus à être pleinement intégrés dans le village, et ses habitants espèrent à travers eux faire connaître leur situation précaire. L'ambiance ici s'est dégradée au fil des mois car plusieurs familles ont été choisies par les Nations-Unies pour être relogées en pays-tiers. Les villageois assistent à la mort lente de leur village, et se posent mille questions. Voici ce que nous expliquerons Jessica et Paco durant la soirée, sur la situation et leur travail :

    "Depuis plus de 60 ans, beaucoup d'ethnies sont en conflit avec le
    régime militaire de Birmanie pour achever leurs états indépendants
    respectifs. A cause de l'accroissement brutal des persécutions par la junte
    militaire, surtout depuis les années 80, des milliers de gens ont fui
    vers la frontière birmano-thaï.

    Il y a maintenant approximativement 150 000 réfugiés birmans de
    différentes ethnies vivant dans les camps en Thaïlande et plus d'un
    million de personnes déplacées à l'intérieur du pays, vivant dans des
    conditions désespérées en Birmanie.

    Les Nations Unies ont créé un programme en 2005 pour reloger ces réfugiés en pays tiers.
    En 2009 le projet est de reloger environ 10 000 réfugiés du seul camp de Nai Soi.
    Parmi les gens concernés, il y a des Kayan, une minorité ethnique de l'Etat Karenni (Kayah) en Birmanie.
    A cause des coutumes uniques de leurs femmes qui portent des rouleaux
    en cuivre autour de leur cou, ces réfugiés vivent dans des villages
    séparés des camps de réfugiés et sont devenus une des principales
    attractions touristiques du nord de la Thaïlande.

    Quelles opportunités attendent ceux qui seront relogés?
    Comment cette diaspora affectera t'elle leur culture et coutumes?
    Quel est le futur de ceux qui resteront derrière?
    L'intention de ce documentaire est de porter l'attention sur la
    situation actuelle en Birmanie et de refléter ce moment critique de
    l'histoire de ce peuple."
    Traduction de l'introduction aux essais "in a strange land" du site Dos Velas Pictures http://www.dosvelaspictures.com/In_a_strange_land_ENG.html


     
    Alors
    que nous continuons notre visite, les habitants vaquent à leurs
    occupations : préparation du repas, tri du riz, confection d'objets
    artisanaux, partie de volley-ball... Au cou "allongé" de certaines femmes, nous comprenons qu'elle portait des anneaux il y a encore quelques temps. Contrairement à une croyance relativement répandue, les femmes padong peuvent très bien décider d'ôter ces anneaux et pourront continuer à vivre ainsi. Leur cou ne s'allonge pas, ce sont les côtes et les muscles des épaules qui sont poussés vers le bas. Les côtes, au lieu de se développer horizontalement, se développent vers le bas. Plus elles tombent, plus les anneaux sont lâches et il est temps d'en augmenter la taille et le poids (il s'agit en fait d'un seul cylindre, et non de plusieurs anneaux superposés). Autant dire que ces femmes et fillettes courageuses vivent constamment avec la douleur...
    Nous nous dirigeons vers les
    hauteurs et l'église. Partout où les Occidentaux sont passés, ils n'ont
    pu s'empêcher de tenter d'inculquer leur mode de vie aux populations
    locales au travers de la religion. Nous sommes heureux de constater que
    l'église ne semble plus utilisée. Les villageois seraient-ils parvenus
    à conserver leurs croyances animistes ? Nous
    obtenons la réponse un peu plus loin en apercevant de longs mâts
    plantés dans le sol et surmontés d'une sorte de maison aux esprits.
    Lors de la danse de la vénération de la fête du Khan Kwan, le chaman
    prêche et transmet ses prédictions, avant que ne soit érigé un tronc
    surmonté de cette petite construction en bois ornée d'un nid
    d'araignées.
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    Thailande-Ban Nai Soi - Village des femmes girafes
    envoyé par sarafianpatrice - Explorez des lieux exotiques en vidéo.

