Un voyage épique...

Après avoir bien profité du marché des minorités et des belles possibilités de se promener sur les routes de montagne dans un cadre magnifique, j'ai décidé de poursuivre vers l'extrême nord-est, vers la zone militarisée de Dong Van et Meo Vac. J'ai commencé par emprunter une moto taxi jusqu'à une ville d'où un bus rejoignait Ha Giang. Après une copieuse soupe traditionnelle, j'ai grimpé dans le bus. Celui-ci a comme à son habitude fait un long détour pour récupérer un maximum de monde. A peine la station de bus officielle quittée, les ennuis commencent pour moi...

Le préposé à l'encaissement s'assied à côté de moi. Je sens l'arnaque arriver, il n'a aucune raison d'agir ainsi... Le voici qui me demande un prix totalement disproportionné pour le Vietnam. Habituée à ce genre de tentative d'arnaque, j'éclate de rire en le regardant et lui rétorque que ce n'est absolument pas le prix réel. Aussitôt, il le divise par deux, ce qui s'avère encore au-dessus du prix réel estimé (difficile de connaître les vrais prix lorsqu'on est un étranger, particulièrement au Vietnam...). Je ne me départis pas de mon sourire et lui tend un billet inférieur au prix qu'il me demande. Il le refuse et insiste. Toujours avec un grand sourire et en lui montrant bien que je n'ai aucune envie de céder, je lui tends à nouveau mon billet, qu'il repousse. Je lui fais des signes pour lui faire comprendre ma détermination : c'est le matin, d'autres bus vont suivre et, s'il ne veut rien entendre, je descendrai avec mes bagages. Toujours la même insistance de sa part, mais son attitude me déplaît trop pour que je paie ne serait-ce qu'un peu plus; hors de question que je cède. Je sens bien que ce n'est pas un jeu pour lui et qu'il adore arnaquer les étrangers. Il finit par se lever et rejoindre le chauffeur. Nous quittons la ville et empruntons une route de montagne sinueuse. Le bus avale les kilomètres. Alors que nous nous trouvons à une vingtaine de kilomètres de chacune des villes les plus proches, le bus s'arrête. Des hommes descendent se soulager et je sens que je ne vais pas aimer ce qui va se passer... Ca ne rate pas. Le préposé me fait signe de prendre mes bagages et de descendre. Il s'imagine évidemment que je vais craquer et accepter de payer le prix fort. Sous le regard médusé des autres passagers, j'attrape mes affaires, descends du bus, équilibre mon sac à dos et commence à avancer le long de la route. Je ne me fais en effet aucune illusion : soit c'est le préposé qui préviendra le bus suivant de me plumer, soit ce sont les propriétaires de l'échoppe devant laquelle le bus s'est arrêté. J'ai beau être au milieu de nulle part, je sais bien que d'autres véhicules passeront. Au bout de quelques kilomètres de grimpette sous le soleil, je m'arrête pour poser mes sacs et faire du stop. Très rapidement, un superbe 4x4 flambant neuf et climatisé s'arrête. A son bord, trois jeunes richement habillés, ordinateurs et portables dernier cri, me font de la place et me demandent où je vais. Ils sont désolés d'apprendre ma mésaventure. Je leur réponds que malheureusement ce genre de choses peut arriver n'importe où. Et comme à chaque fois, le mauvais est compensé au centuple... Un des jeunes, Huang Chun Hou, m'explique qu'ils sont ingénieurs des travaux publics. Ils reviennent d'une zone de travaux et rentrent "chez eux" à Hoang Su Phi. Je peux récupérer un bus depuis cette ville, mais ils aimeraient me faire visiter le coin. Comme je ne suis pas pressée, j'accepte, et me voilà invitée chez une de ses amies. Les kilomètres s'égrennent au fil de la discussion. Un peu avant Su Phi, nous apercevons mon bus et le doublons à renfort de coups de klaxons et de coucous. Même le préposé et le chauffeur éclatent de rire : tel est pris qui croyait prendre !!!

Huang m'emmène à son bureau / studio. Nous discutons un moment via le traducteur de google et, comme il doit se remettre au travail, je pars faire un tour au marché et dans les environs. A mon retour, il refuse que je l'accompagne au marché pour les courses du dîner. Il veut que je puisse prendre tranquillement ma douche et tient à me faire la surprise du repas. En fait, comme je lui avais expliqué avoir sans le savoir mangé de la fondue de chien en Chine puis en ragoût à Sulawesi mais ne pas en connaître le goût à cause des épices, j'aurai droit entre autres à une grillade de chien accompagnée de sa traditionnelle sauce violette. Le geste me touche particulièrement car je sais que cette viande peut être chère ici... Je passe la soirée à beaucoup rire avec son amie, qui ne cesse de nous prendre toutes les deux en photo. Soudain, Huang m'explique : "le mari de mon amie est rentré et ce n'est pas correct que tu dormes ici. Je vais te laisser mon studio et rester ici." Et voilà comment un parfait inconnu m'a laissé son appartement et a transformé une mauvaise expérience en généreuse rencontre ! J'en entends déjà me dire "tu as décidément un merveilleux karma pour les voyages." Il semblerait...

Stéphanie LANGLET sur Google+

Vietnam

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