    Alors que nous discutons sur le parking avec des villageois, Jessica et Paco nous rejoignent pour effectuer des prises de vue : un jeune couple doit arriver sur leur scooter, et poursuivre leur chemin vers le camp des réfugiés. Jessica nous invite à les suivre vers la maison qu'ils louent dans le village depuis plusieurs semaines. C'est une grande maison traditionnelle en bois sur deux étages. Au premier, la pièce principale comprend de rares meubles. Elle offre le luxe de l'électricité, vraisemblablement par le biais d'un générateur, mais la nuit venue il nous faudra utiliser des bougies pour se rendre au local toilette, un simple siège en béton.
    Tout en sirotant de la bonne bière fraîche et en partageant un délicieux plat thaï préparé par Jessica, nous visionnons les futures bande-annonces du film :
    http://www.dosvelaspictures.com/Trailer_Menu_ENG.html
    Jessica m'explique en détail la situation des Karenni, et toute la complexité des choix de cette minorité. Nombreux sont ceux qui se demandent s'ils devraient eux aussi accepter l'installation en pays-tiers. Certains de ceux qui ont tenté l'expérience ont en effet fait le choix de revenir au village. Ce peuple fier de ses traditions a peur de les perdre en étant assimilé à la culture de leur pays d'accueil, et pourront-ils s'acclimater ? D'un autre côté, partir signifierait bénéficier de revenus dont la famille et les amis restés sur place pourraient profiter. Mais n'ont-ils pas tout ce dont ils ont besoin ici ? Ils ont un toit, de l'eau, ils partent à la chasse dans la jungle environnante lorsqu'ils ont besoin de nourriture, ils peuvent prendre le temps de vivre, de s'amuser; et plus important encore : ils sont ensemble. Je devine aussi que l'argent profiterait également à ceux qui tentent de lutter pacifiquement dans la jungle birmane et thaïlandaise pour la reconnaissance de l'Etat karenni.
    Les conditions de vie ici sont une seconde préoccupation. Eux aussi aimeraient avoir l'électricité, des maisons plus solides avec des toits en tôle, de vraies routes à la place de ces sentiers, de vraies belles écoles pour leurs enfants... Ils le pourraient; mais les touristes continueraient-ils alors à venir visiter leur village ?...

  • La sortie du temple.

    Je décide de retourner au temple de la veille et revoit le jeune moine sympathique. Il me mène à la pièce dans laquelle repose le moine décédé et me confirme que j'ai bien compris : voilà six ans qu'il est mort et conservé dans une boîte en verre. "Ses poils et ses cheveux continuent à pousser, c'est exceptionnel tu sais." Le corps a été badigeonné d'une peinture dorée, pour cacher le début de décomposition. Mon guide m'invite à prendre une photo : "no problem, go go !" Je ne peux pas refuser devant son insistance souriante. Il est manifestement très fier de me faire découvrir sa culture et attend avec impatience le début des festivités. "Viens demain, on va mettre le corps dans le temple en papier et prier". Je ne raterais ça sous aucun prétexte !Je me laisse peu à peu envahir par l'ambiance nonchalante de la ville, et termine la journée en profitant de ma jolie terrasse et en visitant les temples de la ville. Dans certains, le orange a cédé la place au safran, la couleur des robes des moines birmans.

    Je me régale du spectacle de jeunes Birmans drapés de batik, faisant des offrandes et priant devant des statues de Bouddha. Ailleurs, c'est le dieu des Hindous, Ganesh, qui est mis à l'honneur. Je croise justement le chemin d'un jeune éléphanteau affectueux, et de son kornak peu agréable et violent. Il est clair que la pauvre bête est nourri uniquement pour que son maître en tire profit en quémandant de l'argent... La ville regorge de temples et sanctuaires joliment entretenus et décorés, et je ne résiste pas à l'envie de tout photographier. Puis le soir la drape d'un joli habit coloré, et c'est justement le kitsch de ses lumières et de ses monuments qui donne autant de charme à certains paysages thaïs. Au Wat (temple) Aran Ya Khet, le char surmonté d'un phénix, l'oiseau qui renaît de ses cendres, clignote de mille feux, attendant de servir de corbillard pendant les festivités...

    Le lendemain, je me rends directement au temple. J'y arrive à la fin de la première prière. Les laïcs sont vêtus de blanc, la couleur du deuil en Asie. Quelques femmes portent des robes de cérémonie colorées et une écharpe blanche. Je me demande qui elles peuvent être... Des tables ont été installées un peu partout, et tout le monde s'attable pour partager un copieux petit-déjeuner. Les femmes ont ramené de jolis récipients argentés, qui contiennent les mets variés qu'elles ont préparés pour tout le monde. J'assiste, parfois amusée, aux derniers préparatifs. Voyant que je prends des photos, un moine jusque là inactif prend la place d'un enfant d'un air nonchalant, et se met à poser pour ma photo.

    La présence de la seule touriste n'est pas passée inaperçue, et un vieux monsieur m'apporte de la glace accompagnée d'un peu de brioche. Du riz semble être tombé dedans. Je goûte : quelle surprise, je déguste une délicieuse glace au riz !
    Il est temps de retourner prier. Des hommes et des femmes s'installent sur des tapis séparés à l'intérieur de la pièce principale du temple, pendant que d'autres sont sur des chaises ou bancs à l'extérieur. Les moines sont installés sur leur fauteuil en bois, derrière lesquels sont dressés des sortes d'éventail. Il s'agit en fait de récompenses remises par le Roi à l'occasion de leur ascension dans la hiérarchie monacale. Certains entonnent des litanies, pendant que d'autres en profitent pour... envoyer des SMS !!! Un groupe de laïcs se lèvent pour préparer les fleurs qui seront jetées sur le char.

    Les moines se recueillent une dernière fois devant le corps, puis c'est le moment de le sortir du temple. Les moines soulèvent et hissent la boîte sur le char. Un long tissu blanc y est attaché. Les laïcs se mettent en place pour la procession, tenant chacun un bout du tissu. Les moines se positionnent devant eux, et un groupe de vieux messieurs ouvre la marche. La sortie se fait par l'enceinte principale du temple. Ils en font le tour, avant de se diriger vers le temple de papier. Les moines installent la boîte à l'intérieur, et la plupart s'en vont, laissant place aux femmes en tenue de cérémonie. Il s'agit en fait de danseuses, rendant honneur à leur ancien leader.

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    Les danses terminées, je discute avec un homme qui m'explique que leur leader est décédé dans un accident de voiture à l'âge de 63 ans : il conduisait trop vite... Son importance tient au fait qu'il resta moine pendant 34 ans, après avoir quitté femme et enfants à 29 ans.
    Des femmes m'apportent de la nourriture qu'elles ont préparées. Je mange et bois avec angoisse pour mon estomac et un peu à contre-coeur, une salade de choux froide, poisson fumé et de sésame, arrosée d'un verre de ginseng glacé. Alors que je m'en vais, je suis interpelée d'un "Hé, you !". C'est le jeune moine, qui me fait visiter les différentes attractions : la fête foraine, le ring de boxe thaïe, le podium de danse, la scène du spectacle de danse... Tout cela dans l'enceinte du temple !
    Le soir, je décide d'assister au spectacle de danse birmane organisé au temple. L'attente est longue, et les figurants me proposent de m'installer dans les coulisses. Je décline heureusement leur invitation : alors que je m'attends à un spectacle traditionnel, des hommes et des femmes dans d'étranges robes colorées gesticulent dans tous les sens; puis vient le tour des chanteurs, qui se succèdent, et à qui le public apporte des roses. C'est décidé : si un troisième chanteur arrive, je m'enfuis ! Je fais le tour des différentes attractions. Il y a beaucoup de monde partout, et plein de petits stands de nourriture, boissons et souvenirs.
    Alors que je suis sur le point de rentrer, je retrouve le jeune moine et ses amis. Nous assistons distraitement à la suite du spectacle tout en discutant. "Veux-tu boire un café?" Me voilà en train de suivre un groupe de moines aux robes oranges. A ma grande surprise, ils m'invitent à entrer dans une cellule et à m'assoir sur le tapis. L'instant me parait tellement surréaliste que je décide de l'immortaliser d'une photo. Mon guide s'appelle Nyne Chang, et il est Birman. Pour les Thaïlandais, il a adopté le prénom d'un ancien Roi thaïlandais, U Thong. Nous discutons et écrivons pendant des heures. Nyne chang et ses amis sont très curieux de mes voyages et ne cessent de me poser des questions sur la Chine et les moines chinois. En échange, ils me parlent de leur pays, la Birmanie, qu'ils adorent malgré les problèmes politiques, de leur religion et leurs croyances. Nyne chang me montre avec fierté ses robes safran "c'est très cher ces tissus tu sais, bien plus que les robes oranges". Quelle chance j'ai eue de les rencontrer !